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La désintégration de l’ordre mondial et sa reconstruction, mission du Japon

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Publié le 18 février 2026. L’ordre international établi après la Seconde Guerre mondiale s’effrite sous la pression de puissances affirmant leurs intérêts nationaux, tandis que de nouvelles alliances émergent, redéfinissant les équilibres géopolitiques et remettant en question les règles du jeu.

  • Les États-Unis, la Chine et la Russie adoptent des comportements défiant l’ordre international fondé sur des règles.
  • L’expansion des BRICS offre une nouvelle plateforme diplomatique aux pays émergents, parfois au détriment de la cohésion occidentale.
  • Le Japon est appelé à renforcer son rôle dans la région Indo-Pacifique, en misant sur sa puissance douce et dure pour préserver un ordre international stable.

L’ordre international, forgé dans les cendres des deux guerres mondiales, semble aujourd’hui en pleine désintégration. Des actions unilatérales, des violations du droit international et l’émergence de nouvelles alliances témoignent d’une remise en question profonde des principes qui ont guidé les relations internationales pendant près de quatre-vingts ans.

En janvier 2026, une opération audacieuse des forces américaines a conduit à l’arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse, puis à leur transfert vers les États-Unis. Cet acte, qui rappelle l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014 et l’invasion à grande échelle de l’Ukraine huit ans plus tard, illustre une tendance à l’interventionnisme et au mépris du droit international. Le président américain Donald Trump a alors déclaré, sans détour :

« Ma propre moralité, mon propre esprit, c’est la seule chose qui peut m’arrêter », ajoutant : « Je n’ai pas besoin du droit international ».

Donald Trump, président des États-Unis

Parallèlement, en Asie de l’Est, la Chine poursuit ses actions coercitives contre les Philippines, ignorant la décision rendue en 2016 par un tribunal arbitral international qui a invalidé ses revendications territoriales en mer de Chine méridionale. Ces tensions, conjuguées à la montée des populismes et à la polarisation sociale interne dans de nombreux pays depuis la crise financière mondiale de 2008, contribuent à l’instabilité croissante de l’ordre international.

L’architecture de l’après-Seconde Guerre mondiale reposait sur des piliers fondamentaux : l’égalité souveraine des États, le règlement pacifique des différends et la retenue dans l’usage de la force. Même si les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU bénéficiaient de privilèges, il était convenu que même les grandes puissances ne devraient pas imposer leur volonté par la force brute. La promotion du libre-échange, considérée comme un rempart contre les conflits, complétait ce cadre normatif, codifié dans la Charte des Nations Unies et l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT).

Aujourd’hui, ces principes sont de plus en plus bafoués. L’administration Trump a même envisagé d’acquérir le Groenland, un territoire danois, et son engagement envers l’Ukraine face à l’agression russe a parfois été perçu comme ambigu. La rhétorique anti-establishment, amplifiée par les réseaux sociaux, alimente une remise en question de l’autorité et des institutions internationales.

Dans ce contexte, l’expansion des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) représente une nouvelle dynamique. Le sommet des dirigeants tenu au Brésil en juillet 2025 a rassemblé un nombre croissant de pays, dont l’Iran, l’Égypte, les Émirats arabes unis, l’Éthiopie et l’Indonésie, ainsi que des partenaires comme la Biélorussie, la Bolivie, le Kazakhstan, Cuba, le Nigeria, la Malaisie, la Thaïlande, le Vietnam, l’Ouganda et l’Ouzbékistan.

La Déclaration de Rio de Janeiro, publiée à l’issue de ce sommet, a condamné les attaques contre des infrastructures en Russie en mai et juin 2025, les qualifiant d’attaques contre des civils, sans toutefois mentionner l’invasion de l’Ukraine ni les victimes civiles de ce conflit. Cette position, qui illustre la capacité de la Russie à instrumentaliser les BRICS, a surpris certains observateurs, y compris le Premier ministre indien Narendra Modi.

Plusieurs facteurs expliquent cette attitude. L’Inde estime que l’administration Trump ne reconnaît pas pleinement son importance stratégique, lui imposant des droits de douane élevés et s’appropriant le mérite du cessez-le-feu indo-pakistanais de mai 2025. De plus, la Déclaration de Rio a fermement condamné un attentat terroriste survenu au Jammu-et-Cachemire en avril 2025, une première pour les BRICS, permettant à l’Inde d’atteindre un objectif diplomatique de longue date.

La réunion des ministres de la Défense de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), tenue à Qingdao en Chine en juin 2025, s’est quant à elle terminée sans déclaration commune, en raison de l’opposition indienne à l’omission de toute condamnation de l’attentat du Jammu-et-Cachemire. Cependant, après le sommet des BRICS, le Conseil des chefs d’État de l’OCS a publié une déclaration commune condamnant explicitement l’attaque, signe d’un revirement de la Chine, qui préside l’OCS pour l’année en cours.

Malgré ces évolutions, le Premier ministre Modi a refusé d’assister au défilé militaire organisé à Pékin et a ignoré l’appel de la Russie à reprendre le dialogue trilatéral entre la Russie, la Chine et l’Inde. Ces manœuvres diplomatiques témoignent de la complexité croissante des relations entre les grandes puissances.

Face à cette désintégration de l’ordre mondial, le Japon est appelé à jouer un rôle clé. Il doit renforcer son influence, en combinant puissance douce et puissance dure, et en s’appuyant sur la confiance qu’il a su accumuler dans la région. En novembre 2025, le Premier ministre singapourien Lawrence Wong a qualifié le Japon de partenaire le plus fiable de l’Asie du Sud-Est et a soutenu un rôle accru du Japon, notamment en matière de sécurité, en réaction aux déclarations du ministre japonais Takaichi Sanae concernant Taïwan. JIIA CGO

Le Japon doit continuer à promouvoir l’État de droit, à sécuriser les routes maritimes et à défendre le libre-échange dans la région Indo-Pacifique, tout en contribuant à la protection de la vie, des moyens de subsistance et de la dignité humaine. Pour maintenir et renforcer sa force nationale, il doit investir massivement dans l’éducation, considérée comme un projet national à long terme, et dans la recherche scientifique et technologique. L’amélioration des compétences linguistiques, notamment en anglais, est également essentielle.

Un Japon replié sur lui-même risque de perdre son influence. L’exemple des étudiants indonésiens de l’Université Udayana, capables de débattre des affaires internationales en anglais avec une aisance supérieure à celle de leurs homologues de l’Université de Tokyo, est révélateur. Le Japon a beaucoup à apprendre en observant humblement les systèmes éducatifs d’autres pays asiatiques.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas celles de JIIA CGO.

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