Publié le 2025-11-02 19:09:00. Dans les rues de Vigevano, des coursiers à vélo bravent les intempéries et les longues heures pour assurer les livraisons, souvent pour une rémunération qui peine à couvrir leurs efforts. Leurs parcours, rythmés par les applications et les attentes devant les restaurants, révèlent des vies précaires mais aussi des liens humains inattendus.
Vélo sept jours sur sept, entre 8 et 10 heures par jour, mêlant la pédale aux attentes interminables devant les établissements de restauration rapide. Les coursiers filent, souvent dans l’anonymat, mais leur absence se ferait vite sentir. À Vigevano, ils parlent des langues diverses et racontent des parcours singuliers, sous le soleil accablant comme sous le froid mordant de l’hiver. Guidés par des applications, ils récupèrent les bons de commande dans les commerces pour les acheminer aux clients. Si le paiement n’est pas effectué en ligne, ils sont également chargés de collecter les fonds. Le tout, pour un salaire qui ne reflète pas toujours leur engagement, quelles que soient les conditions climatiques.
Parmi eux, Brahim Rabii, sac à dos de marque bien connue sur les épaules, sillonne Vigevano sur son vélo électrique. Il parvient à gagner près de 700 euros pour 12 heures de travail quotidien. « Ce n’est pas un travail simple, confie-t-il. Je suis toujours pressé pour respecter les délais et obtenir de bonnes notes. Malheureusement, nous ne sommes pas protégés, et les petits accidents peuvent arriver. Si mon vélo tombe en panne, les réparations sont à ma charge. » Il se souvient même avoir été payé avec un faux billet de 50 euros. « J’ai à peine de quoi subvenir à mes besoins, mais j’essaie de faire au mieux », ajoute-t-il. « J’aimerais une meilleure protection. Les soirs d’hiver, les rues sont sombres, et si je me blessais, je ne serais couvert par aucune assurance. Je pense parler au nom de nombreux collègues. »
Depuis 2020, les livreurs bénéficient pourtant d’une couverture d’assurance obligatoire contre les accidents du travail et les maladies professionnelles, que le travailleur soit indépendant, salarié ou collaborateur via des plateformes numériques. En cas d’accident, une indemnisation est prévue pour les jours d’arrêt, les dommages permanents, la prise en charge des soins médicaux, et la reconnaissance des maladies professionnelles, à condition de se présenter aux urgences et de faire constater l’accident du travail.
Omar, 40 ans, courtier depuis 2021, partage son expérience : « C’est une activité fatigante et épuisante depuis quatre ans. Je devrais travailler 15 heures par semaine, mais on me demande d’être disponible 30 heures, ce qui rend le rythme rigide. Je gagne 800 euros par mois ; heureusement, ma compagne m’aide à payer le loyer, sinon je serais en grande difficulté. » Ancien ouvrier dans une entreprise milanaise qui a fermé en 2020, il a dû s’adapter aux livraisons. « J’ai des difficultés avec les horaires. Pour des raisons économiques, j’aimerais beaucoup avoir un deuxième emploi, mais il serait trop difficile de concilier les plannings. »
Malgré les contraintes, Omar apprécie le contact humain. « Quand on livre de la nourriture et que l’on voit que la personne est contente, on ressent l’envie de lui apporter à nouveau le lendemain. On crée une sorte d’amitié. »
« Quand on apprend à les connaître, on leur apporte à manger trois, quatre fois, ce n’est plus un service : on devient presque amis, on échange des idées. »
Pour Mirko Bruno, 27 ans, étudiant en économie à Milan avec pour ambition de devenir comptable, le métier de coursier représente une nécessité pour financer ses études. « J’ai décidé de faire ce métier pour payer mes études », explique-t-il. « Ce qui m’a plu dans cette activité, c’est le fait de bouger ; parfois même trop, quand on fait des permanences de quatre heures, on ressent la fatigue dans les jambes. Pourtant, l’idée de se mettre au service des autres compense la fatigue. »
Édouard Varèse