Un silence assourdissant plane sur l’économie américaine. La paralysie gouvernementale prolongée, entrée dans sa cinquième semaine, jette une ombre inquiétante sur la santé économique du pays, freinant les transactions, bloquant les introductions en bourse et menaçant des emplois, selon les avertissements de Brian Moynihan, PDG de Bank of America. Le secteur public, essentiel à la collecte et à la diffusion de données économiques cruciales, est à l’arrêt, rendant la tâche de décrypter la conjoncture actuelle particulièrement ardue pour les décideurs.
La conséquence la plus immédiate de cette situation est le retard dans la publication de plusieurs indicateurs clés. Le Département du Commerce, censé dévoiler sa première estimation du Produit Intérieur Brut (PIB) du troisième trimestre, se retrouve dans l’incapacité de compiler et de diffuser son rapport en raison de la mise à l’écart des employés jugés non essentiels. De même, le Bureau des Statistiques du Travail a dû reporter la publication du rapport sur l’emploi de septembre. Seule une exigence particulière a permis de lever, temporairement, ce voile sur les données : la nécessité de publier l’Indice des Prix à la Consommation (IPC) de septembre, un chiffre déterminant pour l’ajustement annuel du coût de la vie (COLA) versé aux bénéficiaires de la Sécurité Sociale.
Malgré l’absence de chiffres officiels du PIB pour le troisième trimestre et l’incertitude quant à la date de reprise des activités gouvernementales, des estimations alternatives ont vu le jour grâce aux modèles prévisionnels des banques régionales de la Réserve Fédérale. La Banque de Réserve Fédérale d’Atlanta propose ainsi via son modèle GDPNow, une sorte de « radiographie immédiate » de la croissance économique. Sa dernière estimation, datant du 27 octobre, projette une croissance du PIB de 3,9 % pour le troisième trimestre. La Banque de Réserve Fédérale de New York offre une prévision similaire, bien qu’avec une marge d’incertitude. Au 31 octobre, elle évaluait la croissance du PIB à 2,35 %, avec une probabilité de 50 % qu’elle se situe entre 1,32 % et 3,41 %.
Ces estimations, bien que non officielles, offrent un aperçu précieux de la dynamique économique. L’intégration des projections de la Fed d’Atlanta suggère une croissance du PIB de 2,4 % pour les neuf premiers mois de l’année. Si l’on se base sur la prévision de la Fed de New York, cette croissance s’établirait à 1,88 % sur la même période. Des chiffres qui contrastent avec le recul de 0,5 % enregistré au premier trimestre et la croissance de 3,8 % du deuxième trimestre, selon les données du Bureau of Economic Analysis antérieures à la fermeture.
La situation de blocage est un sujet de préoccupation majeure pour les autorités monétaires. Jerome Powell, le président de la Réserve Fédérale, a lui-même comparé cette absence de données officielles à « conduire dans le brouillard », soulignant la difficulté pour les décideurs de piloter la politique monétaire dans un tel contexte d’incertitude. Cette paralysie, qui a débuté le 1er octobre, témoigne d’une profonde divergence entre les partis républicain et démocrate sur les questions de financement gouvernemental, plongeant l’économie américaine dans une période de dissimulation statistique.