La plus longue paralysie gouvernementale de l’histoire américaine atteint son 37ème jour, plongeant des centaines de milliers d’employés fédéraux dans une précarité alarmante. Privés de salaire, nombre d’entre eux se sentent otages de querelles politiques, tandis que les banques alimentaires sont débordées par la demande croissante.
Au Maryland, devant une banque alimentaire, une bénévole tente de rassurer une femme venue chercher de quoi nourrir sa famille. « Il y en aura pour tout le monde, un autre camion arrive bientôt », assure-t-elle avant de lui remettre deux caisses de provisions et une pizza. Chaque jour, l’afflux de personnes démunies ne cesse d’augmenter depuis le début de cette crise.
700 000 fonctionnaires travaillent sans être payés
Quelque 900 000 agents du secteur public sont en congé forcé depuis le 1er octobre, mais environ 700 000 d’entre eux, considérés comme essentiels au fonctionnement du pays, sont contraints de travailler sans recevoir de salaire. Cela fait plus d’un mois que certains n’ont pas touché leur paie, les laissant dans une situation financière intenable. La paralysie, qui affecte directement le travail de ces fonctionnaires, s’installe pour la 37ème journée consécutive.
Les Républicains dans le viseur
La responsabilité de cette situation est largement imputée aux Républicains. Cette opinion, largement relayée par les sondages depuis le début de la crise, a été brièvement reconnue par le président Donald Trump suite aux récentes victoires électorales des Démocrates. Cependant, il est rapidement retombé dans sa rhétorique offensive, accusant les « radicaux Démocrates du Sénat de ne montrer aucun intérêt à rouvrir le gouvernement ».
Des coupes budgétaires sur la santé au cœur du bras de fer
Le blocage découle d’un désaccord majeur sur le budget. Les Démocrates conditionnent leur accord à l’annulation de coupes budgétaires prévues dans les programmes de santé destinés aux populations à faibles revenus. L’administration Trump, de son côté, juge le système de santé inabordable sans ces réductions. Cette impasse a des conséquences directes et dramatiques pour les plus vulnérables, notamment les bénéficiaires du programme SNAP (subventions alimentaires), dont les paiements tardent à arriver.
Dans le Kentucky, le gouverneur démocrate Andy Beshear s’inquiète : « Environ 600 000 familles de mon État dépendent du SNAP. Cela représente près d’une personne sur huit. »
Le trafic aérien perturbé
Parmi les employés fédéraux contraints de travailler sans salaire figurent environ 13 000 contrôleurs aériens et 50 000 agents de la Transportation Security Administration (TSA). Face à l’urgence financière, nombreux sont ceux qui posent des jours de maladie. Pour arrondir les fins de mois, certains multiplient les activités annexes, comme chauffeur Uber, afin de pouvoir payer leur loyer ou leur prêt immobilier.
Cette vague d’absentéisme entraîne des pénuries de personnel et, par conséquent, l’annulation ou le retard de nombreux vols. Si aucun accord n’est trouvé d’ici vendredi, le trafic aérien dans 40 aéroports américains pourrait être réduit de 10%. Le secrétaire américain aux Transports a averti que cela pourrait affecter jusqu’à 1 800 vols quotidiens, sur une moyenne nationale de 45 000.
Un accord après les élections intermédiaires ?
« Personne ne sort gagnant d’une paralysie gouvernementale », a déploré le sénateur républicain Mike Rounds sur CNBC, soulignant que les États-Unis perdent chaque semaine 15 milliards de dollars de production économique. Cependant, il estime que le récent succès électoral des Démocrates pourrait enfin ouvrir la voie à un compromis pour adopter le budget et mettre fin à cette crise. « Nous allons maintenant essayer de discuter de différentes options avec nos collègues Démocrates, et je suis optimiste quant à une issue favorable », a-t-il ajouté.
Des fonctionnaires pris en otage
Il était grand temps que les négociations reprennent. Pour de nombreux fonctionnaires, cette situation est devenue insupportable. « Les employés fédéraux en ont tout simplement assez d’être utilisés comme des pions politiques année après année par des politiciens incapables de s’entendre », témoigne Treka Henry, employée du ministère du Logement, illustrant le sentiment général d’impuissance face à ces manœuvres politiques.