Publié le 2025-11-07 17:00:00. Une nouvelle étude présentée à l’American Heart Association 2025 suggère que l’exposition accrue à la lumière artificielle la nuit pourrait augmenter le risque de maladies cardiovasculaires. Les chercheurs ont mis en évidence un lien entre l’intensité de la luminosité nocturne urbaine et une activité cérébrale accrue liée au stress ainsi qu’à l’inflammation des artères.
- Vivre dans des zones fortement éclairées la nuit est associé à une augmentation du risque cardiovasculaire.
- L’exposition à la lumière artificielle nocturne active le système de stress cérébral, entraînant une inflammation.
- Des mesures visant à réduire la pollution lumineuse et à améliorer l’hygiène du sommeil sont préconisées.
La vie dans les grandes métropoles s’accompagne d’une forte présence de lumière artificielle. Phares, écrans, panneaux publicitaires, circulation : une pollution lumineuse omniprésente, souvent perçue comme un marqueur du progrès urbain. Au-delà de son impact connu sur la biodiversité et les cycles de sommeil, cette lumière pourrait avoir des conséquences plus insidieuses sur notre santé cardiaque.
Les villes concentrent de plus en plus la population, attirée par les opportunités professionnelles et éducatives. Si le bruit y est souvent cité comme une nuisance majeure, la lumière artificielle nocturne mérite également une attention particulière. Récemment, le débat sur le changement d’heure a mis en lumière l’importance de nos rythmes circadiens et de l’exposition à la lumière naturelle, mais l’omniprésence de la lumière artificielle dans notre quotidien, surtout en milieu urbain, pose question.
Une étude menée par une équipe du Massachusetts General Hospital et de la Harvard Medical School, dirigée par le cardiologue Shady Abohashem, a analysé les données de 466 adultes résidant à Boston. Les chercheurs ont croisé les résultats de leurs examens cérébraux (TEP/TDM) avec des images satellites de la luminosité nocturne de leur environnement, issues du « New World Atlas of Artificial Night Sky Brightness ».
Les conclusions sont préoccupantes : plus les niveaux de lumière artificielle nocturne étaient élevés dans le lieu de résidence des participants, plus l’activité cérébrale liée au stress et l’inflammation des artères étaient marquées. Ces deux marqueurs sont des indicateurs clés du risque cardiovasculaire, et leur corrélation avec la pollution lumineuse a déclenché une alerte.
Concrètement, le risque de développer une maladie cardiovasculaire à cinq ans serait 35 % plus élevé pour les personnes vivant dans des zones très éclairées la nuit, par rapport à celles vivant dans des environnements plus sombres. Ce risque s’élèverait encore à 22 % à dix ans.
Les mécanismes en jeu
Pour comprendre ce lien, il faut se pencher sur le fonctionnement du cerveau. Lorsque celui-ci perçoit de la lumière la nuit, une période qui devrait être naturellement obscure, l’axe hypothalamo-hypophysaire du stress est activé. Si cette activation se prolonge dans le temps, elle peut entraîner une inflammation généralisée de l’organisme et favoriser l’athérosclérose, un phénomène déjà documenté dans le cadre du stress chronique et des maladies cardiovasculaires. Selon le Dr Abohashem, ce mécanisme expliquerait comment un facteur environnemental apparemment anodin peut contribuer à l’équation du risque cardiaque.
Julio Fernández-Mendoza, expert en médecine du sommeil et auteur d’une déclaration scientifique de l’American Heart Association sur la santé circadienne et cardiométabolique, corrobore cette analyse :
« La lumière artificielle la nuit supprime la mélatonine et perturbe notre horloge interne. Cela affecte la pression artérielle, le métabolisme et la fonction endothéliale. Cette nouvelle étude démontre comment cette altération peut être observée même au niveau cérébral et artériel. »
Julio Fernández-Mendoza, expert en médecine du sommeil
Des preuves cumulées
Cette recherche s’inscrit dans un corpus de travaux de plus en plus nombreux. Une étude de cohorte sur plus de 400 000 personnes en Corée du Sud avait déjà révélé que vivre dans des zones plus lumineuses augmentait le risque d’infarctus du myocarde et d’accident vasculaire cérébral. Une autre étude menée en Chine a constaté qu’une exposition prolongée à la lumière urbaine accroissait l’incidence des maladies coronariennes chez les personnes âgées.
De plus, une revue publiée dans « Sleep Medicine Reviews » détaille comment la lumière artificielle peut altérer la sécrétion de mélatonine, modifier le rythme circadien et déclencher des réactions inflammatoires de bas grade chez l’être humain. Tous ces éléments convergent pour suggérer une fragilisation de notre organisme sous l’effet d’une exposition excessive à la lumière artificielle.
Que faire face à cette problématique ?
Bien que cette nouvelle étude soit observationnelle et en attente d’évaluation par les pairs, ses auteurs suggèrent des pistes concrètes pour atténuer les effets négatifs : réduire l’éclairage public superflu, installer des détecteurs de mouvement dans les zones résidentielles, privilégier les ampoules à teinte chaude (avec moins de bleu) et, à domicile, veiller à l’obscurité des chambres avant le coucher, en évitant les écrans.
L’enjeu est de maintenir une bonne hygiène de sommeil, un principe fondamental pour notre bien-être. Cela passe notamment par l’évitement des écrans quelques minutes avant de s’endormir et par une gestion appropriée des repas par rapport à l’heure du coucher, afin d’offrir à notre cerveau les meilleures conditions pour se régénérer.