Marchés : la fin de semaine s’annonce décisive entre inflation zone euro et chiffres de l’emploi américain
Alors que la semaine touche à sa fin après des turbulences, les marchés financiers s’apprêtent à assimiler une nouvelle série de données économiques majeures ce vendredi. Au cœur des préoccupations : l’inflation dans la zone euro et la masse salariale américaine, dont les résultats pourraient bien dicter la direction des échanges, malgré une atténuation des répercussions des autres places boursières. Par ailleurs, la courbe des taux européens pourrait connaître un renforcement après une période d’aplatissement marquée.
L’arrière de la courbe européenne : une marge de rattrapage significative
Malgré une semaine déjà riche en événements, les marchés ne peuvent encore marquer une pause. L’inflation de la zone euro et le rapport sur l’emploi américain sont à l’ordre du jour, promettant de maintenir la tension. La récente hausse des taux européens, concentrée sur le court terme de la courbe, reflète une conviction croissante que la Banque Centrale Européenne (BCE) maintiendra son taux directeur actuel à 2 %. Si ce scénario se confirme, les taux à deux ans pourraient encore augmenter de 10 points de base (pb).
L’arrière de la courbe européenne, en revanche, dispose encore d’une marge de rattrapage non négligeable. L’écart entre les taux à deux et dix ans s’est déjà aplati d’environ 10 pb depuis son pic de mi-juillet. Plusieurs facteurs plaident en faveur d’une courbe plus pentue : l’amélioration attendue du sentiment de risque suite aux publications de données de cette semaine, ainsi qu’une diminution de l’incertitude liée aux tensions commerciales. De plus, la perspective d’un soutien budgétaire accru, combinée à une émission de dette plus importante, devrait exercer une pression à la hausse sur les taux longs. Enfin, la tendance mondiale à un renforcement de l’arrière de la courbe pourrait entraîner des retombées sur les marchés européens.
Dans ce contexte, l’écart de rendement du Bund allemand à dix ans se rapproche à nouveau de zéro. Néanmoins, l’amélioration du sentiment de risque pourrait entraîner une sous-performance des Bunds à l’avenir. Durant les récentes tensions commerciales, les Bunds ont réaffirmé leur statut de valeur refuge. Cependant, avec une potentielle résolution de ces différends, la demande pourrait fléchir. Le chemin vers cette résolution pourrait toutefois être semé d’embûches, notamment une possible escalade des tensions avec le Canada. Concernant les niveaux de rendement, le Bund à dix ans s’échangeait autour de 15 pb au-dessus de l’euro après l’annonce des dépenses allemandes. Bien que ce niveau puisse ne pas être réatteint, l’écart s’élevait déjà à 5 pb avant cette annonce, signalant une marge de progression significative.
Les chiffres de l’emploi américain : un impact potentiellement majeur sur le milieu de la courbe
Les chiffres de la masse salariale américaine pourraient avoir un impact plus déterminant sur les perspectives que les commentaires du président de la Réserve Fédérale, Jerome Powell, lors de la réunion de cette semaine. Un net ralentissement du marché de l’emploi pèserait sur les taux courts, mais il est peu probable que cela fasse ignorer les taux longs. Une surprise à la baisse pourrait donc entraîner une surperformance notable du milieu de la courbe. Le court terme devrait rester relativement stable, soutenu par les inquiétudes inflationnistes, tandis que l’arrière sera influencé par les pressions budgétaires mondiales.
Si, en 2024, la masse salariale américaine avait une corrélation forte avec les taux européens, cette relation semble s’être significativement affaiblie. Ainsi, même si un chiffre surprise venait à provoquer de forts mouvements sur les taux américains, les retombées sur les marchés européens devraient être limitées, particulièrement sur les maturités plus longues où la corrélation est proche de zéro. Les taux courts, en revanche, maintiennent une corrélation plus forte avec les États-Unis, réagissant particulièrement aux mouvements des bons du Trésor américain (UST).
Événements et perspectives du vendredi
Les prévisions tablent sur une inflation stable dans la zone euro à 2,3 % pour le mois de juin, contre 1,9 % observé, soit légèrement en deçà de l’objectif de la BCE. Côté américain, le nombre d’emplois créés est attendu en baisse, à 105 000, un chiffre bien inférieur aux 147 000 précédents. Le taux de chômage devrait légèrement augmenter, passant de 4,2 % à 4,3 %. D’autres données importantes incluent les indices de confiance et les chiffres de la production industrielle, tous deux attendus en légère amélioration.
Parallèlement, l’actualité sera également marquée par les derniers développements dans les accords commerciaux. Donald Trump a repoussé d’une semaine l’échéance de certaines négociations, mais a également procédé à une augmentation des tarifs douaniers sur certains pays, y compris son proche partenaire commercial, le Canada. Les marchés devront donc naviguer dans un flux constant de titres liés au commerce international.