Mis à jour le 9 février 2024 à 06h13. Au-delà de la pollution visible, la production et l’utilisation du plastique représentent un enjeu majeur de santé publique, dont les conséquences pourraient s’aggraver considérablement dans les prochaines décennies. Une nouvelle étude révèle que le nombre d’années de vie ajustées sur l’incapacité (DALY) liées au plastique pourrait plus que doubler d’ici 2040 si les tendances actuelles persistent.
- Le cycle de vie du plastique, de l’extraction des matières premières à l’élimination, est source de problèmes de santé à chaque étape.
- Les émissions de gaz à effet de serre liées à la production de plastique constituent la principale source de dommages pour la santé.
- Réduire la production de plastique inutile est la mesure la plus efficace pour limiter les impacts sur la santé publique, selon l’étude.
Le plastique est souvent perçu comme un problème environnemental, lié à l’accumulation de déchets et à la menace pour la faune marine. Pourtant, une analyse plus approfondie révèle que le plastique est également un véritable problème de santé, touchant les populations dès l’extraction des combustibles fossiles nécessaires à sa fabrication, et jusqu’à la qualité de l’air que nous respirons. Une récente modélisation des impacts sanitaires du plastique prévoit une aggravation significative de la situation dans les années à venir.
Selon cette étude, le nombre d’années de vie ajustées sur l’incapacité (DALY) – une mesure standard en santé publique qui prend en compte à la fois la mortalité prématurée et la perte de qualité de vie due à la maladie – pourrait passer d’environ 2,1 millions en 2016 à près de 4,5 millions en 2040, si les habitudes de production et de consommation actuelles ne changent pas. Les chercheurs soulignent que ce chiffre pourrait même être sous-estimé, car il est difficile de quantifier précisément les effets de certains types de pollution liés au plastique, notamment ceux des microplastiques et des produits chimiques qui se libèrent au fil du temps.
Pour mieux comprendre l’ampleur de ces impacts, il est essentiel de considérer le plastique non pas comme un simple produit, mais comme un cycle de vie complet. Ce cycle commence par l’extraction du pétrole et du gaz, les principales matières premières utilisées pour fabriquer la grande majorité des plastiques. Il se poursuit ensuite par le raffinage, le traitement pétrochimique, la fabrication, le transport à l’échelle mondiale, l’utilisation par les consommateurs, et enfin, l’élimination par mise en décharge, incinération, recyclage ou dispersion dans l’environnement. À chaque étape, des risques pour la santé peuvent apparaître, affectant souvent des communautés différentes à des moments différents.
L’étude met en évidence que la plus grande part des dommages projetés proviendrait des émissions de gaz à effet de serre liées à la production de plastique, dont les conséquences sur la santé sont multiples et indirectes. La pollution de l’air et l’exposition à des produits chimiques toxiques sont également des facteurs importants. Prenons l’exemple d’une simple bouteille d’eau en plastique : son cycle de vie commence par l’extraction des ressources fossiles, avec les impacts environnementaux et sanitaires locaux que cela implique. Ces ressources sont ensuite transformées en polymères par des procédés chimiques énergivores, générant des émissions polluantes et exposant les populations voisines à des risques pour leur santé. Dans certaines zones fortement industrialisées, les habitants expriment depuis longtemps leur inquiétude face à l’augmentation des cas de cancer et d’autres maladies.
Après sa production, la bouteille est transportée, utilisée brièvement, puis jetée. Même lorsque le recyclage est possible, la majorité des plastiques finissent dans les décharges ou sont incinérés. Dans les décharges, ils peuvent persister pendant des décennies, voire des siècles, avec le risque de libérer des additifs chimiques et des produits de dégradation dans l’environnement.
L’étude a également exploré les effets de mesures plus ambitieuses pour réduire les impacts du plastique sur la santé. Un résultat préoccupant est apparu : le recyclage, bien qu’utile pour d’autres raisons, a un impact relativement limité sur la réduction du fardeau sanitaire global. Cela s’explique en partie par les faibles taux de recyclage à l’échelle mondiale, mais aussi par le fait que le recyclage ne résout pas les problèmes liés à l’extraction et à la production initiales. Si la production de plastique continue d’augmenter, le recyclage ne sera qu’une solution partielle.
Le levier le plus efficace identifié par le modèle est donc de réduire la production de plastique inutile. Cette conclusion est délicate sur le plan politique, car elle implique un changement structurel profond, plutôt qu’une simple responsabilisation des consommateurs. L’heure est venue de privilégier la réduction de la production à la multiplication des efforts de recyclage, ce qui remet en question les modèles économiques basés sur l’utilisation massive d’emballages à usage unique et le renouvellement rapide des produits.
Les auteurs de l’étude soulignent également les limites de leur modélisation. Les effets des microplastiques, désormais présents dans de nombreux environnements, et leur impact sur l’organisme sont encore mal connus. De même, les emballages alimentaires peuvent contenir des produits chimiques qui migrent dans les aliments, mais les conséquences sanitaires varient considérablement en fonction du composé et du niveau d’exposition, ce qui rend difficile l’établissement d’une estimation globale. En reconnaissant ces incertitudes, l’étude suggère que le véritable fardeau sanitaire lié au plastique pourrait être encore plus important que ce que les modèles actuels permettent de prévoir.
La question du plastique est désormais au cœur des négociations internationales pour un traité visant à lutter contre la pollution plastique, mais ces discussions sont complexes, notamment en raison des intérêts divergents des producteurs de combustibles fossiles. Même en l’absence d’accord mondial, les pays peuvent agir au niveau national en adoptant des mesures telles que la restriction de certains plastiques à usage unique, l’établissement de normes de produits plus strictes, l’investissement dans des systèmes de réutilisation et le renforcement de la réglementation des émissions industrielles et des additifs chimiques. L’objectif n’est pas de diaboliser le plastique, mais de reconnaître que l’ampleur et la conception actuelles de sa production et de son élimination représentent un danger prévisible pour la santé publique. Si la production continue d’augmenter, les impacts sur la santé ne feront que s’aggraver, que le plastique finisse ou non dans une poubelle bien ordonnée.