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L’Indonésie doit criminaliser la sollicitation des enfants et le contrôle coercitif

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Publié le 10 février 2026. Les révélations de l’actrice indonésienne Aurélie Moeremans sur les violences psychologiques et sexuelles qu’elle a subies durant son adolescence mettent en lumière un flou juridique en Indonésie concernant des pratiques telles que le grooming et le contrôle coercitif, des formes de violence relationnelle souvent difficiles à identifier et à sanctionner.

  • Les mémoires d’Aurélie Moeremans, intitulées Chaîne cassée, ont suscité un débat public sur les violences faites aux femmes en Indonésie.
  • Le grooming et le contrôle coercitif, bien que répandus, ne sont pas clairement définis ni criminalisés par la loi indonésienne.
  • Des experts plaident pour une adaptation de la législation et une meilleure sensibilisation afin de protéger les victimes, en particulier les enfants et les adolescents.

Au début de l’année 2026, l’Indonésie s’est saisie des mémoires d’Aurélie Moeremans, une actrice populaire qui a choisi de briser le silence sur les abus qu’elle a subis durant son adolescence, lorsqu’elle entretenait une relation avec un homme plus âgé. Son livre, Chaîne cassée, a ravivé les discussions sur la violence à l’égard des femmes et les failles du système de protection.

Ces témoignages résonnent avec une image observée par l’auteure, maître de conférences en genre et droit à l’Université d’Indonésie, sur les murs d’une toilette publique à Sydney : « Ce n’est pas de l’amour, c’est un contrôle coercitif. Connaissez les signes d’abus. » Une affiche frappante, destinée à une visibilité maximale, qui témoigne de l’engagement des autorités locales australiennes à lutter contre les violences domestiques et relationnelles. Une initiative qui contraste avec le manque de sensibilisation visible à Jakarta et dans d’autres grandes villes indonésiennes, malgré le nombre élevé de cas de violence domestique recensés dans le pays.

L’auteure, par ailleurs, témoigne des confidences de ses anciens étudiants, victimes de comportements abusifs : interdiction de porter certains vêtements, restriction des contacts sociaux, contrainte à des relations sexuelles, enregistrement de scènes intimes et chantage à la diffusion d’images. Des expériences qui rappellent douloureusement le parcours d’Aurélie Moeremans, mais qui sont rarement qualifiées d’abus, tant par les victimes elles-mêmes que par la société.

Le grooming, ou préparation psychologique d’une victime en vue d’abus sexuels, et le contrôle coercitif, qui se manifeste par un ensemble de comportements visant à isoler, intimider et dominer un partenaire, sont des formes de violence qui manquent encore de définitions juridiques précises en Indonésie. L’auteure rappelle que la reconnaissance juridique de certaines formes de criminalité est un processus lent. Le harcèlement sexuel, par exemple, n’a été clairement défini aux États-Unis qu’à la fin des années 1970, grâce aux travaux de féministes telles que Lin Farley et Catherine MacKinnon, et a ensuite été reconnu par la justice dans des affaires comme Barnes c. Costle (1977). Depuis, certains actes auparavant considérés comme inoffensifs sont désormais reconnus comme des formes de discrimination et de violence à l’égard des femmes.

En Indonésie, la loi 12 de 2022 sur la violence sexuelle (UU n° 12 de 2022) n’a explicitement intégré le terme « harcèlement sexuel » qu’en 2022. L’histoire d’Aurélie Moeremans illustre les conséquences de ce manque de définition : lorsqu’elle a partagé son témoignage sur Facebook en 2014, elle a été accusée et stigmatisée, et n’a pas été reconnue comme une victime de crime. Elle affirme même qu’une institution de protection de l’enfance, censée la protéger, a contribué à perpétuer le processus de grooming. Bien qu’elle n’ait pas nommé cette institution, il s’agirait probablement de l’Agence de protection de l’enfance (Institut de protection de l’enfance), fondée en 1998 et dirigée à l’époque par Seto Mulyadi, plus connu sous le nom de Kak Seto.

Kak Seto a récemment reconnu l’importance de comprendre les dynamiques de pouvoir, la vulnérabilité des adolescents et les conséquences psychologiques à long terme des violences sexuelles. Cette reconnaissance souligne toutefois l’ampleur de l’ignorance institutionnelle qui peut perpétuer la vulnérabilité des victimes. Ce n’est qu’en 2025, onze ans après la publication de son témoignage sur Facebook, que l’histoire d’Aurélie a suscité l’attention du public. Le terme « grooming d’enfants » est désormais plus largement connu, notamment parmi les militants pour l’égalité des sexes et les universitaires, mais il n’est pas encore considéré comme un crime en Indonésie.

Tout comme le grooming, le contrôle coercitif est une forme de violence qui n’est pas clairement définie par la loi indonésienne, bien que certains États australiens, comme la Nouvelle-Galles du Sud et l’Australie-Méridionale, l’aient désormais criminalisé. La loi 23 de 2004 sur l’élimination de la violence domestique et la loi 35 de 2014 sur la protection de l’enfance reconnaissent les violences physiques, psychologiques, sexuelles et économiques, mais le contrôle coercitif se manifeste souvent par une combinaison de ces différentes formes de violence. L’histoire d’Aurélie illustre parfaitement la manière dont elle a été victime de ces différentes formes d’abus dans sa relation avec son agresseur : violences psychologiques, physiques, économiques et sexuelles.

Le contrôle coercitif est un schéma de comportement utilisé pour dominer une autre personne et constitue souvent le fondement de la violence domestique ou d’autres relations abusives. Les auteurs utilisent le contrôle coercitif pour restreindre la liberté, limiter la prise de décision et réduire la capacité de la victime à contrôler sa propre vie. Pour les enfants, le contrôle coercitif est d’autant plus complexe qu’ils peuvent en être victimes non seulement de la part d’un partenaire amoureux de leurs parents, mais aussi de la part de leurs propres parents. Même s’ils ne sont pas directement visés par le contrôle coercitif exercé entre leurs parents, les enfants peuvent subir des traumatismes à long terme en étant témoins, en entendant et en ressentant ce qui se passe. Cependant, même en Australie, l’attention portée aux expériences de contrôle coercitif des enfants reste limitée par rapport à l’accent mis sur les femmes adultes victimes.

En Indonésie, la violence dans les fréquentations est reconnue comme une forme de violence par la Commission nationale sur la violence à l’égard des femmes, et la violence au sein des familles et des établissements de protection alternative est documentée par la Commission indonésienne de protection de l’enfance. Cependant, le contrôle coercitif n’est toujours pas reconnu comme une catégorie distincte de violence contre les enfants et les femmes.

L’histoire d’Aurélie Moeremans, qui a mis onze ans et la publication de ses mémoires pour attirer l’attention du public et du gouvernement, souligne la nécessité d’une terminologie et de définitions juridiques adéquates pour permettre aux victimes de violence, en particulier les enfants, de comprendre qu’elles sont victimes d’un acte répréhensible et de saisir le système judiciaire. Des définitions juridiques claires sont également essentielles pour permettre aux forces de l’ordre d’identifier, d’interpréter et de traiter ces affaires. Cependant, la loi seule ne suffit pas. Un système judiciaire adapté aux enfants est indispensable, car les enfants rencontrent souvent des obstacles pour accéder à la justice en raison de leur âge, de leur dépendance à l’égard des adultes, de leur connaissance limitée de leurs droits et de la complexité du système juridique.

L’histoire d’Aurélie Moeremans doit servir de catalyseur pour améliorer la législation sur la protection de l’enfance en Indonésie, en reconnaissant et en pénalisant les formes émergentes de violence telles que le grooming et le contrôle coercitif. Un système juridique adapté aux enfants, combiné à une compréhension commune des définitions, des mécanismes de protection et des procédures de traitement des affaires entre les organismes gouvernementaux, les forces de l’ordre et les prestataires de services, est essentiel pour garantir que les enfants ne continuent pas à être lésés par un système censé les protéger.

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