Sauvées de l’extinction il y a un demi-siècle, les grandes grues du Canada font face à de nouveaux défis : un récent arrêt des activités gouvernementales fédérales perturbe leur suivi et la gestion de leurs habitats de repos essentiels, affectant directement leur retour dans des sanctuaires comme celui de Sherburne, au Minnesota.
Ces majestueuses créatures, symboles de résilience, ont failli disparaître des paysages du Wisconsin et du Minnesota au XIXe siècle. La transformation des zones humides en terres agricoles et le labour des prairies ont conduit à un déclin alarmant. Dans les années 1940, le ministère des Ressources naturelles signalait moins de 50 individus dans une tourbière du Minnesota, près de Roseau. Heureusement, grâce aux efforts de restauration de leur habitat et aux protections légales mises en place aux niveaux étatique et fédéral, ces oiseaux ont pu entamer une spectaculaire remontée.
Considérées comme l’un des plus anciens oiseaux vivants, les grues possèdent une histoire évolutive impressionnante. Des fossiles retrouvés en Amérique du Nord attestent de leur présence depuis 2,5 millions d’années, selon la Société Audubon. Leur longévité et leur capacité à survivre s’expliquent en partie par leur intelligence et leur adaptabilité.
« Ils sont très intelligents et savent comment être résilients et adaptables », confirme David Wolfson, chercheur sur la sauvagine. Dans le cadre d’une étude de l’Université du Minnesota, il a personnellement marqué et suivi la migration de ces oiseaux, observant de près leurs stratégies de survie.
Les grues qui font escale à Crex appartiennent à la population orientale de la grande grue du Canada. Celle-ci se reproduit dans le Haut-Midwest américain et s’étend sur tout le Canada. Les chiffres de 2024, compilés par le US Fish & Wildlife Service, révèlent une population totale de plus de 91 000 individus. La réserve faunique nationale de Sherburne, au Minnesota, témoigne de ce succès, attirant plus de 20 000 individus chaque automne et abritant des centaines de couples nicheurs.
Cependant, la situation actuelle est assombrie par la fermeture d’une partie du gouvernement fédéral. Cette interruption a entraîné l’annulation des relevés hebdomadaires habituels des grues, une pratique essentielle pour évaluer leur nombre et leur comportement. Plus grave encore, elle impacte la gestion de l’eau dans les zones humides, des écosystèmes vitaux pour l’alimentation et le repos des oiseaux.
« La fermeture du gouvernement fédéral a changé la situation jusqu’à présent. Cela a annulé le décompte hebdomadaire normal des grues et affecte la gestion de l’eau qui attire les grues vers leurs lieux de repos habituels », explique Dean Kleinhans, membre des Amis de la réserve faunique nationale de Sherburne. Il cite l’exemple de la piscine de St. Francis, dont le niveau d’eau est actuellement bas, dissuadant les grues de s’y installer.