Publié le 11 octobre 2025. Les investisseurs immobiliers aux Pays-Bas vendent massivement leurs biens locatifs, préférant réinvestir leurs bénéfices à l’étranger, notamment en Espagne. Cette tendance, exacerbée par des réglementations jugées défavorables, crée une pénurie de logements sur le marché locatif néerlandais.
- En 2024, plus de 27 000 logements locatifs ont été vendus par des investisseurs, soit dix fois plus qu’en 2022.
- Près de la moitié des investisseurs souhaitent réinvestir leurs gains hors des Pays-Bas, l’Espagne étant la destination privilégiée.
- La nouvelle loi sur les loyers abordables et l’augmentation des taxes immobilières sont citées comme les principaux facteurs de cette délocalisation des investissements.
L’enquête menée par Heure des nouvelles auprès de plus de 500 investisseurs immobiliers révèle un exode significatif. Martijn Lentze, un investisseur qui rénove une ancienne église à La Haye pour en faire 36 appartements, témoigne des difficultés rencontrées : obtention de permis prolongée, arrêt de travaux dû à la protection des chauves-souris, et même l’intrusion de squatteurs. Mais le principal frein reste la loi sur les loyers abordables entrée en vigueur en 2024, qui plafonne les loyers selon un système de points et alourdit la fiscalité immobilière. Des mesures initialement destinées à équilibrer le marché locatif, mais que les investisseurs perçoivent comme une incitation à quitter le pays.
« Ces dernières années, nous avons été présentés comme le problème », déplore Martijn Lentze, qui a mis en vente les trois quarts de son portefeuille immobilier, soit des centaines de logements. Auparavant, il transformait des bâtiments et augmentait l’offre locative, mais les conditions actuelles rendent l’investissement moins attractif aux Pays-Bas. Sa nouvelle stratégie : investir à Valence, en Espagne, où le climat est plus clément et où l’investissement locatif reste rentable. Il applique d’ailleurs des techniques similaires à celles utilisées aux Pays-Bas, comme l’ajout d’étages supplémentaires aux bâtiments anciens.
L’Espagne attire 28 % des investisseurs désireux de réorienter leurs fonds, suivie par l’Allemagne (13 %) et la France (11 %). Selon Edward Touw de Vastgoed Belang, 77 % des propriétaires privés ont vendu ou envisagent de vendre leurs biens locatifs depuis 2023. Cette fuite des capitaux représente un coup dur pour les ambitions néerlandaises en matière de construction de logements, estimées à 400 milliards d’euros. Les fonds issus de la vente de ces immeubles locatifs sortent ainsi du marché immobilier national.
Erwin Hartgring, agent immobilier chez Spanish Dream Houses, observe une forte augmentation des contacts avec les investisseurs néerlandais, passant de rares échanges à deux ou trois par semaine. Il plaisante en disant que le ministre du Logement, Hugo de Jonge, leur a offert « un tout nouveau groupe de clients ». Cependant, cette affluence d’investisseurs étrangers suscite des tensions en Espagne, où les locaux peinent à accéder à la propriété, les appartements étant souvent loués à des expatriés, ce qui a mené à des manifestations dans plusieurs villes.
Le professeur Matthijs Korevaar de l’Erasmus School of Economics se montre préoccupé par cette situation. Il souligne que les investisseurs privés financent environ 70 % des nouvelles propriétés locatives aux Pays-Bas et jouent un rôle crucial dans l’augmentation de l’offre par le biais de divisions et de rénovations. « On ne peut pas simplement se passer de ces investisseurs », affirme-t-il, soulignant les conséquences négatives pour les primo-accédants, les étudiants, les personnes divorcées et les travailleurs migrants qui dépendent de ce marché locatif.