Publié le 22 février 2026 00:54:00. Une étude publiée dans le Journal de l’Association médicale américaine (JAMA) tempère l’enthousiasme autour de la nouvelle fonction de détection de l’hypertension artérielle de l’Apple Watch, soulignant un risque de faux sentiment de sécurité, en particulier chez les personnes âgées.
- La fonction de l’Apple Watch ne détecte que 41 % des cas d’hypertension non diagnostiqués.
- Le risque de faux négatifs est élevé (59 %), pouvant masquer une hypertension réelle.
- La fiabilité de la détection diminue avec l’âge, nécessitant une surveillance traditionnelle avec un brassard.
La possibilité de surveiller sa tension artérielle grâce à une montre connectée représente une avancée potentielle dans la prévention des maladies cardiovasculaires. Cependant, une analyse rigoureuse publiée dans le Journal de l’Association médicale américaine (JAMA) met en garde contre une confiance excessive dans cette technologie, qui pourrait s’avérer moins performante qu’une mesure traditionnelle au brassard et laisser passer plus de la moitié des cas d’hypertension artérielle non détectés.
L’étude évalue l’impact de la nouvelle fonctionnalité d’alerte d’hypertension de l’Apple Watch, approuvée par l’agence de réglementation américaine (FDA) en septembre 2025. Cette fonction utilise des capteurs optiques pour estimer les variations du flux sanguin et émet une alerte lorsque les données suggèrent une pression artérielle élevée. Il est crucial de souligner que l’appareil ne pose pas de diagnostic, mais signale uniquement un risque potentiel.
Les chercheurs estiment que la sensibilité de l’appareil est d’environ 41 %, ce qui signifie qu’il ne détectera qu’un peu plus de 4 personnes sur 10 souffrant d’hypertension non diagnostiquée. En revanche, la spécificité est estimée à 92 %, indiquant que la majorité des alertes positives correspondent bien à des cas réels.
Le principal problème identifié réside dans le taux élevé de faux négatifs, estimé à 59 %. Comme l’explique l’un des auteurs de l’étude :
« Ce n’est pas acceptable. La moitié des personnes hypertendues pourraient manquer l’occasion de bénéficier d’un suivi approprié. Je considère qu’il est inapproprié d’utiliser cette fonction comme méthode de dépistage isolée. »
Katayose, chercheur
L’hypertension artérielle est souvent qualifiée de « maladie silencieuse » car elle ne se manifeste généralement par aucun symptôme jusqu’à ce qu’elle provoque des complications graves, telles qu’une crise cardiaque, un accident vasculaire cérébral ou une insuffisance rénale.
L’étude révèle que la pertinence de l’alerte – ou son absence – varie considérablement en fonction de l’âge. Chez les jeunes de moins de 30 ans, une alerte augmente la probabilité d’hypertension de 14 % à 47 %. Chez les personnes âgées de 60 ans et plus, l’alerte fait passer le risque estimé de 45 % à 81 %. Cependant, même en l’absence de notification, le risque reste élevé chez les seniors, atteignant 34 %.
Ces données appellent à la prudence, selon Katayose :
« Chez les personnes âgées, la sensibilité descend à environ 34 %, ce qui peut donner l’impression que tout va bien. Il est impératif de continuer à effectuer des mesures avec des méthodes traditionnelles, à l’aide d’un brassard, et de ne jamais interrompre un traitement en se basant uniquement sur les informations fournies par la montre intelligente. »
Katayose, chercheur
Le cardiologue interventionnel Valerio Fuks, membre de la Société brésilienne d’hémodynamique et de cardiologie interventionnelle et directeur général de l’hôpital municipal do Coração São José à Duque de Caxias (RJ), souligne que l’hypertension artérielle chez les personnes âgées présente des caractéristiques spécifiques :
« Les patients âgés présentent souvent une hypertension systolique isolée, due à un raidissement des artères. Une évaluation inexacte est possible avec une montre connectée. Les patients âgés doivent bénéficier d’une surveillance plus rigoureuse et ne pas se fier uniquement à cette technologie. »
Valerio Fuks, cardiologue interventionnel
Si la montre connectée peut manquer de nombreux cas, elle peut également révéler des situations qui passeraient inaperçues, notamment chez les jeunes adultes. L’hypertension peut survenir avant 40 ans, souvent en raison de facteurs secondaires tels que des troubles hormonaux, une maladie rénale ou la prise de certains médicaments. Dans cette tranche d’âge, une alerte sur la montre connectée ne constitue pas un diagnostic, mais un signal d’alerte justifiant une investigation plus approfondie.
Il est important de rappeler que l’hypertension n’est pas définie par une mesure isolée, mais par des moyennes répétées tout au long de la journée. En cas de notification, il est recommandé de confirmer les valeurs avec des méthodes validées, telles que la surveillance ambulatoire de la pression artérielle (MAPA) – un examen consistant à porter un brassard pendant 24 heures pour mesurer automatiquement la tension artérielle – ou la surveillance à domicile.
Les experts soulignent que les jeunes peuvent également souffrir d’hypertension secondaire et qu’une alerte peut être le point de départ d’un diagnostic précoce. Dans ce contexte, une éventuelle augmentation de la demande de consultations n’est pas nécessairement négative : elle pourrait signifier que davantage de personnes seraient évaluées avant de développer des complications.
L’étude a également identifié des différences significatives entre les groupes raciaux, reflétant des inégalités déjà connues en matière de santé cardiovasculaire. L’intégration des dispositifs connectés dans le suivi de la santé pourrait avoir deux effets opposés : élargir l’accès au diagnostic ou renforcer les inégalités, en fonction de la capacité de chacun à acquérir ces appareils.
Les cardiologues estiment que, si le coût de ces appareils diminue et que l’accès s’élargit – comme ce fut le cas pour les smartphones – la technologie pourrait contribuer à une meilleure détection des cas. Dans des pays comme le Brésil, où l’accès aux services médicaux est limité dans certaines régions, tout outil encourageant la recherche d’une évaluation formelle peut avoir un impact positif.
Néanmoins, l’efficacité de cette approche dépend des politiques publiques et d’un véritable accès à la technologie.
Le consensus est que l’alerte doit être prise au sérieux, mais pas interprétée comme un diagnostic définitif. Il est recommandé de commencer par des mesures appropriées en cabinet médical, de répéter les mesures à domicile avec un appareil validé et, si nécessaire, de demander des examens complémentaires, tels que la MAPA. En fonction du profil du patient, des tests de laboratoire et une évaluation des causes secondaires peuvent être indiqués.
En revanche, l’absence d’alerte ne doit pas être interprétée comme un signe que tout va bien, en particulier chez les personnes âgées ou présentant des facteurs de risque.
Les recommandations médicales actuelles exigent une confirmation avec des brassards validés. La technologie portable n’est pas encore intégrée dans les lignes directrices en tant que méthode de diagnostic. Cependant, cette situation pourrait évoluer. Avec des capteurs améliorés et de nouvelles études de validation, il est possible que ce type d’outil soit envisagé à l’avenir comme une stratégie de suivi complémentaire.
En attendant, la montre connectée peut être un allié précieux, à condition qu’elle ne remplace pas l’essentiel : mesurer correctement sa tension artérielle et consulter un professionnel de santé.