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La nicotine : une substance méconnue ?

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Publié le 27 octobre 2025, 12:12. Une controverse tenace entoure la nicotine, souvent confondue avec le tabac comme cause principale du cancer. Pourtant, des experts de renom, dont le professeur David Khayat, éminent oncologue parisien, affirment que cette perception est erronée. Lors d’un forum international à Dubaï, il a rappelé que le danger réside dans la combustion, et non dans la substance elle-même.

  • La nicotine n’est pas cancérigène selon les autorités sanitaires mondiales.
  • Les milliers de composés chimiques générés par la combustion du tabac sont les véritables responsables des maladies liées au tabagisme.
  • Le principe de « réduction des méfaits » prône l’usage de produits sans fumée pour les fumeurs ne pouvant arrêter.

Lors du forum Technovation : Smoke-Free, organisé par Philip Morris International (PMI) à Dubaï le mercredi 8 octobre 2025, le professeur David Khayat, oncologue à l’Université Pierre et Marie Curie de Paris, a tenu à dissiper un mythe tenace. « La nicotine ne provoque pas le cancer », a-t-il affirmé. Il a précisé : « Ce qui cause le cancer, ce sont les milliers de produits chimiques dangereux qui apparaissent lorsque le tabac est brûlé, et non la nicotine. »

Le processus de combustion des feuilles de tabac libère plus de 6 000 substances chimiques, dont environ 80 sont identifiées comme cancérigènes. Ce sont ces particules fines issues de la combustion qui sont à l’origine des maladies graves associées au tabagisme. À l’inverse, la nicotine ne figure pas sur les listes des substances cancérigènes établies par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) ou la Food and Drug Administration (FDA) américaine. Preuve en est, la nicotine est largement utilisée sous forme de substituts tels que les gommes à mâcher ou les patchs pour aider les fumeurs à arrêter.

Le professeur Khayat, dont l’engagement dans la lutte contre le cancer est de longue date, a d’ailleurs initié en 2000 la « Charte de Paris contre le cancer », un projet soutenu par le président Jacques Chirac et l’UNESCO, qui a contribué à la création de la Journée Mondiale contre le Cancer et de l’Institut National du Cancer (INCa). En tant qu’architecte du Plan National Cancer de 2002, il a mené une campagne nationale anti-tabac qui a vu 1,8 million de personnes cesser de fumer, bien que le défi de la rechute soit significatif.

La nicotine et le principe de « réduction des méfaits »

Fort de plus de 30 ans d’expérience dans la recherche et la lutte contre le cancer, le Dr Khayat plaide pour l’application du principe de « réduction des méfaits ». Il s’agit de minimiser les risques pour la santé sans exiger un arrêt complet immédiat. « Arrêter complètement est la meilleure option. Mais si quelqu’un ne peut pas s’arrêter, notre travail consiste à l’aider à choisir une meilleure voie », explique-t-il.

Cette approche encourage l’adoption de produits sans fumée, tels que les cigarettes électroniques, les dispositifs de tabac chauffé ou les sachets de nicotine. L’objectif est de réduire l’exposition à la fumée et, par conséquent, les risques pour la santé.

Le professeur Khayat partage le point de vue de Tomoko Iida, Directrice de l’Engagement Scientifique SSEA, CIS, MEA chez Philip Morris International (PMI), également intervenante au forum de Dubaï. « La nicotine n’est pas la principale cause des maladies causées par le tabagisme. Ce qui est dangereux, c’est le résultat du processus de combustion de la cigarette », a-t-elle souligné. Selon Tomoko Iida, les feuilles de tabac brutes ne sont pas intrinsèquement dangereuses ; le danger apparaît lors de la combustion, qui génère des réactions chimiques produisant des milliers de composés toxiques.

Tomoko Iida reconnaît que la nicotine crée une dépendance, mais insiste sur le fait que les principales maladies liées au tabagisme sont imputables à la combustion. Le National Health Service (NHS) britannique corrobore cette position, affirmant que la nicotine, bien que addictive, est relativement inoffensive pour la santé en elle-même. Des études révèlent d’ailleurs qu’une majorité de médecins américains (plus de 80 %) pensent encore à tort que la nicotine cause le cancer, témoignant de la persistance de la désinformation.

Nicotine et caféine : deux substances psychoactives aux effets similaires

Pour illustrer son propos, Tomoko Iida a comparé la nicotine à la caféine présente dans le café. Ces deux substances agissent de manière similaire sur le système nerveux central, pouvant améliorer la concentration et l’humeur. Consommée à certaines doses et hors du cadre de la combustion du tabac, la nicotine pourrait donc être considérée comme un stimulant léger plutôt qu’une menace directe pour la santé.

Apprendre du Japon et de la Suède

Tomoko Iida a également mis en avant les succès obtenus au Japon et en Suède grâce à l’adoption de produits sans fumée. Au Japon, l’introduction de produits à base de tabac chauffé a entraîné une chute de 50 % des ventes de cigarettes traditionnelles en quelques années. En Suède, le passage à des alternatives sans combustion a permis de réduire les taux de cancer du poumon aux niveaux les plus bas d’Europe. « Ce que nous voyons aujourd’hui en Suède est une preuve claire que la transition vers des produits sans combustion peut sauver des vies », a-t-elle conclu.

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