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La plus grande carte génétique du cancer chez le chat a identifié des similitudes avec les tumeurs humaines

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Publié le 2024-02-29 10:00:00. Une étude internationale révèle des similitudes génétiques frappantes entre le cancer chez le chat domestique et celui chez l’humain, ouvrant de nouvelles perspectives pour la recherche et le développement de traitements.

  • Une première carte génétique à grande échelle du cancer félin a été établie.
  • Des mutations génétiques communes aux chats et aux humains ont été identifiées, notamment dans le cancer du sein.
  • Cette découverte pourrait accélérer la mise au point de thérapies ciblées bénéficiant aux deux espèces.

Le cancer représente un défi majeur de santé publique, touchant aussi bien les humains que les animaux de compagnie. Une nouvelle étude internationale vient de mettre en lumière un lien insoupçonné : des mécanismes génétiques communs entre le cancer chez le chat domestique et celui chez l’humain. Cette découverte, publiée dans la revue Science, pourrait révolutionner la recherche en oncologie et ouvrir la voie à des traitements plus efficaces.

Des experts de plusieurs institutions de renom, dont le Wellcome Sanger Institute (Royaume-Uni), le Collège vétérinaire de l’Ontario (Canada) et l’Université de Berne (Suisse), ont collaboré pour réaliser cette étude. Ils ont analysé des échantillons de tumeurs provenant de près de 500 chats domestiques issus de cinq pays différents, puis comparé ces données avec les informations génétiques disponibles sur le cancer humain et canin.

Les résultats sont sans appel : pour la première fois, les scientifiques ont pu identifier avec précision les changements génétiques à l’origine de différentes tumeurs chez le chat, et constater que nombre de ces modifications se retrouvent également chez l’homme. Cette similarité génétique souligne l’intérêt croissant de considérer les animaux de compagnie comme des modèles pertinents pour l’étude du cancer.

L’étude a permis de séquencer 978 gènes liés aux tumeurs félines, en se basant sur leur correspondance fonctionnelle avec environ mille gènes humains impliqués dans le cancer. La comparaison a révélé qu’environ 90 % des gènes du chat domestique sont homologues à ceux de l’homme, un pourcentage supérieur à celui observé avec le chien ou la souris.

« Le cancer est l’une des principales causes de morbidité et de mortalité chez les chats âgés. Cependant, on sait très peu de choses sur la génétique à l’origine de ces cancers », explique Louise van der Weyden, auteure principale de l’étude au Wellcome Sanger Institute. Elle ajoute que l’absence de thérapies ciblées pour les chats, contrairement à la médecine de précision déjà bien établie chez l’humain, a motivé ces travaux de séquençage pour mieux comprendre les gènes moteurs du cancer félin.

Une découverte particulièrement encourageante concerne le cancer du sein chez le chat. L’étude a identifié sept gènes impliqués dans le développement de tumeurs agressives. Parmi ceux-ci, le gène FBXW7 est le plus fréquemment muté, affectant plus de 50 % des tumeurs mammaires félines. Or, des altérations de ce même gène sont également associées à un pronostic défavorable chez les femmes atteintes d’un cancer du sein.

« Il nous a semblé profondément injuste qu’à l’ère de la médecine de précision, où les thérapies ciblées constituent le traitement de choix du cancer chez l’homme, elles n’existent pas pour les chats », souligne Louise van der Weyden. L’objectif était donc de définir l’oncogénome du chat domestique afin de poser les bases de futures thérapies spécifiques.

Le professeur Sven Rottenberg, co-auteur principal de l’étude à l’Université de Berne, précise : « L’accès à un si large éventail de tissus donnés nous a permis d’évaluer la réponse aux médicaments dans différents types de tumeurs d’une manière qui n’avait pas été possible auparavant à cette échelle. Il s’agit d’un outil puissant qui nous aide à identifier de nouvelles options thérapeutiques potentielles qui, nous l’espérons, pourront un jour être appliquées dans la pratique clinique, tant pour les chats que pour les humains. »

Les chercheurs ont également observé des similitudes génétiques entre les tumeurs du sang, des os, des poumons, de la peau, du tractus gastro-intestinal et du système nerveux central chez le chat et l’humain. En particulier, les lymphomes, les tumeurs osseuses et les méningiomes partagent des mutations motrices, renforçant l’idée que les chats pourraient offrir des modèles spontanés pour l’étude des néoplasmes humains.

Alejandro Suárez Bonnet, pathologiste au Collège Royal Vétérinaire et à l’Institut Francis Crick, met en avant la valeur des animaux domestiques en tant que modèles biomédicaux plus représentatifs que les souris de laboratoire : « Nous avons identifié des groupes de tumeurs qui peuvent représenter des modèles spontanés de tumeurs humaines, ce qui signifie qu’il y a un avantage à cibler les humains. »

L’étude révèle également que les cellules cancéreuses portant des mutations FBXW7 sont plus sensibles aux alcaloïdes vinca, des composés utilisés en chimiothérapie humaine. Cette observation ouvre la voie à l’utilisation de ces médicaments en médecine vétérinaire.

Par ailleurs, le gène PIK3CA a été identifié comme le deuxième facteur le plus courant dans les carcinomes mammaires félins, présent dans 47 % des cas. Ce gène est également muté dans les tumeurs du sein humain, et des inhibiteurs de PI3K sont déjà utilisés comme traitement. Ces coïncidences suggèrent que les progrès réalisés dans les thérapies ciblées chez l’humain pourraient être transposés, avec les adaptations nécessaires, au traitement des chats, et vice versa.

Cette recherche, qui a mobilisé plus de 20 institutions, permet pour la première fois d’accéder à une ressource génomique féline à grande échelle et librement accessible à la communauté scientifique. Elle favorisera le développement de nouvelles recherches et la comparaison continue entre les tumeurs de différentes espèces. Le concept de « One Health » (Une seule santé), qui promeut l’intégration des connaissances et des traitements développés par la médecine humaine et vétérinaire, prend ici tout son sens.

« En comparant la génomique du cancer chez différentes espèces, nous comprenons mieux ses causes. L’une de nos principales découvertes est que les modifications génétiques du cancer félin sont similaires à celles observées chez l’homme et le chien. Cela pourrait être utile à la fois aux experts vétérinaires et à ceux qui étudient le cancer humain, démontrant que lorsque les connaissances et les données circulent entre différentes disciplines, nous pouvons tous en bénéficier », souligne Bailey François, co-auteur principal au Wellcome Sanger Institute.

Le professeur Geoffrey Bois, du Collège vétérinaire de l’Ontario, insiste sur le fait que nos animaux de compagnie partagent le même environnement que nous, ce qui les expose aux mêmes facteurs environnementaux. « Cela peut nous aider à mieux comprendre pourquoi le cancer se développe chez les chats et les humains, comment l’environnement qui nous entoure influence le risque de cancer et, éventuellement, à trouver de nouvelles façons de le prévenir et de le traiter. »

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