Publié le 2025-10-09 10:21:00. Face à une prolifération alarmante de carpes, considérées comme l’un des plus grands fléaux aquatiques d’Australie, des experts et des organisations environnementales pressent le gouvernement fédéral d’autoriser le déploiement d’un virus spécifique pour enrayer le phénomène.
- La carpe, une espèce invasive destructrice, atteint des proportions de peste en Australie, menaçant les écosystèmes aquatiques indigènes.
- L’utilisation du cyprinid herpesvirus-3 (CyHV-3) est envisagée pour réduire drastiquement les populations, avec un potentiel de diminution estimé à 60 %.
- Des appels répétés sont lancés pour une action fédérale coordonnée, mais le gouvernement attend les résultats d’évaluations sur les risques potentiels du virus.
La situation des carpes en Australie est devenue critique. Des voix s’élèvent, notamment celles des défenseurs de l’environnement et des spécialistes des espèces envahissantes, pour demander au gouvernement fédéral d’intervenir par le biais de ce que l’on nomme le « virus de la carpe ». Selon un rapport commandé par le gouvernement lui-même, le cyprinid herpesvirus-3 (CyHV-3) pourrait potentiellement réduire le nombre de carpes de près de 60 %. Cependant, les autorités se montrent prudentes et continuent d’évaluer les risques liés à la diffusion de ce virus.
Les pêcheurs et les autorités locales expriment leur préoccupation croissante. La Victorian Fisheries Authority (VFA) a récemment indiqué que les effectifs de carpes dans l’État avaient atteint un niveau record, affectant gravement les poissons indigènes, les zones humides et les activités de pêche récréative. Un porte-parole de la VFA a déclaré à Yahoo News Australia :
« La VFA soutient l’utilisation du virus de la carpe pour mieux contrôler le nombre de carpes et exhorte le gouvernement fédéral à approuver sa diffusion. […] Des recherches approfondies menées dans le cadre du Plan national de contrôle de la carpe (PNCC) montrent que le virus de la carpe a un potentiel crédible pour réduire le nombre de carpes jusqu’à 60 pour cent. »
La VFA insiste sur le fait que les méthodes de gestion actuelles offrent des solutions uniquement locales et temporaires, tandis que le virus de la carpe représente une solution à l’échelle des bassins hydrographiques. L’organisation plaide également pour que la carpe soit officiellement reconnue comme une menace clé autonome, au même titre que les lapins ou les renards, afin de bénéficier de plans de réduction des menaces nationaux.
Pourquoi les carpes sont-elles si destructrices ?
Reconnues comme un nuisible aquatique majeur, les carpes sont interdites à la remise à l’eau vivantes ou à la détention sans permis. Dans le bassin Murray-Darling, qui s’étend sur cinq États australiens, elles représenteraient jusqu’à 90 % de la biomasse totale des poissons. Introduites au milieu du XIXe siècle à des fins ornementales, leur propagation s’est accélérée à partir des années 1960. Leur impact est dévastateur : en remuant les sédiments au fond de l’eau, elles trouble la clarté, déracinent la végétation aquatique et libèrent des nutriments qui favorisent la prolifération d’algues. Ces conditions dégradées nuisent aux espèces indigènes, tant végétales qu’animales, tandis que les carpes prospèrent, entraînant une détérioration de la qualité de l’eau et la destruction des habitats.
Les conseils fluviaux en ont marre
Dans le sud de l’Australie, les communautés riveraines du Murray sont exaspérées. Les conseils de Berri Barmera, Renmark Paringa et Loxton Waikerie ont relancé une campagne pour exhorter le gouvernement fédéral à financer et à s’engager formellement dans le Plan national de contrôle de la carpe (PNCC). Ce plan, élaboré entre 2016 et 2022, avait pour objectif d’évaluer la faisabilité et la sécurité du cyprinid herpesvirus-3 comme moyen de lutte. Les recherches ont confirmé le potentiel de réduction des populations, mais des incertitudes demeurent quant aux conséquences d’une mortalité massive de poissons, à l’impact sur les espèces indigènes et aux coûts de nettoyage associés.
Le Dr Carol Booth, directrice politique du Conseil des espèces envahissantes, souligne la capacité de reproduction des carpes, une femelle pouvant pondre jusqu’à 300 000 œufs plusieurs fois par an. Elle précise que le plan de contrôle recommande une approche combinant la récolte physique et le biocontrôle pour parvenir à une suppression significative des populations.
La carpe représente 80 à 90 pour cent de la biomasse des poissons du bassin Murray-Darling. Source : Facebook/Helen Dalton, députée
La Murray Darling Association (MDA) coordonne un effort collectif visant à obtenir le financement et la mise en œuvre du PNCC par le gouvernement fédéral. Dans une correspondance adressée à la ministre de l’Agriculture, Julie Collins, la MDA a souligné que l’élaboration du plan avait impliqué une consultation approfondie, des enquêtes et des recherches avec la participation de plus de 40 scientifiques.
Une porte-parole du ministère de l’Agriculture, des Pêches et des Forêts a indiqué que le plan recommandait des recherches supplémentaires pour évaluer les risques et décider de la suite à donner. Ces recherches sont actuellement en cours.