Publié le 2026-02-18 15:00:00. L’Espagne a perdu son statut de pays exempt de rougeole, une maladie hautement contagieuse, en raison d’une recrudescence des cas liée à une baisse de la couverture vaccinale. Les experts mettent en garde contre les complications graves que peut entraîner cette infection, en particulier chez les jeunes enfants et les personnes immunodéprimées.
- L’Espagne n’est plus considérée comme un pays exempt de rougeole par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
- Le nombre de cas de rougeole a augmenté de manière significative ces dernières années : 14 cas en 2023, 229 en 2024 et 397 en 2025.
- La vaccination par le ROR (Rougeole-Oreillons-Rubéole) reste le moyen le plus efficace de prévenir la propagation de la maladie.
Après des décennies d’éradication grâce à des taux de vaccination élevés, la rougeole refait surface en Espagne. L’OMS a officiellement retiré au pays son statut d’exempt de rougeole, suite à une année complète de transmission continue du virus. Cette situation inquiétante est le résultat d’une baisse de la couverture vaccinale, un phénomène que les experts redoutaient depuis un certain temps.
Selon les données du ministère de la Santé, l’augmentation des cas est alarmante : 14 cas confirmés en 2023, 229 en 2024 et déjà 397 en 2025. Cette recrudescence pose un problème de santé publique majeur qui nécessite une réponse coordonnée à différents niveaux.
Le Dr Luis Buzón, porte-parole de la Société espagnole de maladies infectieuses et de microbiologie clinique (SEIMC), souligne la gravité de la situation :
« La rougeole est une maladie complexe, ce n’est pas du tout une maladie banale. En phase initiale, des complications graves peuvent apparaître, telles que des encéphalites, des méningites et des atteintes d’autres organes. Mais il peut également y avoir des effets indésirables tardifs, après des années, sous la forme de complications neurologiques dévastatrices. De plus, dans l’année qui suit la rougeole, les infections bactériennes de tous types sont beaucoup plus fréquentes. »
Dr Luis Buzón, porte-parole de la SEIMC
La rougeole se manifeste initialement par un état pseudo-catarrhal, caractérisé par une forte fièvre, une toux, une conjonctivite, des yeux rouges, un malaise général et de petites taches à l’intérieur de la bouche (parfois imperceptibles). Quelques jours plus tard, une éruption cutanée apparaît, sous forme de papules sur tout le corps.
Malheureusement, il n’existe aucun traitement antiviral efficace contre la rougeole. L’infectiologue précise :
« Il n’existe pas d’antiviral efficace. Il faut donc attendre que l’infection passe et ne se complique pas, même si la réalité est qu’un enfant de moins de cinq ans sur cinq qui est infecté par la maladie doit être hospitalisé. »
Dr Luis Buzón, porte-parole de la SEIMC
La rougeole est une infection extrêmement contagieuse, transmise par voie aérienne. Le Dr Buzón note qu’il est rare de rencontrer des médecins de moins de 50 ans qui ont déjà été confrontés à des cas de rougeole, ce qui témoigne de l’efficacité passée de la vaccination. La propagation est rapide, notamment dans les milieux hospitaliers où les parents accompagnent leurs enfants malades. Selon les données de la SEIMC, la rougeole est 15 fois plus transmissible que la grippe et bien plus que le SARS-CoV-2, responsable de la COVID-19.
En cas de rougeole, la contamination est rapide et étendue :
« S’il y a un cas de rougeole, beaucoup de gens autour seront infectés, ces gens autour, avant de s’en rendre compte, vont la transmettre à beaucoup d’autres personnes, ce qui produit une explosion des cas autour d’un cas initial. C’est un virus très, très contagieux. S’il y avait un cas dans une garderie avec des enfants de moins d’un an non vaccinés, il est fort probable qu’ils seraient tous infectés. »
Dr Luis Buzón, porte-parole de la SEIMC
La protection la plus efficace contre la rougeole reste la vaccination. Le Dr Luis Buzón rappelle que l’Espagne a bénéficié d’un statut exempt de rougeole pendant des décennies grâce au vaccin ROR, l’un des plus grands succès de l’histoire des maladies infectieuses.
Pour garantir une protection collective optimale, un taux de couverture vaccinale de 95 % de la population est nécessaire. En 2025, l’Espagne a chuté à 92 %, un niveau insuffisant pour maintenir l’immunité collective. L’expert insiste : « Je dirais aux parents : vaccinez, vaccinez et vaccinez vos enfants. » Le vaccin ROR est administré en deux doses, la première pendant la première année et la seconde pendant la troisième année de vie.
Les personnes âgées peuvent également être plus vulnérables, ayant potentiellement perdu une partie de la protection conférée par le vaccin dans le passé. De plus, les personnes nées entre 1970 et 1981 ont souvent reçu une seule dose, qui s’est avérée moins protectrice. Il est crucial de protéger également les patients immunodéprimés, les personnes atteintes de cancer ou sous chimiothérapie, car la rougeole peut être particulièrement dangereuse pour eux.
La décision de vacciner ou non relève de la responsabilité des parents, mais le Dr Buzón met en garde :
« Si les gens, dans l’exercice de leur liberté individuelle, décident de ne pas vacciner leurs enfants, d’un point de vue médical, ils commettent une erreur catastrophique en exposant leurs enfants à un risque accru de tomber malade et de mourir de maladies évitables. Et d’une manière secondaire, cela expose les concubins de ces enfants ; alors surgit l’éternel débat entre la liberté individuelle contre la santé publique, et je crois que dans certaines circonstances, le bénéfice collectif doit prévaloir. »
Dr Luis Buzón, porte-parole de la SEIMC
Enfin, l’expert souligne l’importance de mettre en place des politiques publiques visant à garantir la vaccination des populations migrantes, afin d’éviter l’importation de nouveaux cas et l’émergence d’épidémies secondaires. Il rappelle que « la double dose du vaccin contre la rougeole est un vaccin infaillible ».