Publié le 2025-10-03 10:09:00. À l’occasion des 140 ans de l’inauguration de la statue de la Liberté, le musée d’Orsay rendra hommage à son créateur, Auguste Bartholdi, avec une exposition majeure. Un événement qui lève le voile sur l’histoire méconnue de ce symbole universel, né de l’amitié franco-américaine.
- Une exposition au musée d’Orsay en septembre 2026 célèbrera les 140 ans de la statue de la Liberté.
- L’œuvre de Bartholdi, originaire de Colmar, est souvent mal comprise dans ses intentions initiales.
- La construction de ce monument emblématique a nécessité plus de 20 ans de mobilisation et de financement privé.
La statue de la Liberté, dont le nom complet est « La Liberté éclairant le monde », veille sur l’entrée du port de New York depuis le 28 octobre 1886. En septembre 2026, pour commémorer son 140ème anniversaire, le musée d’Orsay à Paris consacrera une vaste rétrospective à son créateur, le sculpteur colmarien Auguste Bartholdi. Cette exposition sera co-organisée avec le musée Bartholdi de Colmar, qui détient la plus importante collection d’œuvres de l’artiste.
Avec ses 96 mètres de hauteur, socle inclus, la statue représente une figure féminine drapée dans une toge, brandissant une torche de la main droite et tenant de la gauche une tablette portant la date du 4 juillet 1776, jour de la déclaration d’indépendance des États-Unis.
« Bartholdi a conçu sa statue pour qu’elle soit immédiatement compréhensible par ses contemporains », explique Juliette Chevée, conservatrice au musée Bartholdi. « L’objectif était que chacun puisse la reconnaître comme une allégorie de la liberté. Il lui a conféré des traits universels, inspirés de l’Antiquité gréco-romaine. » Au pied de la statue, des chaînes brisées symbolisent la libération.
Au fil du temps, la portée symbolique de l’œuvre a dépassé les intentions premières. « Elle est devenue un symbole de l’immigration américaine, voire des États-Unis eux-mêmes, alors qu’au départ, elle devait incarner uniquement la liberté et l’amitié entre la France et les États-Unis », précise la spécialiste.
Au premier étage de la maison natale d’Auguste Bartholdi à Colmar, une pièce entière est dédiée à cette œuvre monumentale, retraçant sa genèse et dissipant certaines légendes. La plus tenace d’entre elles est celle d’un simple cadeau diplomatique de la France aux États-Unis.
« L’idée de ce monument a germé en 1865 au sein d’une élite républicaine modérée et libérale, dont faisait partie Bartholdi, mais surtout Édouard de Laboulaye », recontextualise Juliette Chevée. « Ce dernier, homme politique et professeur de droit comparé au Collège de France, spécialiste des institutions américaines, souhaitait symboliser l’amitié entre les deux peuples, dont il admirait le modèle institutionnel, modèle qui inspirera d’ailleurs la rédaction de la Constitution de la IIIᵉ République française. »
La conservatrice poursuit : « Ce monument devait commémorer la déclaration d’indépendance et le rôle joué par les Français. Il s’agit véritablement de l’initiative d’un groupe de personnalités politiques, et non d’un présent du gouvernement. »
Initialement, le comité espérait offrir le monument pour le centenaire de la déclaration d’indépendance, dix ans après l’émergence de l’idée. Cependant, le projet a pris beaucoup plus de temps à se concrétiser, ne voyant le jour qu’en 1886. Ce long délai s’explique en partie par la nature du financement.
« Dès le départ, l’idée était de co-construire la statue avec les deux peuples, français et américain », souligne la spécialiste. « C’est pourquoi le piédestal a été financé par les Américains et la statue par les Français. » Une vaste campagne de collecte de fonds a donc été lancée. « On peine à l’imaginer aujourd’hui, mais cela est assez représentatif de l’esprit d’entreprise qui dominait durant la Révolution industrielle », sourit Juliette Chevée.
« Il y avait une vision assez optimiste, voire naïve, de la capacité du progrès à abolir les limites. C’est cela aussi que la statue de la Liberté est censée incarner : l’extraordinaire progrès de la technique et de l’humanité en général. » Entre l’idée et l’inauguration, il faudra donc vingt ans à Bartholdi et ses amis pour rassembler les fonds nécessaires.
Le musée Bartholdi conserve une riche documentation sur cette entreprise. « Cela impliquait des dépenses de communication considérables, d’où une stratégie de communication incroyable », ajoute la conservatrice en manipulant des photographies destinées à l’exposition parisienne. « Cette stratégie s’est traduite par de nombreux clichés documentant les étapes de construction, mais aussi par des actions marquantes. En 1876, lors de l’Exposition universelle de Philadelphie, l’Union franco-américaine, avec Bartholdi à sa tête, en profita pour exposer un fragment de l’œuvre – la main tenant le flambeau – afin de récolter des fonds pour le projet. »
De son vivant, Auguste Bartholdi jouissait d’une grande renommée. « Diverses choses ont été nommées en son honneur aux États-Unis », énumère la conservatrice. « Il y eut même un « Bartholdi Day », il a été très célébré et nommé citoyen d’honneur de la ville de New York. Puis, il est tombé dans l’oubli. » Si bien qu’aujourd’hui, les visiteurs américains de passage à Colmar découvrent souvent par hasard les origines alsaciennes de « leur » statue.
Avec une centaine d’œuvres prêtées par le musée Bartholdi au musée d’Orsay – photographies, esquisses, vitraux – l’exposition de 2026 promet de redonner à l’ambitieux sculpteur la reconnaissance qui dépasse les frontières de Colmar et de l’Alsace.