Publié le 23 octobre 2025. Une nouvelle étude suggère que les tests de routine pour évaluer la viabilité des embryons en clinique de fertilité pourraient identifier à tort des anomalies. Ces découvertes, issues d’une technique d’imagerie révolutionnaire, remettent en question la fiabilité des diagnostics actuels pour la fécondation in vitro (FIV).
- Certains tests couramment utilisés dans les cliniques de FIV pourraient surestimer les anomalies embryonnaires.
- Une nouvelle technique d’imagerie a révélé que des anomalies génétiques peuvent apparaître plus tardivement dans le développement, dans des cellules destinées à former le placenta et moins susceptibles d’affecter le fœtus.
- Ces recherches visent à améliorer les taux de succès des techniques de procréation médicalement assistée.
Une équipe de chercheurs de l’Université de Cambridge, rattachée au Loke Center for Trophoblast Research, a développé une méthode d’observation d’embryons en temps réel d’une précision inédite. Publiée ce jour dans la revue Nature Biotechnology, cette avancée a permis de constater que des erreurs dans la division cellulaire, connues sous le nom d’aneuploïdie, peuvent se manifester à un stade du développement embryonnaire plus avancé que ce que l’on pensait. Ces anomalies touchent alors les cellules qui donneront naissance au placenta, or, leur impact sur le développement du fœtus est jugé moins critique.
Le processus de développement embryonnaire commence avec la fécondation de l’ovule par un spermatozoïde, formant un zygote. Celui-ci se multiplie par divisions successives pour former une boule creuse de cellules, appelée blastocyste, environ six jours après la fécondation. Ce blastocyste s’implante ensuite dans la paroi utérine, et ses cellules externes se différencient pour former le placenta, un organe vital pour la nutrition et la régulation hormonale de l’embryon.
Face à l’augmentation des recours aux techniques de procréation médicalement assistée (PMA), de nombreuses cliniques réalisent des tests génétiques préimplantatoires (DPI) pour détecter l’aneuploïdie avant le transfert de l’embryon dans l’utérus. Si des anomalies sont identifiées, l’embryon peut être jugé non viable et écarté, entraînant potentiellement pour les patients de nouveaux cycles de traitement coûteux et éprouvants.
Le Loke Center for Trophoblast Research s’intéresse particulièrement aux premières étapes du développement embryonnaire, car jusqu’à 90% des embryons conçus in vitro n’atteignent pas le stade permettant leur transfert utérin. Le professeur Kathy Niakan, directrice du centre, souligne les difficultés rencontrées par les couples ayant recours à la PMA : « La plupart des embryons ne se développent pas ou ne s’implantent pas, et même ceux qui sont de bonne qualité peuvent ne pas être transférés. Des recherches fondamentales beaucoup plus approfondies sont nécessaires pour éclairer la pratique clinique future et améliorer les taux de conception assistée. »
Pour mieux appréhender ces défis, le professeur Niakan et ses collaborateurs ont mis au point une technique d’imagerie innovante. En marquant l’ADN des noyaux cellulaires avec une protéine fluorescente, les chercheurs ont pu observer les embryons en 3D et en haute résolution grâce à la microscopie à feuillet de lumière, sans causer de dommages. « C’est la première fois que cette méthode très douce, avec une résolution beaucoup plus élevée, est utilisée. Cela signifie que nous avons pu observer les embryons pendant leur développement sur une période de deux jours, la plus longue période continue pendant laquelle ce processus a été observé », explique le Dr Ahmed Abdelbaki, premier auteur de l’étude et chercheur postdoctoral au centre.
La conception unique du microscope utilisé permet d’observer plusieurs embryons simultanément et sous différents angles, dévoilant ainsi des événements auparavant passés inaperçus. Le professeur Ben Steventon, co-auteur, précise : « C’est une preuve du pouvoir de l’observation directe pour découvrir des découvertes inattendues en biologie humaine. »
Cette nouvelle approche a conduit à une découverte surprenante. « Nous avons été extrêmement surpris de découvrir que des divisions cellulaires anormales peuvent se produire de toutes pièces à un stade très avancé du développement humain. Ce n’est qu’en utilisant une nouvelle technique d’imagerie qu’il a été possible de voir cela se produire », confie le professeur Niakan.
Sur les 13 embryons étudiés, 10% des cellules présentaient des anomalies chromosomiques, résultant de défauts lors de la copie de l’ADN ou de problèmes de répartition des chromosomes lors de la division cellulaire. Comme ces anomalies surviennent tardivement dans le développement, elles se retrouvent dans la couche externe du blastocyste, celle qui formera le placenta, et d’où sont généralement prélevées les biopsies pour les DPI. L’équipe du professeur Niakan examine désormais les cellules de la couche interne pour vérifier si de telles anomalies spontanées peuvent également s’y produire.
Les embryons utilisés dans cette étude ont été généreusement donnés par des familles ayant déjà connu des grossesses réussies, grâce à la collaboration des cliniques Bourn Hall et Create Fertility.