Publié le 25 octobre 2025. L’hormonothérapie à base d’œstrogènes, souvent envisagée pour soulager les troubles de l’humeur à la ménopause, présente des effets variables sur l’anxiété et la dépression. Une analyse approfondie des études récentes, présentée lors de la réunion annuelle 2025 de la Menopause Society, révèle que les bénéfices sont modestes et dépendent fortement du stade de la ménopause et de la forme du traitement.
- L’hormonothérapie à base d’œstrogènes ne parvient pas systématiquement à réduire l’anxiété ou la dépression chez les femmes en péri- ou post-ménopause.
- Des améliorations modestes ont été observées chez certaines femmes symptomatiques, notamment avec les traitements oraux administrés quelques années après la dernière règle.
- La réponse au traitement varie considérablement selon le stade de la ménopause, la gravité des symptômes et la méthode d’administration, soulignant la nécessité d’une approche individualisée.
L’anxiété et la dépression sont des préoccupations majeures pour de nombreuses femmes durant la transition ménopausique, des états psychologiques influencés par les variations hormonales. Cependant, l’efficacité de l’hormonothérapie à base d’œstrogènes pour atténuer ces symptômes restait incertaine. Deux revues systématiques, présentées à Orlando, en Floride, lors de la réunion annuelle 2025 de la Menopause Society, ont mis en lumière ces effets fluctuants du traitement sur la santé mentale des femmes en péri- et post-ménopause précoce.
Les recherches, menées par des équipes des universités McMaster et de Toronto, ont procédé à deux méta-analyses distinctes. La première s’est concentrée sur l’anxiété, analysant sept études (essais contrôlés randomisés, études de cohorte, études cas-témoins) portant sur plus de 1 200 femmes, complétées par des données observationnelles sur environ 175 000 participantes d’âge moyen. La seconde analyse, dédiée à la dépression, a passé en revue 23 études publiées entre 2001 et 2024, couvrant une vaste gamme de méthodologies et de tailles d’échantillons, allant de petits essais cliniques à des études à grande échelle impliquant plus de 800 000 femmes. Les suivis dans les études d’intervention variaient de 8 à 24 semaines, certaines s’étendant jusqu’à 4 ans.
Des résultats contrastés selon les profils
Les deux revues ont conclu que l’hormonothérapie à base d’œstrogènes produisait des résultats variables. En ce qui concerne l’anxiété, le traitement n’a pas systématiquement entraîné une réduction des symptômes chez les femmes d’âge mûr. Des bénéfices modestes ont néanmoins été constatés chez les femmes en périménopause ou en début de post-ménopause, particulièrement celles présentant des symptômes d’anxiété marqués quelques années après leur dernière règle. Les œstrogènes administrés par voie orale semblent offrir les effets les plus prometteurs, bien que limités.
L’analyse de la dépression a également révélé des tendances mitigées. Quatorze études ont rapporté des améliorations des symptômes dépressifs, notamment chez les femmes en périménopause ou ayant des antécédents de dépression. À l’inverse, six études n’ont montré aucun bénéfice, voire une association négative. Trois importantes analyses observationnelles ont même suggéré une augmentation du risque de dépression dans certaines populations sous traitement systémique.
La présence de symptômes vasomoteurs (bouffées de chaleur, sueurs nocturnes) a influencé les résultats de plusieurs études, bien que certaines données aient indiqué des bénéfices sur l’humeur indépendamment de la réduction de ces symptômes. Les différences dans les formulations (transdermiques ou orales) ont également joué un rôle, certains régimes s’avérant plus bénéfiques pour des groupes spécifiques.
Vers une prise en charge personnalisée
Carys Stefanie Sosea, chercheuse principale de l’étude sur l’anxiété à l’Université McMaster, a souligné l’importance de ces travaux : « Les femmes se demandent souvent si l’hormonothérapie de la ménopause améliorera leurs symptômes d’anxiété, et nous avons voulu synthétiser les informations pour conseiller les patientes avec des données probantes. »
Le Dr Stephanie Faubion, directrice médicale de la Menopause Society, a insisté sur la nécessité d’une approche personnalisée. « Les symptômes d’anxiété sont fréquents lors de la transition vers la ménopause. Il est crucial d’identifier l’impact potentiel d’un traitement à base d’œstrogènes sur ces symptômes et de déterminer s’il existe des différences en termes de formulation, de voie d’administration et de dose, afin que les cliniciens puissent mieux individualiser le traitement », a-t-elle déclaré.
L’étude sur la dépression a conclu de manière similaire, notant que la réponse au traitement peut dépendre de caractéristiques individuelles telles que le stade de la ménopause, les antécédents de troubles de l’humeur et le profil symptomatique spécifique. Il a également été observé que l’arrêt des œstrogènes pouvait déclencher une récidive des symptômes dépressifs chez certaines femmes, mettant en évidence la sensibilité de l’humeur aux fluctuations hormonales.
Perspectives de recherche
Les chercheurs estiment que les données actuelles ne permettent pas de recommander systématiquement l’hormonothérapie à base d’œstrogènes pour traiter l’anxiété ou la dépression chez les femmes ménopausées. Ces résultats suggèrent la nécessité de recherches ciblées pour identifier précisément les patientes qui pourraient en bénéficier le plus et dans quelles conditions de traitement.
Les auteurs concluent que « l’hormonothérapie pour la dépression ménopausique doit être abordée en tenant soigneusement compte des facteurs individuels de chaque patiente… plutôt que comme un traitement unique ».