Home Accueil L’AfD flirte avec l’histoire nazie – mais l’indignation morale à elle seule n’arrêtera pas l’extrême droite | Katja Hoyer

L’AfD flirte avec l’histoire nazie – mais l’indignation morale à elle seule n’arrêtera pas l’extrême droite | Katja Hoyer

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L’Alternative für Deutschland (AfD) provoque la controverse en annonçant la tenue de son congrès début juillet à Erfurt, en Thuringe, coïncidant avec le centenaire d’un rassemblement nazi historique. Cette décision, perçue comme un flirt délibéré avec un passé sombre, intervient alors que le parti d’extrême droite affiche des scores électoraux en hausse et pourrait réaliser une percée significative lors des prochaines élections régionales.

Le choix d’Erfurt et de la date du 3 et 4 juillet n’est pas anodin. En 1926, la ville, alors capitale du Land de Thuringe, accueillait un rassemblement majeur du parti nazi, un événement marquant pour l’ascension d’Adolf Hitler. C’est à Weimar que les Jeunesses hitlériennes ont été officiellement nommées et que le salut hitlérien a été présenté pour la première fois au public. La Thuringe, à l’époque, avait levé les sanctions contre le parti nazi plus rapidement que d’autres États allemands après la tentative de putsch de Munich en 1923, devenant un refuge et un terrain d’expérimentation pour les idées nazies.

L’AfD minimise l’importance de cette coïncidence. Stefan Möller, porte-parole de la section du parti en Thuringe, a déclaré que « Ceux qui établissent des liens dangereux entre la conférence de l’AfD à Erfurt et une conférence du parti nazi à Weimar il y a 100 ans ne s’intéressent clairement qu’à la militarisation compulsive de l’histoire. » Cette réaction, remarquablement dépourvue d’indignation ou de tentative de dissociation, suggère que l’AfD anticipait les critiques et les considère comme un simple contretemps.

Les réactions n’ont pas tardé. Des titres tels que « L’événement AfD suscite de nombreuses critiques » ont fait leur apparition dans la presse allemande, et des responsables politiques se sont joints aux historiens pour condamner cette initiative. Serap Güler, ministre d’État au ministère des Affaires étrangères, a affirmé que « Cet anniversaire délibérément choisi montre une fois de plus à l’image de qui l’AfD a été créée. » Elle a ajouté qu’il serait naïf de croire que les conférences de partis n’ont aucune signification symbolique, soulignant que « L’AfD sait exactement ce qu’elle fait. »

L’AfD connaît une progression constante dans les sondages, notamment en Thuringe, où elle est arrivée en tête lors des élections nationales de 2024, bien qu’elle ait été exclue de la coalition gouvernementale. Un récent sondage attribue au parti 38 % des intentions de vote dans le Land. Le parti espère capitaliser sur ce dynamisme lors des cinq élections régionales prévues en 2026, avec la possibilité d’obtenir une majorité absolue en Saxe-Anhalt, État limitrophe de la Thuringe.

L’histoire de la Thuringe est intimement liée à l’émergence du nazisme. En 1930, Weimar est devenue le siège du premier gouvernement d’État à nommer un ministre nazi, trois ans avant l’arrivée d’Hitler au pouvoir. L’AfD ne rejette pas ouvertement cet héritage, mais ne le condamne pas non plus avec force.

Björn Höcke, chef du parti en Thuringe, a déjà été condamné à deux amendes pour avoir utilisé le slogan nazi « Tout pour l’Allemagne » lors de rassemblements électoraux. Ni ces condamnations, ni les critiques publiques semblent affecter le soutien dont bénéficie l’AfD. Le parti attire un électorat diversifié, composé d’un noyau dur de partisans idéologiques et d’électeurs plus larges, frustrés par le statu quo social et économique et par les partis traditionnels, notamment dans les régions anciennement est-allemandes.

Selon l’historien Jörg Ganzenmüller, directeur de l’Institut Hannah Arendt d’études sur le totalitarisme à l’Université technique de Dresde, cette décision de l’AfD constitue un « acte symbolique conscient qui agit à plusieurs niveaux ». Il explique que le déni affiché par le parti maintient une « façade de respectabilité bourgeoise », tandis que le radicalisme implicite lui permet de rester ouverte à d’autres électeurs. L’ambiguïté de l’AfD s’avère donc être une stratégie efficace.

Comme l’histoire le montre, la simple dénonciation de l’extrême droite ne suffit pas à entraver sa progression. Les partis radicaux sont souvent le symptôme de problèmes plus profonds, et les solutions nécessitent une approche plus globale, axée sur la résolution des causes sous-jacentes de leur succès.

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