Publié le 2025-10-21 06:31:00. Une avancée scientifique majeure révèle que la grossesse et l’allaitement renforcent durablement les défenses immunitaires du sein, offrant une protection accrue contre le cancer. Ces travaux, publiés dans la prestigieuse revue Nature, apportent un nouvel éclairage sur les mécanismes de cette défense naturelle.
L’allaitement, déjà reconnu pour ses bienfaits dans la réduction du risque de cancer du sein, voit aujourd’hui ses mécanismes élucidés grâce à une étude menée chez l’homme et la souris. Les chercheurs ont identifié l’accumulation de cellules immunitaires spécialisées, les lymphocytes T CD8+, comme un élément clé de cette protection. Ces cellules, présentes en plus grand nombre dans le tissu mammaire des femmes ayant eu des enfants, semblent y persister pendant des décennies, voire jusqu’à 50 ans après une grossesse.
Le sein maternel subit une transformation profonde durant la gestation et après l’accouchement, un processus visant à assurer la production de lait. Suite au sevrage, une phase de « retour en arrière » appelée involution se déclenche. C’est au cours de cette involution que le corps orchestre un recrutement massif de ces lymphocytes T CD8+. D’autres facteurs, tels que les protéines du lait, les corps étrangers introduits par le bébé, les infections mammaires ou la présence de virus, peuvent également attirer ces cellules immunitaires dans le tissu mammaire, précise Sherene Loi, co-autrice de l’étude et oncologue médicale au Peter MacCallum Cancer Center de Melbourne, en Australie.
L’impact des lymphocytes T sur le cancer du sein
Les recherches se sont déroulées en trois volets. Tout d’abord, une analyse a été menée sur 260 femmes en bonne santé ayant bénéficié d’une mastectomie préventive ou d’une réduction mammaire. La comparaison du tissu mammaire prélevé a révélé une densité accrue de lymphocytes T chez les femmes ayant eu des enfants, et ce, sur une longue durée.
Ensuite, des modèles murins ont été utilisés pour confirmer le rôle protecteur de la grossesse et de l’allaitement. Des souris ayant vécu un cycle complet de lactation et d’involution ont présenté des tumeurs d’une taille réduite et une concentration plus élevée de lymphocytes T dans les tissus tumoraux par rapport aux souris dont les petits avaient été retirés peu après la naissance. Selon Sherene Loi, cette lactation modifie l’immunité non seulement au niveau mammaire, mais également à l’échelle de l’organisme.
Enfin, l’étude s’est penchée sur une cohorte de plus de 1 000 femmes atteintes de cancer du sein triple négatif, une forme agressive de la maladie affectant fréquemment les femmes de moins de 40 ans. Toutes ces patientes avaient déjà accouché. Les résultats indiquent que celles qui avaient allaité présentaient de meilleurs taux de survie et une plus grande présence de lymphocytes T dans leurs tumeurs, comparativement à celles n’ayant pas allaité.
Julia Ransohoff, oncologue à l’Université de Stanford, salue cette étude qui met en lumière, grâce à une combinaison d’observations chez l’animal et l’homme, le rôle de l’allaitement et de l’involution dans la stimulation de l’immunité antitumorale médiatisée par les lymphocytes T CD8+. Elle souligne que ces cellules immunitaires jouent un rôle dans la régression des tumeurs triples négatives et que, chez l’être humain, leur présence peut se maintenir pendant des décennies après l’accouchement.