Publié le 2024-05-16 10:30:00. Les banques de la zone euro pourraient être mises sous pression en cas de tarissement du financement en dollars américains, un pilier des marchés financiers. Cette inquiétude, soulevée par le chef économiste de la Banque centrale européenne (BCE), Philip Lane, survient dans un contexte de tensions géopolitiques et de politiques commerciales américaines incertaines.
- Les banques de la zone euro présentent une exposition notable au dollar, représentant entre 7 et 28% de leurs passifs et 10% de leurs actifs au second trimestre.
- Un retrait soudain du financement en dollars pourrait limiter la capacité des banques à octroyer des prêts à l’économie réelle.
- La BCE a renforcé la surveillance des expositions au dollar et encouragé la réduction des asymétries entre actifs et passifs bancaires.
Philip Lane, économiste en chef de la BCE, a mis en garde contre les risques potentiels pesant sur les institutions financières européennes. Selon lui, une « probabilité accrue d’un tel événement à risque générerait alors des pressions des deux côtés des bilans des banques et potentiellement une pression à la baisse sur les expositions au bilan, comme les prêts à l’économie réelle ». Ces préoccupations s’inscrivent dans un climat d’incertitude alimenté par les actions du président américain Donald Trump, notamment l’instauration de droits de douane et la pression exercée sur la Réserve fédérale américaine (Fed) plus tôt cette année.
Les banques européennes dépendent largement des emprunts en dollars auprès d’institutions américaines et d’autres acteurs financiers. Ce mode de financement, moins stable en temps de crise que les dépôts, soulève des inquiétudes quant à sa fiabilité. Face à ces risques, les régulateurs de la BCE ont demandé aux banques une surveillance accrue de leurs expositions au dollar et une gestion plus prudente de leurs bilans. L’idée d’une mutualisation des réserves en dollars entre banques centrales non-américaines a même été évoquée, bien que sa faisabilité et son efficacité soient remises en question compte tenu de la taille colossale du marché mondial du dollar.
Depuis la crise financière de 2008, la Réserve fédérale maintient des lignes de swap avec d’autres banques centrales afin de garantir un accès aux dollars pour les institutions étrangères en cas de besoin, évitant ainsi une possible « compression du dollar ». Philip Lane a souligné que les banques de la zone euro avaient néanmoins renforcé leurs réserves de liquidités en dollars. Leur ratio de couverture des liquidités (LCR), qui mesure la capacité d’une banque à faire face à des sorties de trésorerie sur 30 jours en période de stress, est passé d’environ 85% fin 2021 à plus de 110% actuellement. Ce renforcement leur a permis de traverser des périodes de turbulences, comme celle d’avril dernier, où la vente simultanée de bons du Trésor américain et l’affaiblissement du dollar avaient privé les banques de leurs couvertures habituelles. « Depuis que le système bancaire de la zone euro a progressé dans l’augmentation de son LCR en dollars ces dernières années… il n’a pas connu de tensions de liquidité importantes, même au plus fort de la volatilité des taux de change début avril », a-t-il précisé.