Publié le 8 février 2024 13:24:00. L’anxiété et la dépression, en forte augmentation depuis la pandémie de Covid-19, touchent désormais une majorité de la population. Le psychiatre Miguel Ekizian explique comment distinguer ces troubles, leurs causes biologiques et les solutions pour les surmonter.
- L’anxiété, bien que nécessaire pour identifier les dangers, devient pathologique lorsqu’elle est incontrôlable et perturbe le fonctionnement du cerveau.
- Plusieurs formes d’anxiété existent, notamment l’anxiété d’anticipation, l’anxiété panique et l’anxiété sociale, chacune nécessitant une approche spécifique.
- La dépression se distingue de la simple tristesse par la rumination et un désengagement progressif de l’environnement, souvent lié à un déséquilibre neurochimique.
L’anxiété est une émotion fondamentale, un mécanisme d’alerte essentiel à notre survie. « Nous ne pourrions pas vivre sans anxiété, car c’est notre GPS qui nous montre ce qui est dangereux et ce qui ne l’est pas. Le gros problème, c’est quand il déborde », explique le psychiatre Miguel Ekizian, lors d’une interview dans l’émission À certaines sciences. Depuis la pandémie de Covid-19, les cas d’anxiété et de dépression ont connu une augmentation exponentielle, témoignant d’un mal-être généralisé.
Selon le Dr. Ekizian, l’anxiété devient problématique lorsqu’elle dépasse un certain seuil. Elle se manifeste alors de manière incontrôlable, surgit de façon involontaire et affecte les circuits neurobiologiques du cerveau. Il distingue plusieurs types d’anxiété. L’anxiété d’anticipation (trouble d’anxiété généralisée), par exemple, se traduit par une inquiétude prématurée face à des événements futurs. « Par exemple, si un e-mail arrive d’une agence fiscale, avant de l’ouvrir, vous pouvez penser que vous avez des problèmes, alors qu’en réalité il peut s’agir simplement d’une communication », illustre-t-il.
L’anxiété panique, particulièrement fréquente chez les jeunes, est quant à elle liée à une surcharge cognitive. « Ce type de condition, qui s’est beaucoup développé chez les jeunes, se produit parce que nous vivons en « extorquant » le cerveau en lui demandant de faire beaucoup de choses en même temps, comme manger en regardant notre téléphone portable. À un moment donné, face à tant de demandes, le cerveau nous dit : ‘Je n’en peux plus.’ » Enfin, l’anxiété sociale, autrefois appelée phobie sociale, nécessite une prise en charge thérapeutique spécifique, souvent associée à un traitement médicamenteux.
D’un point de vue biologique, l’anxiété est régulée par la sérotonine, un neurotransmetteur essentiel à l’équilibre émotionnel. Lorsque les niveaux de sérotonine diminuent, l’équilibre neurochimique du cerveau est perturbé. Cependant, il est possible d’agir sur ces niveaux grâce à des habitudes de vie saines : une alimentation équilibrée, comme le régime méditerranéen, une activité physique régulière (45 minutes de marche quotidienne suffisent) et la pratique de la spiritualité, entendue comme le développement de la compassion, la capacité à pardonner et l’ouverture aux autres.
Le Dr. Ekizian souligne également l’efficacité de l’affirmation de soi – un concept issu de la psychologie pragmatique américaine – qui consiste à exprimer ses besoins et ses sentiments de manière claire et respectueuse, sans agressivité ni passivité. Cette approche permet d’améliorer la communication au sein de la famille et sur le lieu de travail, et contribue ainsi à réduire les niveaux d’anxiété.
Concernant la dépression, le psychiatre insiste sur la distinction fondamentale entre tristesse et pathologie. « Être triste n’est pas la même chose qu’être déprimé », affirme-t-il. « La tristesse est un sentiment ; la dépression est une pathologie, dans laquelle il y a de la rumination et de moins en moins d’interaction avec un environnement qu’on ne comprend pas toujours ». Il dénonce la tendance à minimiser la dépression en conseillant aux personnes qui en souffrent de « regarder le bon côté des choses », alors qu’elles sont souvent conscientes des aspects positifs de leur vie, mais incapables d’en ressentir la joie en raison d’un déficit en dopamine et en sérotonine, entre autres facteurs.
La dépression s’accompagne fréquemment d’une irritabilité chronique. « La dépression est le sous-sol et l’irritabilité chronique c’est la mezzanine qui m’emmène à ce sous-sol. Si une personne est très irritée, il est très probable que, de par sa nature, elle évite la dépression. »
Le Dr. Ekizian se veut optimiste : la science a développé des traitements pharmacologiques efficaces pour lutter contre l’anxiété et la dépression. Il déplore toutefois la persistance de préjugés à l’égard de la psychiatrie et encourage le public à ne pas hésiter à demander de l’aide. Selon lui, 90 % des consultations actuelles concernent l’anxiété, la dépression, les problèmes relationnels et autres difficultés humaines qui touchent tout le monde.