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L’Arabie Saoudite devient un acteur incontournable du secteur du jeu vidéo

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Publié le 24 mai 2024 09:30:00. L’Arabie saoudite investit massivement dans l’industrie du jeu vidéo pour diversifier son économie et se positionner comme un leader mondial, à l’instar de Disney, en achetant des studios majeurs et en développant l’e-sport.

L’Arabie saoudite trace une nouvelle voie pour assurer sa prospérité future, s’éloignant de sa dépendance historique aux hydrocarbures. Le royaume explore activement de nouveaux horizons économiques, plaçant le sport, le tourisme et, de manière surprenante, l’univers foisonnant des jeux vidéo au cœur de sa stratégie de diversification. Ce secteur, souvent sous-estimé, s’est révélé ces dernières années comme l’un des plus lucratifs au sein des industries culturelles. Animé par une ambition démesurée, le pays arabe procède à l’acquisition de certains des plus grands studios de développement de jeux vidéo, dans le but, selon The Economist, de bâtir un empire comparable à celui de « Disney ».

Des acquisitions stratégiques pour bâtir un empire du jeu

L’une des transactions les plus retentissantes concerne Electronic Arts (EA), l’un des géants américains de la production de jeux vidéo. Récemment, le Fonds d’investissement public (PIF) d’Arabie saoudite a annoncé son intention d’acquérir l’entreprise pour la somme colossale de 55 milliards de dollars. Parmi les succès d’EA figurent des franchises populaires telles que EA SPORTS FC (anciennement FIFA), Les Sims, Battlefield et Apex Legends.

Cette démarche s’inscrit dans une politique d’investissement plus large. En 2021, le PIF avait déjà créé la société Savvy Games Group avec une enveloppe de 38 milliards de dollars. Deux ans plus tard, dans le cadre d’une opération avoisinant les 5 milliards de dollars, Savvy Games Group a acquis Scopely, le créateur de jeux à succès comme Monopoly GO ! et Star Trek Fleet Command. Plus récemment, Niantic, développeur du phénomène Pokémon GO, est également entré dans le giron du fonds saoudien.

Le PIF ne se contente pas de réaliser des acquisitions complètes ; il détient également des participations significatives dans d’autres acteurs majeurs de l’industrie. C’est le cas notamment d’Embracer, studio derrière la franchise Tomb Raider, de Nintendo, célèbre pour des licences comme Fortnite et Super Mario Bros., et de Take-Two Interactive, l’éditeur de la très lucrative série GTA.

Objectifs ambitieux pour 2030

L’Arabie saoudite vise à faire des jeux vidéo un pilier économique majeur d’ici 2030. L’objectif est de créer 39 000 nouveaux emplois dans ce secteur en pleine expansion. Pour y parvenir, le royaume collabore déjà avec plusieurs universités afin de former la future génération de talents : graphistes, programmeurs et autres spécialistes du jeu.

Au-delà des bénéfices économiques, qui dépasseraient ceux du cinéma et de la musique selon certaines estimations, l’intérêt du royaume pour le secteur trouve une explication plus personnelle. Le prince héritier Mohammed ben Salmane serait lui-même un passionné de jeux vidéo, particulièrement de la série EA SPORTS FC.

L’ambition est claire : transposer l’univers virtuel dans la réalité en organisant des compétitions d’e-sport de premier plan. Dans cette optique, l’Arabie saoudite a acquis ESL et Faceit, deux sociétés clés dans l’organisation d’événements e-sportifs, pour 1,5 milliard de dollars. Ces acquisitions stratégiques ont permis au royaume de s’arroger une part de 40 % de l’industrie mondiale de l’e-sport.

La promotion de la culture saoudienne constitue également un axe de développement. L’intégration de mythes et légendes locaux dans des productions internationales, à l’image du jeu chinois « Wukong » s’inspirant du Roi Singe, est une stratégie envisagée. De même, le studio français Ubisoft a annoncé que de futurs niveaux de sa célèbre série Assassin’s Creed se dérouleront dans une ville d’Arabie saoudite, contribuant ainsi à la promotion du pays comme destination touristique.

Un exemple notable de cette tactique est l’apparition du célèbre footballeur Cristiano Ronaldo dans le jeu japonais Fatal Fury. Cette inclusion est directement liée à son contrat avec le club saoudien Al Nassr et à la participation du PIF dans la société européenne éditrice du jeu.

L’industrie du jeu vidéo connaît une croissance annuelle de 30 %, avec des retours sur investissement estimés entre 15 % et 25 %. Les joueurs du monde entier passent déjà 32,5 milliards d’heures par an à jouer ou à diffuser leurs parties. Les bénéfices ne se limitent pas aux entreprises ; de nombreux joueurs professionnels et streamers réalisent des revenus considérables. Selon Tifo Sports, cité par The Athletic, les deux meilleurs joueurs de Counter-Strike peuvent gagner jusqu’à 40 000 dollars par mois.

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