La Cisjordanie occupée est le théâtre d’une escalade de violence et d’expansion coloniale inquiétante. Alors que le Conseil supérieur du Plan israélien s’apprête à valider la construction de 1 985 nouvelles unités dans les colonies, un rapport de l’Autorité palestinienne détaille une vague d’attaques sans précédent contre la population palestinienne.
Au cours du mois écoulé, 2 350 agressions ont été recensées à travers la Cisjordanie occupée, orchestrées par les forces israéliennes et les colons, dans ce que la Commission de colonisation et de résistance du mur (CRRC) palestinienne qualifie de « cycle de terreur continu ».
Selon Mu’ayyad Sha’ban, le chef de la CRRC, les forces israéliennes sont responsables de 1 584 de ces attaques. Celles-ci incluent des agressions physiques directes, des démolitions de maisons et le déracinement d’oliviers. Les violences se sont particulièrement concentrées dans les gouvernorats de Ramallah (542 incidents), Naplouse (412) et Hébron (401).
En parallèle, le rapport de la CRRC, intitulé « Violations de l’occupation et mesures d’expansion coloniale », fait état de 766 attaques perpétrées par des colons. Ces derniers sont accusés d’étendre les colonies, jugées illégales par le droit international, dans le cadre d’une « stratégie organisée visant à déplacer les populations autochtones du pays et à imposer un régime colonial totalement raciste ».
Les attaques de colons ont atteint un niveau record, ciblant majoritairement les gouvernorats de Ramallah (195 incidents), Naplouse (179) et Hébron (126). Les agriculteurs palestiniens, particulièrement les cueilleurs d’olives, en sont les victimes les plus fréquentes, subissant un « terrorisme d’État » orchestré par le gouvernement israélien.
Le rapport documente des actes de vandalisme et de vol commis en complicité avec des soldats israéliens, qui ont assisté au déracinement, à la destruction et à l’empoisonnement de 1 200 oliviers dans les régions de Hébron, Ramallah, Tubas, Qalqilya, Naplouse et Bethléem. Ces derniers mois, depuis octobre, sept nouveaux avant-postes de colons ont été établis de manière illégale sur des terres palestiniennes, principalement dans les gouvernorats d’Hébron et de Naplouse.
Le déracinement des oliviers, symbole culturel palestinien, est une pratique récurrente de l’armée israélienne depuis des décennies, visant à s’approprier des terres palestiniennes et à déplacer les habitants.
Cette intensification de la violence intervient alors que le Conseil supérieur du Plan (HPC), instance de l’administration civile israélienne supervisant la Cisjordanie, doit se réunir pour examiner le projet de 1 985 nouvelles unités de logement dans les colonies. Le mouvement de gauche israélien La Paix Maintenant a précisé que 1 288 de ces unités seraient implantées dans des colonies isolées du nord de la Cisjordanie, Avnei Hefetz et Einav Plan.
La Paix Maintenant souligne que le HPC tient des réunions hebdomadaires depuis novembre dernier pour accélérer la construction dans les colonies, consolidant ainsi l’appropriation des terres palestiniennes. Depuis le début de l’année 2025, le HPC aurait approuvé la construction d’un nombre record de 28 195 logements.
En août dernier, le ministre des Finances d’extrême droite, Bezalel Smotrich, avait provoqué l’indignation internationale en affirmant que le projet de colonisation E1, qui vise à relier Jérusalem-Est occupée à la colonie illégale de Maale Adumim, « enterrait l’idée d’un État palestinien ».
L’objectif d’annexion de la Cisjordanie par l’extrême droite israélienne mettrait fin à la perspective d’une solution à deux États, pourtant soutenue par de nombreuses résolutions de l’ONU.
Si l’administration américaine sous Donald Trump avait fermement condamné toute annexion par Israël, le vice-président J.D. Vance a récemment réitéré, lors d’une visite en Israël, que Trump s’y opposerait. « Si c’était un coup politique, c’est un coup très stupide, et personnellement, j’en prends une certaine insulte », avait déclaré Vance.
Cependant, malgré ces déclarations, les États-Unis n’ont pris aucune mesure concrète pour freiner les actions israéliennes en Cisjordanie, tout en mettant en avant leurs efforts diplomatiques pour un cessez-le-feu à Gaza.