Home Accueil L’arrêt de SNAP n’était pas une surprise. Réduire les bons d’alimentation était le plan du GOP

L’arrêt de SNAP n’était pas une surprise. Réduire les bons d’alimentation était le plan du GOP

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Le signal d’alarme du ministère américain de l’Agriculture était clair : « En fin de compte, le puits est à sec. À l’heure actuelle, aucun avantage ne sera accordé le 1er novembre ». Cette déclaration, relayée en haut du site web du ministère, laissait entendre les conséquences inévitables d’une fermeture gouvernementale. Pourtant, derrière cette façade, se cache une réalité plus sombre : le puits n’a pas tari par hasard, il a été vidé volontairement.

Le 1er novembre, des millions de familles dépendant du Programme d’Assistance Nutritionnelle Supplémentaire (SNAP) ont vu leurs prestations alimentaires menacées, plongeant des parents aux budgets serrés dans l’angoisse de chariots d’épicerie vides. Si un juge fédéral a émis une ordonnance d’interdiction temporaire pour suspendre l’aide alimentaire, soulignant la « terreur » provoquée, la peur de perdre ces soutiens essentiels sous l’administration du président Donald Trump demeure.

Cette cruauté, qui peut sembler soudaine, est en réalité le fruit d’une stratégie politique calculée. Le « Big Beautiful Bill », adopté plus tôt dans l’année, a été présenté par les Républicains comme un modèle de rigueur budgétaire. En réalité, il s’agissait d’un cheval de Troie, truffé de dispositions visant à saper discrètement le SNAP, l’un des programmes de lutte contre la pauvreté les plus efficaces du pays.

Pendant des décennies, le Département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) ajustait le Thrifty Food Plan – la formule déterminant les montants des allocations SNAP – pour refléter le coût réel de l’alimentation. En 2021, après une longue période de stagnation, l’USDA avait enfin modernisé ce plan, augmentant les prestations de 1,40 $ par personne et par jour. Cette hausse modeste visait à aider les familles à faire face à l’augmentation des prix des denrées alimentaires et à mieux aligner les allocations sur les besoins nutritionnels réels.

L’administration Trump et la nouvelle loi du Parti républicain ont mis un terme à ces progrès. Désormais, les mises à jour de l’USDA ne pourront être effectuées que tous les cinq ans, et toute modification future devra être « neutre en termes de coûts ». La conséquence directe : plus aucune augmentation des prestations, même si les prix des denrées alimentaires s’envolent. Alors que l’inflation grignote le pouvoir d’achat, les bénéficiaires du SNAP verront leurs allocations s’éroder d’année en année, conduisant à une forme de faim institutionnalisée.

La cruauté de cette loi ne s’arrête pas aux coupes budgétaires sur les allocations. À partir de 2027, le gouvernement fédéral réduira sa participation aux coûts administratifs du SNAP de 50 % à 25 %, obligeant les États à assumer le reste. Dix États, dont la Californie, New York et la Caroline du Nord, délèguent la gestion du SNAP aux gouvernements locaux. Ces derniers servent 14,6 millions de personnes, soit environ un tiers des participants. En Alabama, près d’un habitant sur sept dépend du SNAP pour ses besoins fondamentaux.

Cette modification entraînera des répercussions désastreuses sur les budgets locaux. Les États et les comtés seront contraints soit d’augmenter les impôts, soit de réduire les services, voire les deux. Les bureaux du SNAP seront submergés, occasionnant des délais de traitement plus longs et une diminution des ressources dédiées à l’accompagnement des familles dans les démarches administratives. La perte des allocations ne sera alors plus seulement le fait des coupes budgétaires, mais aussi de l’effondrement bureaucratique.

Pour les familles immigrées, les conséquences seront encore plus dramatiques. Le « Big Beautiful Bill » restreint considérablement l’éligibilité au SNAP pour les immigrés, une mesure peu économique mais qui envoie un message politique clair : la faim est acceptable si elle touche « les bonnes personnes ».

Lorsque l’USDA déclare que « le puits est à sec », il ne s’agit pas d’un simple constat comptable, mais d’une question morale. Les Républicains ont passé des années à démanteler les mécanismes qui permettent de nourrir les Américains et, aujourd’hui, face à l’échec du système, ils haussent les épaules, qualifiant la situation de malheureuse.

La fermeture gouvernementale n’est pas la cause de la crise du SNAP ; elle n’a été qu’une étincelle révélant le bois sec en dessous. Le « Big Beautiful Bill » a posé les fondations, affaibli le filet de sécurité, transféré les coûts aux États et garanti que lorsque Washington cessait de fonctionner, la faim se propagerait le plus rapidement parmi ceux qui en avaient le moins les moyens.

Le SNAP n’a jamais été un luxe, mais une promesse : dans la nation la plus riche du monde, personne ne devrait souffrir de la faim. C’est l’un des rares programmes gouvernementaux à fonctionner comme prévu : simple, efficace et vital. Il ne fonctionne cependant que lorsque les législateurs le permettent.

Donald Trump et les Républicains qualifient leur loi de « belle ». Il n’y a rien de beau à forcer des parents à choisir entre nourrir leurs enfants et payer leur loyer. Il n’y a rien de responsable sur le plan financier à affamer le système jusqu’à l’effondrement. L’administration Trump annonce à la nation que pour des millions de familles au bord de la famine, le puits est à sec. Mais pour les élites, les milliardaires et les entreprises qu’ils contrôlent, une infinité d’allégements fiscaux et d’échappatoires spéciaux continuent d’alimenter leur richesse.

La bonne nouvelle est que les puits peuvent être remplis. Mais pour cela, les électeurs devront décider qu’ils en ont assez des législateurs qui qualifient des plans budgétaires cruels de simples « malencontres ».

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