Publié le 24 octobre 2025. L’Asie du Sud-Est s’affirme comme un marché éducatif d’envergure mondiale, attirant une attention accrue des nations et institutions souhaitant capter la jeune génération. Cependant, les dynamiques de ce marché évoluent rapidement, nécessitant une adaptation stratégique des acteurs de l’éducation internationale.
Le secteur de l’éducation internationale voit en l’Asie du Sud-Est une région d’une importance capitale. Avec près de 700 millions d’habitants et une classe moyenne en expansion avide de services à haute valeur ajoutée comme l’éducation, cette zone est appelée à devenir la quatrième économie mondiale. Ce dynamisme en fait un terrain fertile pour la mobilité étudiante et l’éducation transnationale.
Les établissements d’enseignement supérieur désireux de recruter à l’international y trouvent des perspectives considérables. Néanmoins, les tendances récentes indiquent un tableau nuancé, marqué par des évolutions significatives des demandes étudiantes. Répondre à ces changements et aux aspirations de cette jeunesse sera déterminant pour le succès.
Une tradition de mobilité et un recrutement intensifié
La mobilité internationale des étudiants d’Asie du Sud-Est n’est pas nouvelle. Dès les années 1950, des pays comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande accueillaient des milliers d’étudiants de la région, notamment grâce au plan Colombo. La jeunesse nombreuse de pays tels que l’Indonésie et les Philippines promet une demande croissante pour des formations à l’étranger.
Conscientes de ce potentiel, les destinations éducatives traditionnelles et émergentes intensifient leurs efforts. L’Australie, par exemple, a annoncé en août 2025 l’ouverture de places universitaires supplémentaires pour attirer les étudiants de l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est), dans une démarche de diversification des marchés et de renforcement des liens régionaux. La Nouvelle-Zélande, via son programme « International Education – Growth Goal », ambitionne d’augmenter de 42 % ses inscriptions internationales, avec un accent particulier sur le Vietnam. Le Japon et de nombreux pays européens cherchent également activement à séduire les talents de la région.
Un marché en mutation : nouvelles priorités et destinations
Face à cette hyper-compétition, comprendre les attentes des futurs étudiants est primordial. Les données récentes révèlent une véritable métamorphose du marché.
L’Asie du Sud-Est devient elle-même un pôle éducatif, avec l’implantation croissante de campus délocalisés d’institutions étrangères. Du pionnier Monash University en Malaisie aux plus récents partenariats comme le campus de Deakin University à Lancaster en Indonésie, les établissements reconnaissent le potentiel de l’éducation transnationale (ETN) dans la région.
Toutefois, les destinations traditionnelles font face à une concurrence accrue. Les données de Studyportal sur la demande mondiale émanant des six principaux pays d’Asie du Sud-Est (Indonésie, Vietnam, Malaisie, Philippines, Singapour et Thaïlande) révèlent des tendances marquantes pour la rentrée universitaire de septembre 2025 :
- La Chine enregistre une forte hausse de la demande, particulièrement du Vietnam (+61 %), ainsi que de l’Indonésie (+38 %) et des Philippines (+35 %).
- Le Canada connaît un net recul de sa popularité, avec une baisse de 48 % pour le Vietnam et de 43 % pour les Philippines.
- La Nouvelle-Zélande attire des étudiants qui se seraient auparavant tournés vers l’Australie, avec des progressions notables en provenance du Vietnam (+29 %) et des Philippines (+17 %).
- L’Irlande observe également une croissance de ses inscriptions dans ces marchés clés d’Asie du Sud-Est.
- La région, notamment la Malaisie en tant que pôle ETN, suscite un intérêt croissant.
| Destination | Viêt Nam | Indonésie | Philippines |
| Chine | +61% | +38% | +35% |
| Canada | –48% | 0% | –43% |
| Nouvelle-Zélande | +29% | -2% | +17% |
| Irlande | +5% | +30% | +18% |
| Malaisie | +22% | +9% | +17% |
Variation annuelle de la demande absolue (en pages vues) – 1er septembre 2025 (Intérêt des étudiants pour les diplômes de licence et de master sur le campus).
Évolutions des compétences et opportunités
La croissance économique de la région génère de nouveaux besoins en compétences. Les avancées technologiques et la transition énergétique stimulent la demande de diplômés qualifiés. L’Indonésie prévoit de former 57 millions de travailleurs qualifiés d’ici 2030, et le Forum économique mondial souligne l’importance des compétences numériques, de l’adaptation climatique, des infrastructures commerciales et de la gestion environnementale.
Les tendances de la demande reflètent ces priorités, avec une croissance observée dans des domaines variés tels que :
- Intelligence artificielle
- Biotechnologies
- Agroalimentaire (Food Tech)
- Relations internationales
- Gestion de la chaîne d’approvisionnement
- Développement durable
Face à l’essor d’économies dynamiques et de pôles éducatifs en Asie et en Europe, proposant souvent des programmes compétitifs à moindre coût et des conditions de travail post-études attractives, les destinations traditionnelles ne sont plus des choix automatiques.
Pour rester compétitives, les institutions doivent affiner leur proposition de valeur, en mettant en avant la qualité académique, l’employabilité des diplômés et le retour sur investissement à long terme. Il sera crucial d’investir dans les disciplines émergentes, en phase avec les futurs besoins en compétences, et d’adapter les stratégies à chaque marché spécifique de l’Asie du Sud-Est. Une veille concurrentielle attentive et une communication claire des avantages distinctifs seront également essentielles.
L’Australie et la Nouvelle-Zélande, de par leur proximité géographique, détiennent une opportunité unique de tirer parti de cette dynamique.
La question est désormais de savoir qui saura capitaliser sur ces opportunités. Les gouvernements et les prestataires d’enseignement supérieur doivent aligner leurs stratégies sur les besoins évolutifs des étudiants d’Asie du Sud-Est pour maintenir leur compétitivité sur la scène mondiale. L’objectif est de créer les conditions propices à la pleine réalisation de ce potentiel.