Publié le 15 février 2026 09h14. Le skeletoneur ukrainien Vladyslav Heraskevyčius a été disqualifié des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina à quelques minutes de sa compétition, en raison d’un casque commémoratif jugé non conforme aux règles du Comité international olympique (CIO).
- Vladyslav Heraskevyčius, porte-drapeau de l’Ukraine à la cérémonie d’ouverture, ne pourra pas participer à l’épreuve de skeletone.
- La disqualification est due à la représentation sur son casque d’un athlète ukrainien décédé lors du conflit avec la Russie.
- L’affaire soulève des questions sur la liberté d’expression des athlètes et la proportionnalité de la sanction.
Une controverse majeure secoue les Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina. Le skeletoneur ukrainien Vladyslav Heraskevyčius, qui avait l’honneur de porter le drapeau de son pays lors de la cérémonie d’ouverture, a vu son rêve olympique brisé à seulement 45 minutes du début de la compétition. La raison : un casque commémoratif qu’il comptait porter, orné du portrait d’un jeune athlète ukrainien de 21 ans, victime des combats en Ukraine.
La Fédération internationale de bobsleigh et de skeleton (IBSF) a jugé que ce casque ne respectait pas les règles de la Charte olympique et les directives du CIO concernant l’expression personnelle des athlètes sur le site des compétitions. Heraskevyčius a immédiatement fait appel de cette décision auprès du Tribunal arbitral du sport (TAS), mais sa requête a été rejetée hier.
Pour l’instant, seul le communiqué du TAS a été rendu public, sans les motivations complètes de la décision. Cependant, même ce bref rapport soulève des interrogations fondamentales sur les limites de la liberté d’expression des sportifs et la pertinence d’une sanction aussi sévère. Le TAS a estimé que les restrictions imposées aux athlètes constituaient un « équilibre raisonnable » entre leur droit à exprimer une opinion et la nécessité de garantir que l’attention reste focalisée sur leurs performances sportives.
L’avocat lituanien Antanas Paulauskas, spécialiste du droit du sport, a analysé l’affaire et partagé son point de vue sur Facebook. Il a publié un commentaire détaillant les enjeux juridiques de cette affaire.
« Milan-Cortina 2026 a déjà été le théâtre d’une des controverses les plus sensibles et juridiquement complexes de ces dernières années. L’athlète ukrainien de skeleton Vladyslav Heraskevyčius a été exclu de la compétition en raison de son intention de commencer avec un casque commémoratif représentant des athlètes ukrainiens tués pendant la guerre. La décision de la commission de l’IBSF a déclaré qu’un tel casque ne serait pas conforme aux dispositions de la Charte olympique et aux lignes directrices pour l’expression personnelle des athlètes approuvées par le CIO, qui limitent les formes d’expression personnelle pendant la compétition sur le site. »
Antanas Paulauskas, avocat spécialisé en droit du sport
Selon M. Paulauskas, l’argument selon lequel un simple symbole commémoratif sur un casque pourrait réellement « détourner l’attention » des autres athlètes est difficile à défendre. Il souligne que toute forme d’expression non standard – couleurs, symboles, messages, gestes – pourrait alors être considérée comme perturbatrice. De plus, il estime que le débat se déplace du droit à l’expression vers une notion abstraite d’« attention sportive », sans réelle considération pour la sécurité ou les droits des autres participants.
Le CIO avait d’ailleurs proposé une alternative à Heraskevyčius : porter un brassard noir en signe de deuil. Cette proposition suggère que certaines formes d’expression commémorative sont acceptables, ce qui rend d’autant plus incompréhensible la disqualification du skeletoneur ukrainien.
L’affaire soulève une question plus large : un athlète aux Jeux olympiques a-t-il le droit d’être un individu, porteur de valeurs et d’émotions, ou doit-il se limiter à être un simple instrument de performance sportive ? Une interdiction totale de toute expression personnelle pendant la compétition risque de transformer les athlètes en « robots », dépourvus de personnalité.
La sanction infligée à Vladyslav Heraskevyčius est la plus sévère possible : l’exclusion immédiate de la compétition. Or, les dommages réels causés au déroulement des épreuves ou aux droits des autres athlètes ne sont pas évidents. Le principe de proportionnalité, fondamental en droit, exige que la sanction soit adaptée à la gravité de la faute et nécessaire pour atteindre l’objectif visé. Dans ce cas, des alternatives moins drastiques – un avertissement, une sanction financière – auraient pu être envisagées.
Cette affaire pourrait aller plus loin. Si Heraskevyčius maintient ses convictions, il pourrait saisir le Tribunal fédéral suisse, puis la Cour européenne des droits de l’homme, afin de contester la compatibilité des règles olympiques avec l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui protège la liberté d’expression.