Publié le 7 février 2026 à 07h00. La valorisation des entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle (IA) est remise en question par les marchés financiers, après une semaine de fortes baisses et des interrogations sur la rapidité de son adoption réelle.
- Les actions des entreprises de logiciels et de services ont perdu près de 1 000 milliards de dollars de capitalisation boursière en une semaine.
- Le lancement de nouveaux outils juridiques et d’entreprise par Anthropique, autour de son chatbot Claude, a déclenché un mouvement de vente massif.
- Des dirigeants de grandes entreprises technologiques estiment que la réaction du marché est excessive et ne reflète pas le potentiel à long terme de l’IA.
La période d’euphorie autour de l’intelligence artificielle semble s’estomper, confrontée à une réalité boursière plus pragmatique. Les marchés testent actuellement l’hypothèse d’une croissance ininterrompue pour ce secteur, après une semaine particulièrement difficile pour les valeurs technologiques.
Près de 1 000 milliards de dollars ont été effacés des capitalisations boursières des entreprises de logiciels et de services, suite à ce que certains analystes qualifient de « krach de Claude ». Ce mouvement de vente a été initié par Anthropique, avec la présentation de nouveaux outils liés à son chatbot Claude, destinés aux secteurs juridique et d’entreprise.
Thomson Reuters a subi sa plus forte baisse quotidienne jamais enregistrée et a perdu plus de la moitié de sa valeur au cours des six derniers mois. Cette chute n’est pas un cas isolé. L’indice des logiciels et services du S&P 500 a déjà reculé d’un quart depuis octobre, et la récente déroute n’a fait qu’accélérer cette tendance. Les actions de Salesforce, qui emploie plus de 2 500 personnes en Irlande, avaient déjà perdu environ 40 % de leur valeur avant même le déclenchement de la panique liée à Claude.
Certains experts estiment que la vente est exagérée, soulignant que les problèmes de sécurité, la protection des données et les contraintes réglementaires pourraient freiner l’adoption massive de l’IA et limiter son impact sur les logiciels existants.
Jensen Huang, le PDG de Nvidia, a qualifié cette situation d’« illogique ». René Haas, le PDG d’Arm, a dénoncé une « micro-hystérie ». Selon JPMorgan, le secteur est désormais considéré comme « coupable jusqu’à preuve du contraire », voire même « condamné avant procès ».
Même si le rythme de disruption s’avère moins rapide que prévu, cela ne signifie pas nécessairement que les conséquences seront minimes. De plus, selon Bespoke Investment, le secteur américain du logiciel se négocie encore à un ratio cours/ventes d’environ huit, ce qui suggère que les valorisations actuelles ne sont pas encore justifiées.
Jusqu’à présent, on observe plutôt une rotation des capitaux vers des valeurs refuges qu’une véritable panique boursière, les investisseurs se tournant vers des actifs plus défensifs. La baisse des valeurs technologiques semble donc refléter une tentative de réévaluation plus précise de l’IA, un processus complexe de découverte des prix plutôt qu’une crise généralisée.
Après tout, si l’IA est aussi transformatrice que le prétendent ses partisans, elle devrait à la fois renforcer certains modèles économiques et en menacer d’autres. Le marché commence à opérer cette distinction. La question de savoir si cette correction a été trop brutale reste ouverte.