Home Santé Le Bluetoothing, la pratique du partage du sang qui alimente l’augmentation mondiale alarmante du VIH

Le Bluetoothing, la pratique du partage du sang qui alimente l’augmentation mondiale alarmante du VIH

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Publié le 2023-04-14 00:00:00. Une pratique dangereuse, surnommée « Bluetooth », consistant à s’injecter du sang d’un autre utilisateur pour un effet à moindre coût, alimente la propagation du VIH et d’autres maladies infectieuses. Ce phénomène inquiète les autorités sanitaires, particulièrement aux Fidji et en Afrique du Sud.

La méthode du « Bluetooth », où le sang d’un consommateur de drogues injectables, potentiellement chargé en substances, est transfusé à un autre, présente des risques bien supérieurs au simple partage de seringues. Cette pratique, particulièrement préoccupante dans des contextes de grande précarité, contribue à l’une des épidémies de VIH les plus rapides observées ces dernières années.

Bien que difficile à quantifier précisément, le partage de sang contaminé a été observé dans des régions où la pauvreté est élevée, exacerbée par des contrôles policiers renforcés, une hausse des prix des drogues et une offre réduite. Selon les experts, même si peu de personnes y ont recours, cette méthode est un vecteur extrêmement efficace pour la transmission de maladies telles que le VIH et les hépatites.

Le « Bluetooth » : une méthode de consommation à haut risque

« Dans des environnements de grande pauvreté, c’est une méthode bon marché pour planer, avec de lourdes conséquences. En gros, vous obtenez deux doses pour le prix d’une », explique Brian Zanoni, professeur à l’Université Emory, qui a étudié les comportements de consommation de drogues injectables en Afrique du Sud.

Aux Fidji, le « Bluetooth » a été identifié comme l’un des facteurs majeurs d’une augmentation alarmante des cas de VIH. Entre 2014 et 2024, le nombre de nouvelles infections a été multiplié par dix, selon l’ONUSIDA (Programme des Nations Unies pour le VIH/SIDA), conduisant à la déclaration d’une épidémie en janvier. Les données de 2024 indiquent qu’environ la moitié des personnes nouvellement diagnostiquées et sous traitement antirétroviral aux Fidji ont contracté le virus en partageant des aiguilles, bien que le partage intentionnel de sang ne soit pas toujours clairement documenté. Cette augmentation touche particulièrement les jeunes âgés de 15 à 34 ans.

« Nous voyons des jeunes mourir du VIH, des enfants qui sont impliqués dans la consommation de drogues et dans des relations sexuelles », a souligné Eamonn Murphy, directeur des équipes de soutien régionales de l’ONUSIDA pour la région Asie-Pacifique, Asie centrale et Europe de l’Est. Il précise que le « Bluetooth » est l’un des nombreux facteurs contribuant à cette hausse, aux côtés du manque d’accès à des aiguilles propres et de rapports sexuels non protégés.

Certains experts médicaux suggèrent que l’effet recherché par les utilisateurs secondaires est souvent limité, voire un effet placebo, l’efficacité du produit diminuant au fur et à mesure des transferts de sang. « Ce n’est pas aussi efficace que ce que les gens attendaient. Plus loin dans la chaîne d’injection, l’effet est beaucoup plus faible », ajoute Murphy.

Pauvreté, manque de sensibilisation et enjeux de réduction des risques

La pratique du « Bluetooth » consiste pour un premier utilisateur à s’injecter une drogue, puis à prélever le sang imprégné pour le transférer à une autre personne. Dans des pays comme la Tanzanie, cette méthode, parfois appelée « saignement éclair » (« flash bleeding »), s’est étendue des centres urbains aux périphéries, affectant de manière disproportionnée les femmes vivant dans des conditions précaires. Une étude en Afrique du Sud a révélé que 18 % des consommateurs de drogues injectables avaient eu recours au partage de sang.

Au Pakistan, des pratiques d’injection inhabituelles incluent la vente de seringues d’héroïne à moitié utilisées et contaminées par du sang.

« C’est la même combinaison de pauvreté et de manque de sensibilisation, ainsi que l’introduction de médicaments bon marché dont les prix augmentent ensuite », observe Murphy. Il ajoute que le défi majeur consistera à mettre en place des programmes de réduction des risques, notamment aux Fidji, où la stigmatisation liée à la consommation de drogues reste un obstacle important.

Bien que les quantités de sang partagées par « Bluetooth » soient souvent petites, la compatibilité des groupes sanguins étant aléatoire, le risque d’effets indésirables graves, indépendamment de la transmission virale, est réel. Pour chaque goutte de sang d’une personne séropositive, le risque d’exposition à des millions de particules virales est élevé, selon Brian Zanoni.

« C’est le moyen idéal de propager le VIH », conclut Catherine Cook, directrice exécutive de Harm Reduction International. « C’est un signal d’alarme pour les systèmes de santé et les gouvernements : à quelle vitesse il est possible de mettre fin à une flambée massive d’infections grâce à l’efficacité de la transmission. »

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