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Le bonobo démontre la capacité cognitive d’imaginer des objets « fictifs »

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Publié le 11 février 2026 05:04:00. Des chercheurs ont découvert qu’un bonobo, Kanzi, est capable de créer des représentations mentales d’objets et de situations imaginaires, suggérant que cette aptitude cognitive, essentielle à la pensée symbolique humaine, pourrait avoir des racines bien plus anciennes qu’on ne le pensait.

Une nouvelle étude publiée dans la revue Science révèle que Kanzi, un bonobo mâle ayant passé une grande partie de sa vie dans un centre de recherche de l’Iowa, démontre une capacité surprenante à distinguer le réel de l’imaginaire. Cette découverte pourrait éclairer l’évolution de la cognition humaine et les origines de la pensée abstraite.

Kanzi, déjà connu pour sa capacité à communiquer avec les chercheurs humains grâce à la langue des signes et à un clavier spécialisé, a été soumis à une série de trois expériences conçues pour tester sa compréhension des concepts fictifs. Les résultats, publiés dans l’article intitulé Preuve de la représentation d’objets fictifs par Kanzi, un bonobo formé au langage, indiquent qu’il est capable de conserver une représentation abstraite d’une situation même lorsque celle-ci a été modifiée.

Kanzi avec la chercheuse Sue Savage-Rumbaugh [Photo by William H. Calvin / CC BY-SA 4.0]

La première expérience consistait à simuler le versement d’un liquide dans des verres, puis à « reverser » le contenu d’un verre dans une cruche vide, en remplaçant le verre initial par un verre plein. Kanzi a correctement identifié le verre contenant le liquide fictif dans plus des deux tiers des cas, un résultat statistiquement significatif. Une expérience de contrôle, utilisant des verres contenant réellement du jus, a confirmé que Kanzi comprenait la différence entre le réel et l’imaginaire, choisissant le verre plein plus des trois quarts du temps.

Une troisième expérience, utilisant des raisins placés dans des verres transparents, a renforcé ces conclusions. Kanzi a sélectionné le verre contenant le raisin plus des deux tiers du temps, démontrant sa capacité à se souvenir de l’emplacement de l’objet réel malgré des manipulations visuelles.

Selon les auteurs de l’étude, ces résultats suggèrent que la capacité à former des « représentations secondaires », c’est-à-dire des états imaginés dissociés de la réalité, est fondamentale pour la cognition humaine.

« Dans des contextes de simulation, les individus doivent former une représentation secondaire, qui est un état imaginé ou simulé (« il y a du thé simulé dans une tasse ») découplé de leur représentation de la réalité (« les deux tasses sont vides »), pour éviter de confondre les deux concepts. »

Auteurs de l’étude

Ils expliquent que cette dissociation cognitive, ou « mise en quarantaine » du modèle mental imaginé, est essentielle pour des fonctions cognitives complexes telles que la planification, le raisonnement hypothétique, l’inférence causale et la compréhension des états mentaux d’autrui. On estime que l’ancêtre commun des humains, des chimpanzés et des bonobos, ayant vécu entre 6 et 9 millions d’années, possédait déjà les prémices de cette capacité.

Bien que des observations antérieures aient suggéré que les singes pouvaient manifester des comportements similaires, comme utiliser des bâtons comme des bébés ou simuler des actions avec des objets imaginaires, les chercheurs soulignent que ces observations étaient sujettes à interprétation. Les nouvelles expériences contrôlées fournissent, selon eux, une base plus solide pour affirmer que Kanzi est capable d’interagir avec des objets fictifs.

Les chercheurs envisagent également que la formation linguistique et symbolique reçue par Kanzi ait pu jouer un rôle dans le développement de ses compétences cognitives. Ils appellent à des recherches supplémentaires pour comparer les populations sauvages de bonobos avec les individus ayant bénéficié d’une éducation similaire, afin de déterminer si cette capacité est innée ou acquise. Même si la formation s’avérait un facteur, la simple possibilité d’un tel comportement chez un animal souligne son importance évolutive potentielle.

En conclusion, cette étude suggère que les représentations secondaires sont à la base de nombreuses capacités cognitives complexes, notamment l’imagination, la pensée symbolique abstraite et le développement de la culture humaine. La pensée symbolique abstraite, la capacité de manipuler des symboles représentant des concepts non immédiatement présents, est un saut qualitatif majeur dans l’évolution de la cognition, sous-tendant le langage, la technologie, l’art et l’organisation sociale.

(Article initialement publié en anglais le 9 février 2026)

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