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Le Brésil rejette la proposition américaine sur les terres rares et veut éviter d’être un fournisseur de matières premières

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Publié le 7 février 2024 15h56. Le gouvernement brésilien rejette une proposition américaine visant à créer une réserve de terres rares exclusivement destinée aux États-Unis, craignant une dépendance et une asymétrie commerciale qui nuiraient à son autonomie stratégique.

  • Le Brésil refuse de s’engager à réserver ses réserves de terres rares pour la consommation américaine.
  • Brasilia exige de savoir ce que les États-Unis ont à offrir en échange et ne se considère pas comme étant dans une position de faiblesse.
  • Un accord similaire a été accepté par l’Argentine et 13 autres pays.

Le gouvernement de Luiz Inácio Lula da Silva s’oppose fermement à l’initiative américaine, qui consiste à former une alliance d’une cinquantaine de pays pour limiter l’influence de la Chine dans le secteur des terres rares et établir un marché préférentiel avec les États-Unis. Selon Brasilia, le projet présenté cette semaine limite l’autonomie du Brésil dans la gestion et la destination de ses ressources minérales, perpétuant une relation déséquilibrée dans un secteur considéré comme stratégique.

L’administration Trump avait proposé aux pays partenaires de s’engager à préserver leurs réserves de terres rares pour l’approvisionnement américain et à ne pas favoriser les échanges commerciaux avec la Chine. L’Argentine a déjà donné son accord, suivie de 13 autres nations. Cependant, le Brésil estime que cette proposition est inacceptable.

« Nous ne sommes pas désespérés », a affirmé une source gouvernementale, soulignant que c’est le Brésil qui possède les minerais convoités par les États-Unis et qu’il entend éviter une situation où il ne serait qu’un simple fournisseur de matières premières. Brasilia mise sur l’importance stratégique du secteur minier pour attirer des investissements qui répondent également aux besoins du pays.

Le pacte proposé par Washington inclut la création d’un système de contrôle des prix, la garantie de l’absence de barrières commerciales et l’accès aux réserves des pays participants. L’accord stipule notamment :

« Les participants s’engagent à intensifier leurs efforts de coopération pour accélérer l’approvisionnement sécurisé en minéraux essentiels nécessaires au soutien de la fabrication de technologies de défense et de pointe et de leurs bases industrielles respectives. Cela implique de tirer parti des instruments politiques existants, tels que la demande industrielle et les infrastructures de stockage des États-Unis, ainsi que les réserves stratégiques des États-Unis. [Pays X]. »

Extrait de la proposition américaine

L’accord prévoit également une accélération des procédures d’autorisation pour les zones d’exploration :

« Les participants prennent des mesures pour accélérer, simplifier ou déréglementer les délais et les processus d’octroi de licences, notamment l’obtention de licences pour l’exploitation minière, la séparation et le traitement des minéraux critiques et des terres rares dans le cadre de leurs systèmes réglementaires nationaux respectifs, conformément à la législation applicable. »

Extrait de la proposition américaine

Les gouvernements « partenaires » devraient également cartographier leurs réserves et partager ces données avec les États-Unis : « Les participants ont l’intention de coopérer pour aider à la cartographie des ressources minérales dans le [Pays X] aux États-Unis et dans d’autres endroits mutuellement déterminés pour soutenir des chaînes d’approvisionnement diversifiées en minéraux critiques », indique le texte de l’accord.

Le Brésil prévoit d’aborder cette question lors de la prochaine rencontre entre Lula et Trump à la Maison Blanche. Brasilia se dit ouverte au dialogue, mais refuse de lier cette discussion à des concessions commerciales, notamment en ce qui concerne les droits de douane sur les produits brésiliens qu’elle juge injustifiés. Le gouvernement brésilien souhaite également obtenir des garanties concernant des investissements dans le pays, afin d’éviter de se limiter à un rôle de fournisseur de matières premières pour la production de haute technologie américaine.

Itamaraty, le ministère brésilien des Affaires étrangères, privilégie la conclusion d’un accord bilatéral qui permettrait aux États-Unis d’investir, de transformer et d’acheter les produits transformés au Brésil, plutôt que de simplement extraire les minerais et de revendre ensuite la technologie au Brésil. Le Brésil entend également conserver son droit d’imposer des restrictions à l’exportation de minéraux, comme le prévoit l’accord commercial entre le Mercosur et l’Union européenne.

Parallèlement, le Brésil a conclu un accord dans le secteur des terres rares avec l’Inde, qui pourrait être signé lors de la visite du président Lula dans ce pays la semaine prochaine.

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