Home Santé Le Canada est sur le point de perdre son statut d’élimination de la rougeole, signe avant-coureur d’épidémies supplémentaires

Le Canada est sur le point de perdre son statut d’élimination de la rougeole, signe avant-coureur d’épidémies supplémentaires

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Publié le 28 octobre 2025. Le Canada risque de perdre son statut d’élimination de la rougeole après près de trois décennies, les experts s’inquiétant d’une résurgence des maladies évitables due à la baisse des taux de vaccination.

  • Plus de 5 000 cas de rougeole recensés au Canada depuis un an, dépassant les États-Unis.
  • Deux décès infantiles liés à la rougeole sont survenus, notamment dans des communautés religieuses minoritaires.
  • Les taux de vaccination infantile ont chuté dans plusieurs provinces, redonnant de l’ampleur à des maladies autrefois maîtrisées.

Près de trente ans après avoir atteint le statut d’élimination de la rougeole, le Canada se trouve aujourd’hui à un tournant critique. Le pays a enregistré plus de 5 000 cas depuis le début d’une épidémie qui a débuté il y a un an dans les provinces de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick. Les experts en santé publique tirent la sonnette d’alarme, craignant que cette augmentation des cas de rougeole ne soit que le prélude à un retour plus large de maladies désormais évitables grâce à la vaccination, dans un contexte de méfiance croissante envers les vaccins.

Ce retour du virus est particulièrement préoccupant car il touche des populations vulnérables. Deux bébés prématurés sont décédés cette année des suites d’une infection à la rougeole, l’un en Ontario et l’autre en Alberta. Des foyers d’infection sont notamment observés au sein de certaines communautés religieuses minoritaires, telles que les mennonites, où les taux de vaccination sont notoirement plus bas. Les autorités sanitaires estiment que de nombreux cas pourraient même ne pas être officiellement recensés.

La situation canadienne contraste fortement avec celle des États-Unis, qui ont recensé 1 618 cas de rougeole à la même date, et ce, malgré une population près de neuf fois supérieure. Pour être considéré comme exempt de rougeole, un pays doit atteindre zéro cas pendant 12 mois consécutifs. Ce délai expire cette semaine pour le Canada, tandis que les États-Unis ont jusqu’en janvier et le Mexique jusqu’en février pour atteindre ce seuil.

L’Organisation panaméricaine de la santé doit examiner le statut d’élimination des pays membres début novembre, et une décision est attendue en décembre. Santé Canada a confirmé ces échanges.

Baisse des taux de vaccination

Plusieurs provinces ont vu leurs taux de vaccination infantile décliner de manière significative ces dernières années. En Alberta, par exemple, le pourcentage d’enfants ayant reçu leur deuxième dose du vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole) avant l’âge de 7 ans est passé d’environ 82 % en 2019 à seulement 72 % en 2024. L’Alberta est d’ailleurs la province la plus touchée, avec près de 2 000 cas identifiés depuis mars, soit le taux par habitant le plus élevé du pays.

« Si les taux de vaccination étaient restés élevés, cela ne serait jamais arrivé. Il y aurait peut-être eu une petite propagation, mais rien de comparable. »

Dr Mark Joffe, ancien médecin en chef de l’Alberta

En Ontario, le taux de vaccination ROR chez les enfants de 7 ans a chuté de 86,1 % en 2020 à 70,4 % en 2024. Bien que l’Ontario ait déclaré la fin de son épidémie le 6 octobre, après 46 jours sans nouveaux cas, cette amélioration est attribuée à une réponse rapide en matière de traçage des contacts et de cliniques de vaccination de rattrapage, selon l’épidémiologiste Nitin Mohan. Le virus a ainsi rencontré des « pare-feux immunitaires » plus efficaces.

La vaccination contre d’autres maladies a également diminué. En Alberta, la proportion d’enfants ayant reçu quatre doses du vaccin contre la diphtérie et la polio avant l’âge de 2 ans est passée de 76,8 % en 2019 à 68,9 % en 2024. En Ontario, le taux de vaccination polio à 7 ans est tombé de 86,3 % en 2019 à 70,2 % en 2023. Pour atteindre une immunité collective efficace, capable de protéger l’ensemble de la communauté, y compris ceux qui ne peuvent pas être vaccinés, un taux de vaccination d’au moins 95 % est nécessaire.

« D’autres maladies évitables par la vaccination devraient suivre, tôt ou tard. J’ai parfois l’impression que nous retournons à la fin du 19e siècle. »

Dr Lynora Saxinger, infectiologue à Edmonton

Cependant, les experts soulignent que la réticence aux vaccins n’est pas une fatalité. En Alberta, une campagne de vaccination intense durant l’épidémie a permis de doubler le nombre de doses administrées hebdomadairement entre mi-février et mi-mars. Cela démontre, selon eux, que les gens peuvent être convaincus par des informations claires, crédibles et un accès facilité aux soins.

« Je pense que la réalité est que les parents, à notre époque où les enfants en bas âge sont si précieux, ne savent pas ce qu’est la rougeole. Elle n’existe plus de leur vivant. »

Dr Mark Joffe

Dans les communautés mennonites de l’Alberta, où la confiance envers les autorités de santé publique peut être limitée, des représentantes de santé communautaire comme Tina Meggison jouent un rôle crucial. Elle travaille à établir un lien de confiance en accompagnant les individus lors de leurs rendez-vous médicaux et en s’assurant qu’ils disposent des informations nécessaires pour prendre des décisions éclairées concernant la santé de leurs enfants. Elle reconnaît que l’expérience vécue avec la COVID-19 a pu engendrer une anxiété accrue autour des décisions de vaccination.

Reportage d’Anna Mehler Paperny à Toronto.

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