Publié le 2025-10-30 18:24:00. Le chef des Forces de soutien rapide (RSF) au Soudan a annoncé l’ouverture d’une enquête sur les « violations » commises par ses troupes lors de la prise d’El-Fasher. Cette décision intervient après des informations alarmantes faisant état de massacres de civils, des allégations qui ont provoqué une vive indignation internationale.
- Le général Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti, promet d’enquêter sur les exactions présumées de ses soldats.
- Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux semblent documenter des exécutions de civils par des combattants des RSF.
- La communauté internationale, par la voix de l’ONU et du Royaume-Uni, condamne fermement ces actes et appelle à la reddition des comptes.
Les Forces de soutien rapide (RSF), groupe paramilitaire, ont officiellement lancé une enquête interne suite à la prise de contrôle de la ville d’El-Fasher, capitale du Darfour, dimanche dernier. Cette annonce du général Mohamed Hamdan Dagalo, leader des RSF, intervient dans un contexte de multiplication des témoignages et des preuves, notamment des vidéos, suggérant des meurtres de civils désarmés après l’assaut des forces de Hemedti. Les images, authentifiées par BBC Verify, montrent des hommes identifiés comme des combattants des RSF tirant sur des civils dans les environs d’El-Fasher. Les RSF ont diffusé leurs propres images, affirmant y montrer l’arrestation d’un combattant accusé d’exécutions sommaires dans la ville. Ces images, géolocalisées par BBC Verify dans la prison de Shala, en banlieue d’El-Fasher, montrent l’homme conduit sous escorte vers une cellule.
Malgré ces affirmations, la situation sur le terrain suscite une profonde préoccupation. Le plus haut responsable humanitaire de l’ONU, Tom Fletcher, a dénoncé un décalage entre les assurances des RSF quant à la protection des civils et les « nouvelles effroyables » provenant de la région. Lors d’une session d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, il a souligné la nécessité que « ceux qui ont commis les meurtres et les violences sexuelles doivent rendre des comptes. Ceux qui donnent les ordres. Et ceux qui fournissent les armes doivent prendre en compte leur responsabilité ». Il a également qualifié la crise soudanaise de « crise d’apathie ». Le Royaume-Uni, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Stephen Doughty, a déploré l’« inadmissible » ampleur des souffrances, marquées par des violences ethniques, des violences sexuelles et des exécutions de civils.
En réponse à la pression internationale, le Conseil de sécurité de l’ONU a publié une déclaration condamnant l’offensive sur El-Fasher, exigeant des couloirs humanitaires sécurisés et réitérant sa non-reconnaissance d’un gouvernement parallèle des RSF. BBC Verify a par ailleurs analysé des images filmées à El-Fasher confirmant que des soldats des RSF ont exécuté un certain nombre de personnes non armées dans la ville. Un porte-parole des RSF a démenti de nouvelles accusations, notamment celle d’avoir tué plus de 400 personnes dans un hôpital de la ville mardi. Le groupe paramilitaire a également nié que les meurtres à El-Fasher aient une motivation ethnique, contredisant les allégations d’une tendance des paramilitaires arabes à cibler les populations non arabes.
Le général Hemedti a exprimé ses regrets face au « désastre » qui a frappé la population d’El-Fasher et a reconnu des violations commises par ses troupes, pour lesquelles une enquête serait menée par un comité déjà arrivé sur place. Cependant, les observateurs rappellent que des promesses similaires faites par le passé, notamment suite aux accusations de massacre à el-Geneina en 2023 et lors du contrôle de l’État de Gezira, n’ont jamais été concrétisées.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’est dite « consternée et profondément choquée » par des informations faisant état de plus de 460 civils, dont des patients et leurs accompagnateurs, abattus dans le dernier hôpital partiellement opérationnel d’El-Fasher. Des analystes du Yale Humanitarian Research Lab corroborent ces récits avec des images satellite suggérant la présence de corps sur le terrain de l’hôpital. Un porte-parole des RSF a réfuté ces affirmations, déclarant que les civils avaient fui et que l’hôpital n’était plus opérationnel au moment de la prise de la ville. Mohamad Faisal, porte-parole du Réseau des médecins soudanais, a confirmé l’attaque contre l’hôpital saoudien d’El-Fasher, décrivant des scènes « absolument horribles » où des patients ont été tués dans les services hospitaliers et les zones de soins ambulatoires.
Selon les données du Réseau des médecins soudanais, 450 personnes auraient été tuées à l’hôpital saoudien, incluant 200 patients hospitalisés et 250 personnes entre patients externes et visiteurs. L’hôpital, qui traite principalement la malnutrition sévère, a été la cible de frappes aériennes et de bombardements d’artillerie ces derniers mois. Environ 5 000 personnes ayant fui El-Fasher ces derniers jours sont arrivées à Tawila, éprouvées et traumatisées, rapportant des abus, des violences et des viols en chemin. Caroline Bouvard, du groupe humanitaire Solidarités International, a confirmé de nombreux cas de viols et de violences basées sur le genre, ainsi que des exécutions sommaires.
La pression internationale s’intensifie également envers les Émirats arabes unis (EAU), accusés de soutenir militairement les RSF malgré leurs dénégations. El-Fasher était le dernier bastion de l’armée dans l’ouest du Darfour et sa chute renforce la division géographique du pays, les RSF contrôlant désormais l’ouest et une partie du sud, tandis que l’armée maintient son emprise sur la capitale Khartoum et les régions du centre et de l’est.
Les deux factions belligérantes étaient alliées après le coup d’État de 2021, mais se sont opposées sur un plan de transition vers un régime civil. La déclaration du Conseil de sécurité fait écho aux appels du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, qui a également demandé l’ouverture de couloirs humanitaires et une enquête pour traduire les responsables d’atrocités en justice. Le Dr Mohamed Ibn Chambas, président d’un panel de l’UA sur le Soudan, a rappelé que les enquêtes ne suffiront pas à soulager la population vivant « l’enfer sur Terre » et a insisté sur la nécessité d’une solution politique inclusive, en s’attaquant aux causes profondes de l’exclusion et de l’incapacité à gérer la diversité du pays depuis son indépendance en 1956.