Home Économie Le ciblage en ligne et anonyme de collègues politiques – comme les membres du PVV l’ont fait avec Timmermans – est-il nouveau ou punissable ?

Le ciblage en ligne et anonyme de collègues politiques – comme les membres du PVV l’ont fait avec Timmermans – est-il nouveau ou punissable ?

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Publié le 2025-10-27 17:05:00. Deux députés du PVV, Maikel Boon et Patrick Crijns, sont accusés d’avoir diffusé des images manipulées par intelligence artificielle (IA) à des fins diffamatoires, visant notamment Frans Timmermans, leader du GroenLinks-PvdA. Ces attaques, qualifiées par ce dernier de « point bas embarrassant », surviennent à l’approche des élections et soulèvent des questions sur l’utilisation de l’IA dans le débat politique et sa potentielle criminalité.

  • Frans Timmermans a annoncé son intention de déposer plainte suite à la diffusion de fausses images le présentant en état d’arrestation, avec des commentaires le qualifiant de « corrompu » et de « traître ».
  • Maikel Boon et Patrick Crijns sont également mis en cause pour avoir partagé des montages représentant des femmes blanches harcelées par des migrants, ainsi que des représentations négatives de Frans Timmermans.
  • L’utilisation de l’IA à des fins de campagne est de plus en plus fréquente au sein des partis d’extrême droite aux Pays-Bas, le PVV étant identifié comme l’un des principaux utilisateurs.

L’affaire a éclaté suite à des révélations du quotidien de Volkskrant, qui a identifié Maikel Boon et Patrick Crijns comme étant à l’origine de la diffusion de ces images via un canal Facebook. L’une des images les plus choquantes représente Frans Timmermans en cours d’arrestation, accompagnée de messages tels que « Sa tête pour fraude et trahison ! », selon les informations rapportées. Ces actes ont conduit le leader du GroenLinks-PvdA à déposer un signalement.

Ces deux élus du PVV, entrés à la Chambre des représentants en 2023, ne sont pas novices en matière de communication controversée en ligne. Patrick Crijns est notamment le fondateur de la page Facebook « Nous ne signalons PAS Geert Wilders », créée en 2016 pour promouvoir un référendum sur une sortie de l’Union européenne (Nexit). La page, qui a connu plusieurs incarnations suite à des suppressions par Facebook pour contenu haineux, a déjà permis de recueillir des milliers de signatures. En 2023, Crijns avait déjà fait parler de lui pour avoir manipulé une photo de Sigrid Kaag, ancienne dirigeante du D66, en la comparant à la sorcière de Blanche-Neige.

Les deux députés sont également impliqués dans la diffusion d’images générées par IA dépeignant des femmes blanches, blondes et aux yeux bleus, victimes de harcèlement de la part de migrants. Frans Timmermans a été une cible récurrente, présenté dans certaines représentations comme un politique souhaitant s’emparer de l’argent durement gagné par les citoyens.

L’intelligence artificielle s’est imposée comme un outil prisé par les mouvances d’extrême droite pour véhiculer des visions utopiques ou dystopiques à moindre coût. Aux Pays-Bas, le PVV est particulièrement actif dans ce domaine, représentant une part significative des messages identifiés comme générés par IA lors de la campagne électorale. Le chef du parti, Geert Wilders, a lui-même utilisé des images choc, comme une représentation des « Pays-Bas islamiques », accompagnée de fausses vidéos. Une affiche de campagne antérieure montrant une femme blonde souriante face à une femme portant un foulard, a été qualifiée de raciste et potentiellement punissable par des experts en droits fondamentaux, pour son opposition explicite entre une personne blanche et une personne non-blanche.

Ces pratiques ont déjà conduit à des plaintes d’organisations musulmanes pour offense à un groupe et incitation à la haine, à la discrimination ou à la violence. Le ministère public est actuellement saisi de ces signalements.

L’utilisation d’attaques anonymes en ligne et la manipulation d’images ne sont pas des phénomènes nouveaux en politique néerlandaise. En 2017, le parti Denk avait été épinglé pour l’utilisation de trolls sur Internet afin de discréditer des opposants politiques. Plus récemment, en 2022, un membre du parti PvdD avait été accusé de poster des messages anonymes et virulents à l’encontre de collègues politiciens.

Face à ces dérives, la question de la punissabilité des actes de Boon et Crijns est au cœur des préoccupations. Des professeurs spécialisés en protection de la vie privée et en droit pénal considèrent les images diffusées comme des cas de diffamation, allant jusqu’à la menace criminelle dans les commentaires associés. L’un des experts souligne que la responsabilité des politiciens peut s’étendre aux réactions suscitées par leurs propos en ligne, s’appuyant sur une jurisprudence européenne. Frans Timmermans estime que les deux députés du PVV ne devraient pas siéger au Parlement, déplorant des excuses sans sanctions concrètes.

À l’approche des élections, ces méthodes interrogent la qualité du débat politique et le respect des règles éthiques. Le chef du PVV, Geert Wilders, a rapidement pris ses distances avec la page Facebook en question et a présenté ses excuses à Frans Timmermans, qualifiant les faits d’« inappropriés et inouïs ». Cependant, il n’a pas indiqué vouloir prendre de mesures à l’encontre de Boon et Crijns.

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