Publié le 16 février 2026 à 4h49. Une étude inédite révèle un mécanisme inquiétant : le système immunitaire, dans certaines circonstances, pourrait favoriser le développement du cancer colorectal de manière insoupçonnée, en particulier chez les personnes souffrant de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin.
- Une réaction en chaîne impliquant la protéine TL1A et les cellules ILC3 déclenche une réponse immunitaire excessive dans la moelle osseuse.
- Cette réaction conduit à une production massive de neutrophiles, des globules blancs qui, dans ce contexte, deviennent des promoteurs de la croissance tumorale.
- Des médicaments expérimentaux ciblant la protéine TL1A montrent des résultats prometteurs en réduisant l’activité des gènes favorisant les tumeurs.
Des chercheurs de l’Université Cornell ont mis en lumière un processus jusqu’alors inconnu qui relie l’inflammation intestinale chronique à un risque accru de cancer du côlon. L’étude, publiée dans la revue Immunity, révèle qu’une protéine inflammatoire, la TL1A, active des cellules immunitaires spécifiques dans l’intestin, appelées cellules ILC3. Ces dernières envoient un signal d’alarme à la moelle osseuse, déclenchant une sorte de programme d’urgence.
Chez les patients atteints de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) telles que la maladie de Crohn ou la colite ulcéreuse, ce mécanisme peut avoir des conséquences graves. La moelle osseuse réagit en produisant en grande quantité des neutrophiles, des cellules normalement destinées à combattre les infections. Cependant, dans un contexte d’inflammation chronique, ces neutrophiles se transforment en alliés dangereux pour les tumeurs. Elles migrent vers l’intestin et libèrent des molécules agressives qui peuvent endommager l’ADN des cellules de la muqueuse intestinale, tout en activant des gènes favorisant la croissance des vaisseaux sanguins et des tumeurs.
De nouvelles pistes thérapeutiques pour lutter contre le cancer
« Ces résultats sont particulièrement importants car, jusqu’à présent, seules quelques stratégies ont été développées pour réduire spécifiquement le risque de cancer lié aux maladies inflammatoires de l’intestin », explique Randy Longman, responsable de l’étude au sein du Centre Jill Roberts pour les maladies inflammatoires de l’intestin de l’Université Cornell. Les chercheurs testent actuellement des médicaments expérimentaux capables de bloquer la protéine TL1A. Les premiers résultats sont encourageants, montrant une diminution significative de l’activité des gènes favorisant les tumeurs.
Cette découverte pourrait changer en profondeur la manière dont on aborde la prévention du cancer colorectal. À l’avenir, il pourrait être possible non seulement de traiter l’inflammation, mais aussi de réduire le risque de développement tumoral. Des essais cliniques sont en cours pour évaluer l’efficacité de ces nouvelles approches thérapeutiques. Cela représente un espoir supplémentaire pour les patients souffrant de MICI : au lieu de simplement soulager les symptômes, les médecins pourraient un jour être en mesure d’interrompre spécifiquement cette réaction en chaîne dangereuse avant que le cancer ne se développe.
Environ 60 000 nouveaux cas de cancer colorectal sont diagnostiqués chaque année en Allemagne, selon le Centre national de registre du cancer. L’acteur James Van Der Beek est décédé récemment d’un cancer du côlon.