Le régulateur de la santé britannique, le CQC (Care Quality Commission), va profondément modifier sa méthode d’évaluation des cabinets de médecins généralistes, abandonnant une approche jugée trop uniforme et peu adaptée aux réalités du terrain. Cette réforme, initiée après un rapport critique publié en 2024, vise à instaurer un système plus juste et plus pertinent, tenant compte des spécificités de chaque pratique.
La professeure Bola Owolabi, médecin généraliste et responsable au sein du CQC, a annoncé cette évolution lors du podcast Talking General Practice de GPonline. Elle a souligné que l’ancien système, qualifié de « taille unique », ne parvenait pas à appréhender les défis particuliers auxquels sont confrontés les médecins généralistes.
« En tant que médecin généraliste moi-même, je reconnais la pression du travail quotidien et ce qu’il faut pour fournir une excellente pratique générale aux patients », a-t-elle déclaré. « Et je comprends que même l’anticipation d’une inspection CQC peut entraîner une certaine pression. »
Le rapport de la Dre Penny Dash, présidente de NHS England, avait mis en évidence des incohérences dans les évaluations, un manque d’expertise de certains inspecteurs et des délais de publication des rapports excessivement longs. Le CQC s’est donc engagé dans une révision approfondie de ses procédures.
La nouvelle approche introduira des « caractéristiques d’évaluation » plus précises, définissant clairement ce qui constitue une pratique « bonne » ou « exceptionnelle », en remplacement des « déclarations de qualité » jugées trop abstraites. L’objectif est de replacer le jugement professionnel et l’expertise sectorielle au cœur des inspections.
« Ce que les patients attendent, cependant, c’est que la qualité soit maintenue, quel que soit l’endroit où vous vous trouvez. Nous ne pouvons pas organiser une loterie postale sur la qualité des soins », a insisté la professeure Owolabi. « Mais ce que nous pouvons faire, c’est prendre en compte le contexte afin que, lorsque nous rapportons nos conclusions, nous reconnaissions les circonstances dans lesquelles la pratique opère. »
Le CQC prendra désormais en compte des facteurs tels que la démographie des patients, le niveau de précarité de la zone géographique desservie et les pressions financières auxquelles sont confrontées les pratiques. Les rapports d’inspection reflèteront explicitement ces éléments.
Plus de 1 600 réponses à la consultation publique lancée par le CQC en décembre sont actuellement analysées. Le régulateur travaillera en étroite collaboration avec le Royal College of General Practitioners (RCGP) et d’autres acteurs du secteur, dont l’Institute of General Practice Management, pour finaliser le nouveau cadre d’évaluation.
Une phase de test est prévue au printemps prochain. « Il ne s’agit pas de la rapidité du déploiement ; il s’agit de l’efficacité du déploiement », a précisé la professeure Owolabi. « Il s’agira donc d’une approche pilote de test et de vérification à la fois avec nos fournisseurs et avec nos collègues du CQC, puis vers un déploiement complet une fois que nous serons certains que le cadre répond aux besoins du secteur. »
La professeure Owolabi, qui a elle-même dirigé un cabinet passant d’une évaluation « inadéquate » à « bonne » dans une ancienne région minière défavorisée des Midlands, espère que ce nouveau cadre sera perçu comme un soutien plutôt qu’une sanction. « Nous sommes toujours une communauté défavorisée sur le plan socio-économique, mais la pratique est désormais jugée bonne dans tous les domaines », a-t-elle témoigné. « Il s’agit d’un cabinet de formation, de formation d’infirmières, de médecins généralistes, et je tire mon chapeau à mes collègues du cabinet qui ont rendu cela possible. »