Publié le 2025-10-31 05:45:00. Des atrocités d’une violence inouïe ont été commises dans la ville soudanaise d’El Fasher, au Darfour, suite à sa prise par les Forces de soutien rapide (FSR). Ces exactions, qui incluent des exécutions sommaires et des viols, ont été qualifiées de « terribles » par les Nations Unies, qui dénoncent l’absence totale de sécurité pour les civils.
- Exécutions sommaires, viols de femmes et de filles, et massacre de 460 civils dans un hôpital à El Fasher.
- Les Forces de soutien rapide (FSR), dirigées par Mohamed Hamdan Dagalo (Hémedti), sont tenues responsables de ces crimes.
- Malgré les dénégations officielles, la situation sur le terrain est qualifiée de « terrible » par les Nations Unies, qui alertent sur l’absence de sécurité pour les civils.
La ville d’El Fasher, dernier bastion du Darfour échappant au contrôle des rebelles, a succombé dimanche dernier sous les assauts des Forces de soutien rapide (FSR). Les vidéos et témoignages recueillis font état d’une violence extrême, incluant des exécutions sommaires, des viols de femmes et de filles, et le meurtre présumé de 460 civils dans un hôpital. Ces actes, selon les Nations Unies, témoignent d’une cruauté qui rappelle les sombres heures du génocide du Darfour, déclenché en 2003.
Les FSR, une puissante milice suprémaciste arabe comptant environ 100 000 combattants avant le conflit, sont dirigées par le général Mohamed Hamdan Dagalo, plus connu sous le nom de « Hémedti ». Cet homme, déjà tristement célèbre pour sa cruauté lors du génocide au Darfour, est également l’un des hommes les plus riches du Soudan, grâce à son contrôle sur d’importantes mines d’or. Son ascension et sa puissance sont soutenues par les Émirats arabes unis (EAU), qui lui fourniraient des armes via des alliés présents au Tchad et en Libye.
Face à la diffusion des informations sur ces atrocités, Hémedti a reconnu sur les réseaux sociaux des « abus » commis par ses troupes et a annoncé l’ouverture d’une enquête. Cependant, le représentant du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) au Soudan, Li Fung, décrit une situation « terrible », soulignant que « personne n’est en sécurité à El Fasher » et qu’aucun couloir sûr ne permet aux civils de fuir la ville. Il précise que les exécutions sommaires, les violences sexuelles généralisées, les enlèvements et les détentions arbitraires sont « pour beaucoup motivés par des raisons ethniques », visant particulièrement la communauté Zaghawa, d’origine africaine.
Les origines des FSR remontent à la guerre du Darfour, lancée en 2003. Pour contrer une rébellion antigouvernementale, le président soudanais de l’époque, Omar el-Béchir, avait armé et financé les milices arabes connues sous le nom de Janjawid. Forts de leur expérience acquise durant les conflits au Tchad, ces miliciens avaient déclenché une violence sans précédent, non seulement contre les rebelles mais aussi contre les populations noires locales, marquant le début d’un génocide pour lequel Al Béchir et certains chefs Janjawid furent plus tard condamnés par la Cour pénale internationale.
Hémedti, issu d’une tribu de commerçants de chameaux, a rapidement gravi les échelons au sein de ces milices grâce à sa brutalité. Sous son commandement, des villages entiers furent ravagés, des jeunes filles violées et des assassinats commis en toute impunité, avec la complicité du régime d’Al Béchir soucieux d’étouffer toute velléité de rébellion par la terreur. Par la suite, Hémedti a consolidé son pouvoir en éliminant ses rivaux et en fondant les FSR, une unité de soutien à Al Béchir mais placée sous son propre commandement. Ce contrôle sur les mines d’or lui a conféré des ressources considérables, une puissance militaire croissante et une influence significative auprès du dictateur.
Le conflit soudanais, qui a engendré la plus grave crise humanitaire mondiale avec 12 millions de déplacés et 30 millions de personnes nécessitant une aide d’urgence, a éclaté en avril 2023. Il oppose les FSR à l’armée régulière, suite à une lutte de pouvoir acharnée entre Hémedti et le général Abdelfatah Al Burhan, chef de l’armée et président du pays depuis le renversement d’Al Béchir en 2019. Les deux hommes, qui avaient initialement partagé le pouvoir, sont devenus des adversaires irréconciliables, Hémedti aspirant à un rôle bien plus important.
Des acteurs extérieurs alimentent également le conflit. Historiquement, la Russie a été le principal fournisseur d’armes du Soudan et un soutien international majeur, cherchant à étendre son influence en Afrique et à accéder aux ressources minières, notamment l’or, par l’intermédiaire du groupe Wagner. Au début du conflit, les mercenaires russes penchaient pour les FSR en raison de leur contrôle des mines du Darfour. Cependant, après la mort suspecte du fondateur de Wagner, Eugène Prigojine, en août 2023, les sympathies de Moscou se sont davantage tournées vers Al Burhan, qui contrôle également des gisements d’or et a promis l’établissement d’une base navale à Port-Soudan, stratégique pour les intérêts russes en mer Rouge et au Moyen-Orient.
Alors que l’armée soudanaise bénéficie du soutien de la Russie, de l’Égypte et de l’Arabie saoudite, les FSR reçoivent des financements et des armes des Émirats arabes unis, bien que ces derniers le nient. Une part importante de l’or du Darfour transite par Dubaï, et Hémedti entretient d’excellentes relations avec le président des EAU, le cheikh Mohamed bin Zayed. Des rapports de la plateforme de renseignement arabe Eekad indiquent que l’aide militaire émiratie parvient aux FSR via l’aéroport tchadien d’Amdjarass, près de la frontière. Les FSR entretiennent également des liens étroits avec le maréchal libyen Khalifa Hafter, accusé par le gouvernement soudanais de fournir des armes et d’intervenir directement dans le conflit en attaquant les postes frontières.
La chute d’El Fasher aux mains des rebelles leur permet désormais de contrôler la quasi-totalité du territoire du Darfour. Ils peuvent ainsi concentrer leurs efforts sur la progression vers le centre du pays, à travers les États du Kordofan. De son côté, l’armée contrôle la ville stratégique de Port-Soudan sur la mer Rouge, son principal bastion, ainsi que les régions du sud-est bordant l’Éthiopie. En mai 2025, l’armée avait réussi à sécuriser la capitale Khartoum, mettant fin aux dernières poches de résistance. Le général Dagalo nie vouloir diviser le pays, mais la réalité sur le terrain est celle d’un territoire fragmenté entre les deux factions belligérantes.