Publié le 9 février 2026 à 01h13. Des accusations graves pèsent sur la députée Milagros Aguayo, impliquée dans la gestion d’un foyer pour adolescentes enceintes suite à des viols, où l’accent est mis sur l’acceptation de la maternité forcée, suscitant une vive controverse et des critiques de la part des défenseurs des droits humains.
- La députée Milagros Aguayo est accusée de diriger un foyer pour adolescentes enceintes suite à des viols, où l’on insiste sur l’acceptation de la maternité.
- Ses déclarations affirmant que « la seule victime est le bébé » ont provoqué l’indignation et des accusations de minimisation des violences sexuelles.
- D’anciennes responsables gouvernementales et des sociologues dénoncent une exploitation politique de la vulnérabilité de ces jeunes filles et un manque de transparence concernant le financement et le contrôle de ce foyer.
La députée Milagros Aguayo est au centre d’une vive polémique après avoir révélé son implication dans la direction d’un foyer, « La Casa del Padre », lié à l’église évangélique Maison du Père. Ce foyer accueille des adolescentes, âgées de 10 à 13 ans, tombées enceintes à la suite de violences sexuelles, certaines étant orientées par les services sociaux et les tribunaux de la famille.
Milagros Aguayo, candidate à sa réélection au Sénat sous l’étiquette Renovación Popular, a défendu le foyer en affirmant qu’aucune des jeunes filles accueillies n’avait exprimé de regrets quant à sa maternité. Elle a également déclaré que l’établissement s’efforce de leur apprendre à « aimer le fruit de leurs entrailles » et qu’il est inconcevable de considérer l’enfant comme une « malédiction », même dans les cas de grossesse résultant d’une agression sexuelle. Ces propos ont rapidement suscité une vague d’indignation sur les réseaux sociaux et de la part des organisations de défense des droits humains.
Dans une déclaration publique, la députée Aguayo a rejeté les critiques, dénonçant la diffusion de « fausses informations » concernant le fonctionnement du foyer. Elle a insisté sur le fait que « La Casa del Padre » accueille des adolescentes enceintes, victimes de maltraitance, ainsi que des mères célibataires en situation de précarité, et que son action vise à compléter l’action de l’État, sans la remplacer.
Selon un communiqué, le foyer remplit une mission sociale sans empiéter sur les compétences des pouvoirs publics. « Les jeunes filles sont prises en charge dans un esprit de soutien complémentaire à l’État, sans se substituer ni interférer avec les pouvoirs qui lui sont attribués par la loi », a précisé Milagros Aguayo dans un document publié le 5 février 2026. Elle cherche ainsi à répondre aux interrogations concernant une éventuelle action parallèle aux services de l’État.
La députée a également assuré que le foyer fonctionne sous contrôle institutionnel, affirmant que les activités qui y sont menées sont supervisées en permanence par le Ministère de la Femme et des Populations Vulnérables (MIMP), dans le respect de la réglementation en vigueur. Cette affirmation contraste avec les appels à une plus grande transparence concernant les mécanismes de contrôle.
Anahí Durand, ancienne ministre de la Femme et des Populations Vulnérables, a vivement critiqué le rôle de Milagros Aguayo dans une interview accordée à La República. Elle a dénoncé une « politisation de la douleur » des jeunes filles victimes d’abus sexuels.
« Elles font de la politique avec cette situation et cherchent à accroître leur capital politique au détriment de la négligence des femmes à faible revenu. »
Anahí Durand, ancienne ministre de la Femme et des Populations Vulnérables
Selon elle, la majorité des mineures accueillies dans ces établissements proviennent de milieux défavorisés et ont vécu des expériences traumatisantes.
Durand accuse la députée de présenter la maternité forcée comme une expérience positive.
« La dame fait de la politique et de l’idéologie. Sur leurs réseaux sociaux, le cas des filles est présenté comme quelque chose de positif et utilisé pour leur positionnement public. »
Anahí Durand, ancienne ministre de la Femme et des Populations Vulnérables
Elle dénonce également un possible bénéfice économique, soulignant que l’État péruvien sous-traite ses services d’accueil en raison d’un manque de ressources et que ces contrats sont souvent attribués à des institutions comme celle dirigée par Milagros Aguayo.
Emilia Salazar, sociologue de Demus, a également exprimé son inquiétude, qualifiant les déclarations de Milagros Aguayo d’aveu public d’une pratique grave.
« En réalité, ce que fait la députée, c’est accepter publiquement qu’elle force des adolescentes, des filles, à accoucher, et que cet acte implique la torture. Forcer une grossesse n’est pas une protection, c’est une torture. »
Emilia Salazar, sociologue chez Demus
Elle dénonce une violence structurelle à l’égard de mineures déjà victimes d’abus sexuels et critique les images diffusées par le foyer, où des jeunes filles sont photographiées avec leurs bébés devant un public, comme si elles incarnaient un modèle de réussite.