Le yen s’envole, les taux américains reculent : les marchés anticipent un ralentissement de l’économie américaine et une escalade des tensions géopolitiques. Une combinaison inattendue de facteurs, allant de la force du yen à la baisse des rendements obligataires américains, redessine le paysage financier mondial, tandis que les investisseurs se préparent à la publication imminente des chiffres de l’emploi aux États-Unis et à une possible confrontation avec l’Iran.
Le yen japonais affiche une performance exceptionnelle, progressant face à toutes les devises du G10, malgré le jour férié au Japon. Cette appréciation, qui a vu le dollar tomber à 152,80 JPY (son plus bas niveau depuis le 30 janvier), défie les attentes, notamment après la victoire écrasante du Parti libéral-démocrate (PLD) aux élections. Les analystes notent un schéma de « vendre la rumeur, acheter le fait », mais soulignent que le rallye des obligations d’État japonaises (JGB) avait déjà commencé avant le scrutin.
Parallèlement, les taux d’intérêt américains ont chuté. Le taux à 10 ans a reculé de trois points de base, atteignant environ 3,45 % (contre 3,57 % en début de semaine dernière), tandis que le taux à deux ans a perdu six points de base pour se situer autour de 4,14 % (contre 4,28 % la semaine précédente). Ce mouvement intervient à la veille de la publication des données sur l’emploi américain, qui, compte tenu des révisions statistiques, devraient confirmer un marché du travail moins robuste qu’il n’y paraissait.
La situation géopolitique ajoute une couche de complexité. Les tensions entre les États-Unis et l’Iran s’intensifient, avec une rencontre cruciale prévue entre le président Trump et le Premier ministre israélien Netanyahu. Un point culminant semble approcher, et les résultats de cette réunion pourraient être connus vers 14 heures, heure de l’Est.
Sur le marché des changes, l’euro a oscillé dans une fourchette étroite, soutenu par un niveau autour de 1,1885 $, mais limité par une résistance à 1,1930 $. Les analystes anticipent une possible extension des gains vers 1,1960 $. La prime de risque américaine à deux ans par rapport à l’Allemagne a également diminué, passant de près de 155 points de base le mois dernier à moins de 140 points de base, ce qui pourrait s’accentuer en cas de faiblesse des données sur l’emploi.
L’euro a brièvement atteint un nouveau plus bas pluriannuel face au franc suisse, tombant à 0,9100 CHF, un niveau non vu depuis 2015. La Suisse, confrontée à une faible inflation et à la force de sa monnaie, se trouve dans une situation délicate. Une intervention sur le marché des changes, en achetant des euros et en vendant des francs suisses, pourrait être envisagée, mais elle risquerait de contrarier l’administration américaine, compte tenu de l’excédent commercial important de la Suisse (près de 8,5 % du PIB).
La livre sterling a également connu une légère reprise, bloquant après avoir gagné près de deux cents en deux jours, se consolidant autour de 1,37 $. Le dollar australien a atteint un plus haut de trois ans, porté par la faiblesse du dollar américain et les anticipations d’une nouvelle hausse des taux d’intérêt en Australie. Le dollar canadien a atteint un nouveau sommet mensuel, tandis que le dollar néo-zélandais a consolidé autour de 0,71 $.
Les marchés émergents ont connu des échanges plus calmes. Le peso mexicain s’est approché de son plus bas du mois dernier, tandis que le réal brésilien a également enregistré une journée intérieure. Le yuan chinois a légèrement reculé, mais la Banque populaire de Chine a abaissé pour la troisième séance consécutive son taux de référence du dollar.
Enfin, les marchés boursiers asiatiques ont globalement progressé, tandis que les bourses européennes ont enregistré de légères pertes. Les contrats à terme sur les indices américains sont stables, voire légèrement en hausse. Le prix du pétrole brut WTI de mars a atteint un sommet de cinq séances, à 65 $, en raison des tensions géopolitiques.
Les investisseurs attendent avec impatience la publication des chiffres de l’emploi américain, qui seront publiés aujourd’hui. Ce rapport sera particulier en raison des révisions annuelles du Bureau of Labor Statistics et des ajustements liés aux estimations de la population et à la création/disparition d’entreprises. Les prévisions tablent sur une création de près de 70 000 emplois en janvier, après 50 000 initialement annoncés pour décembre.