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Le double visage du Togo: Diplomatie de paix, réalité de peur

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Publié le 2025-11-08 16:02:00. Alors que le Président togolais Faure Gnassingbé appelait à « transformer la solidarité en action » lors d’une conférence internationale à Paris, une sombre réalité de répression et d’arrestations arbitraires frappe les citoyens togolais, suscitant inquiétude et indignation.

  • Plus de 130 jeunes activistes togolais ont été arrêtés depuis le 5 juin 2025 pour avoir exprimé pacifiquement leurs revendications.
  • La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) dénoncent des détentions arbitraires, dont 48 toujours en cours.
  • La Conférence des Évêques du Togo déplore un climat d’intimidation et de violence, soulignant que le développement ne peut exister sans respect des libertés fondamentales.

Lors de la Conférence de soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands Lacs, tenue à Paris, Faure Gnassingbé, président du Conseil, a tenu un discours appelant à la concrétisation de la solidarité en actions bénéfiques pour les populations. Cependant, cette posture affichée sur la scène internationale contraste vivement avec la situation sociopolitique tendue que vivent les Togolais au quotidien depuis les événements de juin 2025.

La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) tirent la sonnette d’alarme : depuis le 5 juin 2025, au moins 133 jeunes activistes togolais, interpellés pour s’être exprimés ou réunis pacifiquement dans le cadre de revendications citoyennes, ont été arrêtés de manière arbitraire. Parmi eux, 48 croupissent encore en détention. Ces arrestations, couplées à une véritable chasse aux sorcières visant les défenseurs des droits humains, les militants de l’opposition, ainsi qu’à l’émission de mandats d’arrêt internationaux contre des activistes de la diaspora, ravivent les traumatismes passés et alimentent la peur d’un retour au pays pour de nombreux Togolais, à l’instar d’ALOGNON Kodjo Djigbodi.

Cette situation préoccupante n’échappe pas à la Conférence des Évêques du Togo (CET). Dans une récente déclaration, les prélats ont exprimé leur profonde consternation face au climat d’intimidation et de violence qui règne, engendrant peur et méfiance, et portant un coup sévère à la cohésion nationale. Les évêques togolais réaffirment avec force leur conviction que le véritable développement est indissociable du respect des libertés, de la justice et de la vérité.

ALOGNON Kodjo Djigbodi, membre du parti Les Démocrates de Nicodème Habia, a fait les frais de son engagement politique. Interpellé à plusieurs reprises, souvent dans des conditions jugées irrégulières et arbitraires, son parcours illustre les écueils rencontrés par les militants de l’opposition et la fragilité des libertés fondamentales au Togo.

Sa première arrestation remonte à janvier 2018, alors qu’il rentrait chez lui après une réunion de son parti. « Sans raison valable, les forces de l’ordre m’ont interpellé et conduit au poste. Cette expérience m’a profondément marqué, car elle illustrait déjà la volonté du pouvoir d’intimider les voix discordantes », a confié ALOGNON Kodjo Djigbodi.

Quelques mois plus tard, le 28 septembre 2018, il fut à nouveau interpellé. « Ce jour-là, je me trouvais devant les locaux de l’Ambassade du Ghana en compagnie de plusieurs camarades. Nous étions venus soutenir notre Président, alors en grève de la faim, pour réclamer la libération des détenus politiques. Là encore, notre action pacifique s’est soldée par une répression injustifiée et une détention arbitraire », a-t-il relaté.

Au lendemain de l’élection présidentielle du 22 février 2020, le candidat de la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK), Agbéyomé Kodjo, s’était autoproclamé vainqueur, une proclamation contestée par la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) qui annonçait Faure Gnassingbé élu. Suite à l’appel de l’opposition à manifester contre les résultats officiels, les résidences du Président du MPDD, Agbéyomé Kodjo, et de Mgr Philippe Fanoko Kpodzro, Archevêque émérite de Lomé, furent encerclées par les forces de l’ordre. Les militants de l’opposition présents le vendredi 28 février 2020 pour soutenir la DMK et son candidat, et revendiquer le respect du verdict des urnes, furent dispersés par les forces de l’ordre. Plusieurs interpellations ont eu lieu ce jour-là, dont celle d’un militant du parti Les Démocrates.

Craignant pour sa sécurité, ALOGNON Kodjo Djigbodi a été contraint de chercher refuge à l’étranger, à l’instar d’Agbéyomé Kodjo, Mgr Kpodzro et de nombreux autres, pour échapper à la répression.

Depuis le 24 octobre 2025, au siège du parti « Les Démocrates » à Lomé, les femmes membres de cette formation politique ont entamé une grève de la faim. Elles exigent la libération de Mme Marguerite Gnakadé, Grâce Bikoni, Leïla, Dora Dougbedji et de tous les autres détenus politiques. Le visage couvert de charbon de bois, le corps enveloppé de sacs plastiques, vêtues de noir, ces militantes déclarent ne plus pouvoir supporter « la terreur devenue mode de gouvernance » au Togo et réclament justice pour les victimes de la répression.

L’Union européenne s’est récemment jointe aux appels, demandant la libération immédiate et inconditionnelle des détenus politiques et des défenseurs des droits humains, citant notamment Abdoul Aziz Goma, d’origine Irlando-togolaise, arrêté en 2018, et Jean-Paul Oumolou, détenu depuis 2021, tous deux membres de la diaspora.

Malgré ces demandes répétées en faveur de la libération des détenus politiques et des droits humains, la situation demeure inchangée. Les autorités au pouvoir, quant à elles, durcissent le ton.

Nombreux sont les Togolais de la diaspora qui aspirent à contribuer à l’édification de leur pays, comme le stipule la dernière phrase de l’hymne national, « Terre de nos Aïeux ». Malheureusement, traqués, ils sont contraints de solliciter la protection de leur pays d’adoption, au risque de connaître le même sort que Goma ou Oumolou.

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