Publié le 18 février 2026 02:28:00. Le nouveau film de Kornél Mundruczó, À la mer, porté par une Amy Adams en quête de rédemption, déconcerte autant qu’il intrigue, laissant entrevoir un potentiel inexploité et une œuvre plus audacieuse.
- Amy Adams interprète une femme revenue d’une cure de désintoxication, tentant de reconstruire sa vie familiale et professionnelle.
- Le film, présenté au Festival du film de Berlin, est marqué par des flashbacks fragmentés et des séquences de danse éphémères.
- La critique souligne un manque d’approfondissement des thèmes abordés et un scénario parfois maladroit.
À la mer, le dernier long métrage du réalisateur hongrois Kornél Mundruczó (connu pour ses films Dieu blanc et Morceaux d’une femme), explore les difficultés de Laura Baum (Amy Adams), une ancienne danseuse et directrice d’une compagnie de danse, après un séjour de six mois en cure de désintoxication. Le film, qui a fait sa première apparition au Festival du film de Berlin, se présente comme une œuvre énigmatique, oscillant entre drame familial et exploration artistique.
De retour chez elle, Laura est confrontée à un avenir incertain. Son mari, Martin (Murray Bartlett), souhaite vendre leur maison au bord de la mer, tandis que l’avenir de la compagnie de danse, fondée par son père autoritaire, est menacé par le possible retrait de son principal mécène, George (Rainn Wilson). Sa fille, Josie (Chloe East), et son fils cadet, Felix (Redding L. Munsell), peinent à comprendre le retour de leur mère après une absence prolongée, justifiée par un voyage à Bali.
Le film peine cependant à développer pleinement ces différentes pistes narratives. Le scénario de Kata Wéber s’appuie sur des dialogues artificiels et des confrontations simplistes, manquant de profondeur et de nuance. Des échanges comme : « J’ai toujours donné la priorité à cette compagnie ! Tout tourne autour de la danse ! » ou « Vous ne connaissiez rien à la danse quand je vous ai embauché comme assistant ! » illustrent ce manque de subtilité. Le spectateur ressent une frustration face à l’absence de véritable exploration du travail artistique, de la communauté qui l’entoure, et de l’essence même de la danse.
Le drame conjugal entre Laura et Martin s’avère également décevant. Les conversations passionnées entre les deux personnages manquent de crédibilité, en grande partie parce que les enjeux de leurs disputes restent flous. À un moment donné, ils éclatent même de rire en plein milieu d’une dispute, comme si les acteurs eux-mêmes prenaient conscience de l’absurdité de la situation. Cette brève lueur d’humour se dissipe rapidement, laissant place à un sentiment de malaise et à l’impression que les cinéastes eux-mêmes ne savent pas comment conclure la scène.
Le film est parsemé de personnages secondaires dont les apparitions sont aussi brèves qu’inutiles. Jenny Slate, dans le rôle d’une ex-femme de George, livre un monologue ivre dénué de sens, tandis que Brett Goldstein incarne un ancien toxicomane en convalescence qui prononce une métaphore alambiquée sur les cerfs-volants avant de disparaître sans laisser de trace. L’un des rares moments agréables du film est l’apparition de David Edelstein, ancien collègue de Vulture, dans le rôle d’un critique de cinéma.
De temps à autre, À la mer laisse entrevoir un potentiel créatif, notamment à travers des séquences de danse qui rompent avec le rythme fragmenté du récit. Lorsqu’elle est confrontée à ses parents, Josie se réfugie dans le studio de danse familial et se lance dans une série de mouvements expressifs. Ces moments suggèrent que le film aurait pu prendre une direction plus audacieuse et passionnante, mais ils sont trop brefs pour avoir un impact significatif.
En fin de compte, À la mer apparaît comme une œuvre inachevée, un film qui tente de devenir autre chose que ce qu’il est. Kornél Mundruczó, un artiste talentueux et audacieux, semble avoir été tiraillé entre ses ambitions artistiques et les contraintes d’un scénario conventionnel. On se demande si l’idée originale était plus ambitieuse, plus expérimentale, moins axée sur le dialogue maladroit et davantage sur le mouvement et l’énergie, comme ces cerfs-volants évoqués par Goldstein. Une version entièrement consacrée à la danse aurait peut-être été plus convaincante.