Publié le 19 février 2026 10h44. Face à la multiplication des plaies chroniques, notamment chez les personnes âgées et les diabétiques, des chercheurs américains ont mis au point un gel innovant capable d’oxygéner les tissus et de favoriser la cicatrisation, réduisant ainsi le risque d’amputation.
- Environ 12 millions de personnes dans le monde sont touchées chaque année par des plaies chroniques.
- Un patient sur cinq risque à terme une amputation en raison de ces blessures qui ne guérissent pas.
- Le nouveau gel, développé par l’UC Riverside, apporte de l’oxygène directement aux tissus endommagés, stimulant ainsi le processus de cicatrisation.
Le vieillissement de la population et l’augmentation des cas de diabète entraînent une hausse inquiétante des plaies chroniques, des blessures qui persistent plus d’un mois et qui, faute de guérison, peuvent conduire à des complications graves, voire à l’amputation. Les chercheurs de l’Université de Californie à Riverside (UCR) ont développé une solution prometteuse : un gel capable de délivrer de l’oxygène directement au cœur des tissus endommagés.
Ce gel cible ce que les scientifiques considèrent comme l’une des principales causes des plaies chroniques : un manque d’oxygène dans les zones profondes des tissus. Sans un apport suffisant en oxygène, la cicatrisation est bloquée, l’inflammation persiste, et les bactéries prolifèrent, empêchant la régénération des tissus.
« Les plaies chroniques ne guérissent pas d’elles-mêmes », explique Iman Noshadi, professeur agrégé de bioingénierie à l’UCR et responsable de l’équipe de recherche. « La cicatrisation des plaies chroniques implique quatre étapes : l’inflammation, la vascularisation, le remodelage et la régénération. À chacune de ces étapes, un apport stable et constant en oxygène est crucial. »
Iman Noshadi, professeur agrégé de bioingénierie à l’UCR
Le gel, testé avec succès sur des modèles animaux, est constitué d’eau et d’un liquide à base de choline, une substance antibactérienne biocompatible et non toxique. Associé à une petite pile, similaire à celles utilisées dans les appareils auditifs, le gel se transforme en une minuscule machine électrochimique qui divise les molécules d’eau pour produire un flux constant d’oxygène. Contrairement aux traitements existants qui ne délivrent l’oxygène qu’en surface, ce gel épouse parfaitement la forme de la plaie, atteignant les zones les plus profondes et les plus à risque d’infection.
L’apport d’oxygène est continu, un avantage majeur car la vascularisation, le processus de formation de nouveaux vaisseaux sanguins, peut prendre plusieurs semaines. Les tests menés sur des souris diabétiques et âgées, dont les plaies présentent des similitudes avec celles observées chez les humains, ont démontré l’efficacité du gel. Les plaies traitées se sont refermées en moyenne en 23 jours, et les animaux ont survécu, contrairement aux souris non traitées.
« Nous pourrions envisager de produire ce gel sous forme de patch, nécessitant un renouvellement périodique », précise David Okoro, doctorant en bioingénierie à l’UCR et co-auteur de l’étude.
La composition du gel offre un atout supplémentaire. La choline, l’un de ses composants clés, possède des propriétés immunomodulatrices qui aident à calmer l’inflammation excessive, souvent observée dans les plaies chroniques. En augmentant l’apport en oxygène stable tout en régulant la réponse immunitaire, le gel contribue à rétablir l’équilibre nécessaire à la cicatrisation.
« Il existe des pansements qui absorbent les fluides et d’autres qui libèrent des agents antimicrobiens », souligne Okoro. « Mais aucun ne s’attaque directement à l’hypoxie, qui est le problème fondamental. C’est précisément ce que nous faisons. »
David Okoro, doctorant en bioingénierie à l’UCR
Les implications de cette recherche dépassent le domaine du soin des plaies. Les carences en oxygène et en nutriments représentent un obstacle majeur à la culture de tissus et d’organes de remplacement, un objectif central du laboratoire de Noshadi. « Lorsque l’épaisseur d’un tissu augmente, il devient difficile de l’oxygéner et de le nourrir correctement, ce qui entraîne la mort des cellules », explique Noshadi. « Ce projet pourrait ouvrir la voie à la création et au maintien d’organes plus volumineux pour les patients qui en ont besoin. »
Baishali Kanjilal, bio-ingénieur à l’UCR et co-auteure de l’étude, souligne que d’autres facteurs contribuent à la prévalence des plaies chroniques, notamment nos modes de vie sédentaires qui affaiblissent le système immunitaire. « Il est difficile d’identifier les causes profondes de ces problèmes », reconnaît-elle. « Mais cette innovation représente une opportunité de réduire les amputations, d’améliorer la qualité de vie et de donner au corps les moyens de se guérir. »
Référence : Krishnadoss V, Kanjilal B, Banerjee A et al. A self-oxygenating smart system for localized and sustained oxygen delivery in bioengineered tissue constructs. Commun Mater. 2026;7(1):4. 10.1038/s43246-025-00947-4
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