Publié le 03 octobre 2025 – 11:22. Le gouvernement espagnol de gauche a proposé d’inscrire le droit à l’avortement dans la Constitution, suite à une initiative controversée visant à informer les femmes sur un prétendu « syndrome post-avortement ». Cette proposition intervient dans un contexte de tensions politiques autour des droits reproductifs dans le pays.
Suite à une controverse initiée par le Parti Populaire (PP) à Madrid, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a annoncé ce vendredi son intention de déposer une proposition de loi visant à intégrer le droit à l’avortement dans la Constitution espagnole. Cette décision fait écho à une initiative controversée du conseil municipal de Madrid, dirigé par le PP, qui avait approuvé une mesure proposée par l’extrême droite, exigeant des services médicaux qu’ils alertent les femmes sur les risques de pensées suicidaires et « d’augmentation des dépressions » liés à un « syndrome post-avortement ».
Le texte à l’origine de la polémique affirmait notamment que le « syndrome de post-avortement est quelque chose qui est consciemment caché, surtout en Espagne » et qualifiait l’avortement d' »excellente affaire d’idéologie qui le soutient et la promeut: le féminisme ». Dans un premier temps, le PP avait défendu cette proposition, avant de rapidement prendre ses distances. Le maire de Madrid, José Luis Martínez-Almeida, a concédé que le « syndrome post-avortement n’est pas une catégorie scientifique reconnue » et a garanti que l’information à ce sujet ne serait pas obligatoire.
Cette volte-face du PP a été vivement critiquée par le chef du gouvernement, Pedro Sánchez, qui a accusé le parti de droite de « fusionner avec l’extrême droite ». Le chemin vers une réforme constitutionnelle s’annonce cependant semé d’embûches, car une telle modification nécessite une majorité des trois cinquièmes du Parlement, impliquant nécessairement le soutien du PP.
L’Espagne, souvent considérée comme une référence en matière de droits des femmes en Europe, a dépénalisé l’avortement en 1985 avant de le légaliser pleinement en 2010. Néanmoins, des obstacles persistent, notamment une forte objection de conscience de la part des médecins dans les hôpitaux publics, contraignant de nombreuses femmes à parcourir des centaines de kilomètres pour accéder à l’interruption volontaire de grossesse.
Ce n’est pas la première fois que l’idée d’inscrire le droit à l’avortement dans la Constitution est évoquée. L’extrême gauche, partenaire des socialistes au gouvernement, avait déjà formulé une telle proposition en mars 2024. Pedro Sánchez avait ensuite soutenu cette idée à la fin de l’année 2024, après sa réélection à la tête de l’exécutif. La France est, l’an dernier, devenue le premier pays au monde à inscrire explicitement le droit à l’interruption volontaire de grossesse dans sa loi fondamentale.