Publié le 21 février 2026 17h19. Phil Manzanera, guitariste emblématique de Roxy Music, a donné un concert intimiste au Great American Music Hall de San Francisco le 19 février, mêlant souvenirs d’une carrière exceptionnelle et performances musicales captivantes.
- L’artiste, âgé de 75 ans, a présenté des extraits de sa nouvelle rétrospective « 50 ans de musique » ainsi que de ses mémoires « Revolución to Roxy ».
- Le concert a été l’occasion pour Manzanera de retracer son parcours, de ses racines cubaines à ses collaborations avec David Gilmour de Pink Floyd.
- Malgré un format conversationnel, le guitariste a brillamment interprété des classiques de Roxy Music et des morceaux de son répertoire solo.
Sur scène, vêtu d’un élégant costume bleu, Phil Manzanera était méconnaissable pour ceux qui se souviennent de l’image plus excentrique du guitariste aux lunettes de soleil ornées de diamants qu’il arborait au début des années 70 avec Roxy Music. Pourtant, dès qu’il a branché sa guitare – un instrument qu’il a lui-même décrit comme « le plus petit ampli connu de l’homme » capable de produire « le plus gros son » – l’essence même de l’artiste s’est révélée.
Le concert, qui a ouvert le Noise Pop Festival annuel de San Francisco, s’inscrivait dans le cadre d’une courte tournée « mots et musique » destinée à promouvoir plusieurs projets de l’artiste, membre du Rock and Roll Hall of Fame depuis 2019 en tant que membre de Roxy Music. Mais ce sont les deux projets centraux de la soirée, la rétrospective « 50 ans de musique » et ses mémoires « Revolución to Roxy », qui ont véritablement donné le ton. Manzanera, visiblement en phase avec une période de réflexion, a profité de ce moment pour revenir sur plus d’un demi-siècle de création musicale.
La soirée a pris la forme d’une conversation sur scène avec le journaliste Anil Prasad, au cours de laquelle Manzanera a retracé son histoire familiale jusqu’en 1492, puis évoqué son enfance à Cuba, où sa mère lui a enseigné la guitare espagnole et les chansons folkloriques cubaines. Il a ensuite raconté les nombreux voyages de sa famille – au Venezuela, à Hawaï et finalement à Londres – qui ont façonné sa sensibilité musicale.
Au fil de ses récits, les raisons qui sous-tendent sa musique et son identité artistique sont devenues de plus en plus claires. L’importance du folklore cubain et de la musique latine en général dans ses premières années explique sans doute pourquoi ces influences continuent de nourrir son travail, même après plus de 60 ans passés au Royaume-Uni.
L’histoire a ensuite basculé vers Londres, où le jeune guitariste a rencontré David Gilmour, le génie de Pink Floyd, avec qui il a collaboré et joué régulièrement au fil des ans. Il s’est ensuite engagé dans la scène prog-rock avant de rencontrer les jeunes artistes qui allaient fonder Roxy Music, tout en conservant une passion pour le prog qui se retrouve dans ses derniers albums solo et projets comme 801 (en collaboration avec un autre membre emblématique de Roxy Music, Brian Eno).
Si les échanges ont été captivants, les fans ont surtout apprécié les moments où Manzanera a pris sa guitare. Il a alors enchaîné un medley percutant couvrant toute sa carrière, condensant en une dizaine de minutes l’essence de « 50 ans de musique », avec des titres emblématiques de Roxy Music tels que « More Than This », « Amazona » et « Jealous Guy », ainsi que des morceaux de son répertoire solo et de 801.
Après une pause consacrée à la rencontre et à la dédicace de produits dérivés, Manzanera est revenu sur scène pour interpréter une version absolument bouleversante de « Magdalena », un boléro-rocker inspiré par sa mère, issu de son album solo de 2015, « The Sound of Blue ». Cette pièce, d’une rare intensité émotionnelle, continue de résonner en moi, même après avoir assisté au concert.
D’autres conversations ont suivi, portant sur sa longue collaboration avec Gilmour (qui a abouti à des tournées et à la production d’albums) et d’autres sujets. Le public, connaisseur de l’œuvre de Manzanera, de 801 et de Roxy Music, a même eu l’occasion de poser quelques questions.
Le concert s’est achevé sur une version puissante de « Diamond Head », le titre phare de son premier album solo en 1975 et sans doute le morceau le plus connu de son catalogue. Manzanera a brillé, exécutant un solo de guitare virtuose accompagné de pistes préenregistrées mettant en vedette les musiciens originaux.
Ce fut une soirée mémorable pour les fans, qui ont pu apprécier à la fois les mots et la musique de cet artiste exceptionnel. Il serait souhaitable que Manzanera bénéficie d’une plus grande visibilité à l’avenir et qu’il revienne bientôt dans la Bay Area pour un concert complet avec un groupe.