Le journaliste américain Evan Gershkovich, correspondant du Wall Street Journal en Russie, a été arrêté à Ekaterinbourg et accusé d’espionnage. Cette arrestation intervient dans un contexte de répression accrue des médias et des voix dissidentes en Russie.
Accrédité par le ministère russe des Affaires étrangères, Evan Gershkovich, qui résidait à Moscou depuis six ans, couvrait notamment la Russie, l’Ukraine et les pays de l’ex-Union soviétique. Son dernier article, publié mardi, portait sur un possible déclin de l’économie russe. Il s’agit du premier journaliste détenu en Russie pour espionnage en plus de 30 ans.
L’arrestation du journaliste survient à un moment particulièrement tendu. En septembre 2022, la police russe avait arrêté près de 1 300 personnes lors de manifestations anti-guerre, suite à l’annonce par le président Vladimir Poutine d’une mobilisation partielle pour le conflit en Ukraine. Plus récemment, un père russe a été condamné à deux ans de prison après que sa fille de 13 ans eut réalisé une œuvre d’art pro-ukrainienne arborant le slogan « Gloire à l’Ukraine ».
La Russie a par ailleurs renforcé son contrôle sur les médias. Depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022, une loi criminalise la diffusion de « fausses » informations sur le conflit, y compris en le qualifiant simplement de « guerre ». Cette mesure a conduit de nombreuses organisations médiatiques internationales à suspendre leur couverture du pays. Celles qui sont restées opèrent sous censure, avec un langage restreint et la menace de sanctions en cas de contradiction avec le discours gouvernemental. Selon Reporters sans frontières, huit journalistes ont été tués en Ukraine au cours des six premiers mois de la guerre.
Ce n’est pas la première fois que les autorités russes arrêtent des citoyens américains, souvent sur la base d’accusations jugées infondées. Le 17 février 2022, peu avant l’invasion de l’Ukraine, la joueuse de basketball de la WNBA Brittney Griner avait été arrêtée à Moscou après la découverte de cartouches de vapoteuse contenant une petite quantité d’huile de haschisch dans ses bagages. Elle avait plaidé coupable de trafic de drogue et avait été condamnée à neuf ans de colonie pénitentiaire. Son affaire avait été largement perçue comme une manœuvre politique visant à exercer une pression sur les États-Unis, qui avaient promis une aide à l’Ukraine. Brittney Griner a finalement été libérée dans le cadre d’un échange de prisonniers contre Viktor Bout, un trafiquant d’armes russe.
La dernière arrestation d’un journaliste étranger pour espionnage en Russie remonte à 1986. Nicholas Daniloff, correspondant à Moscou pour le magazine US News & World Report, avait été arrêté par le KGB et libéré 20 jours plus tard lors d’un échange de prisonniers avec un employé du gouvernement russe interpellé par le FBI.