Vidéos cachées : la justice enquête sur la gestion de la catastrophe de 2024 en Espagne
La juge d’instruction de Catarroja, Nuria Ruiz Tobarra, réclame des vidéos dissimulées pendant onze mois par le gouvernement valencien, estimant qu’elles sont cruciales pour établir les responsabilités pénales dans l’inondation qui a causé la mort de 229 personnes en octobre 2024. Une haute fonctionnaire avait nié leur existence, une affirmation depuis démentie par les faits.
Le scandale éclate dans l’enquête sur la catastrophe qui a frappé la Communauté valencienne en octobre 2024, faisant 229 victimes. La juge chargée de l’affaire, Nuria Ruiz Tobarra, a vivement critiqué le gouvernement régional, dirigé par Carlos Mazón (Parti Populaire), pour avoir retenu des enregistrements vidéo essentiels à la manifestation de la vérité. Ces images, délibérément dissimulées au tribunal depuis près d’un an, sont considérées par la magistrate comme « pertinentes » pour clarifier les responsabilités pénales.
Selon une ordonnance du tribunal, la gravité de la situation est soulignée par le fait qu’une haute fonctionnaire de la Généralité, Irene Rodríguez, secrétaire régionale aux Urgences, avait affirmé en mars dernier qu’il n’existait « aucun support documentaire » ni enregistrement de la réunion du Cecopi (Centre de coordination d’urgence intégré), l’organisme qui a piloté la crise. Cette déclaration, ainsi que celle assurant qu’aucun procès-verbal n’avait été rédigé, s’est avérée fausse.
La vérité éclate grâce à la présence d’une caméra
La découverte de la présence d’une caméra au Cecopi le 29 octobre 2024 a mis à jour l’embauche d’une société de production externe par le gouvernement valencien pour filmer les réunions. La Généralité n’a fourni ces documents au tribunal qu’après que la juge ait constaté l’omission et exigé leur transmission. Pour la magistrate, ces images, qui analysent la crise minute par minute, sont fondamentales.
Les enregistrements révèlent la présence de deux hauts responsables du cabinet Mazón, l’ancienne ministre de la Justice et de l’Intérieur, Salomé Pradas, et son adjoint, Emilio Argüeso, au sein du Cecopi. Étaient également présents le directeur général adjoint des Urgences, Jorge Suárez, et la cheffe du service de coordination du 112, Inmaculada Piles, qui a reçu 20 000 appels durant la catastrophe. Ces deux derniers ont été convoqués comme témoins.
L’alerte tardive au cœur de l’enquête
La juge justifie la « pertinence » de ces images en soulignant qu’elles surviennent « au moment où l’alerte est déclenchée ». Elle fait référence au message de masse envoyé tardivement sur les téléphones portables, à 20h11, le jour de la catastrophe, alors que les victimes s’accumulaient. L’analyse approfondie des vidéos doit permettre de déterminer l’éventuelle « participation à ce processus » d’autres personnes non encore mises en examen, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles inculpations au sein du gouvernement de Carlos Mazón.
Les vidéos, livrées le 3 octobre sur un disque dur et une clé USB, montrent Salomé Pradas coordonnant à 12h32 le 29 octobre des informations concernant le « ravin del Pollo » ou le « rio Magro », faisant référence à l’alerte hydrologique d’un boulevard qui a débordé à partir de 16h40, soit trois heures avant l’envoi de l’alerte massive. Ces éléments contredisent la défense de Pradas, qui avait cherché à se décharger de toute responsabilité stratégique, y compris l’envoi de l’alerte, en la renvoyant sur les techniciens et en disculpant le chef du gouvernement.
La thèse de la « panne d’information » avancée par la Généralité, le PP et les accusés vole en éclats. La juge retrace le « point de focalisation de la caméra » et « l’heure de la prise de vue » pour vérifier l’arrivée des personnes mises en cause au centre de coordination. Les images montrent également l’arrivée de Carlos Mazón au Cecopi à 20h28, 17 minutes après l’envoi de l’alerte, après un long repas, et inquiet de ne plus avoir de réseau sur son téléphone portable. Ces enregistrements confirment l’intention du gouvernement de laisser une trace des présences et interventions au sein du centre de coordination.
Le ministre des Urgences déplore la rétention d’informations
Le ministre des Urgences et de l’Intérieur, Juan Carlos Valderrama, a réagi le 18 septembre à la découverte de la dissimulation des vidéos, déclarant : « Si le juge demande les images, une transparence et une collaboration maximales. » Outre ces enregistrements, la justice examine également des images de la télévision publique À Punt.
L’enquête de la juge Ruiz Tobarra porte sur des faits présumés d’homicide et de blessures involontaires, passibles respectivement de quatre et trois ans de prison. L’attention se porte particulièrement sur le service des urgences de la Généralité.
Focus sur les Urgences : des employés convoqués
Dans le cadre de ses investigations, la juge a accepté de convoquer trois nouveaux employés du service des urgences. Elle a également demandé un enregistrement d’une conversation entre un technicien du centre de coordination régional et le Consortium provincial des pompiers. L’employé aurait déclaré que la Généralité avait refusé d’intégrer des agents environnementaux dans le dispositif de surveillance du ravin de Poyo la veille de la catastrophe, obligeant les pompiers forestiers à se mobiliser le jour même. La juge cherche désormais à savoir quels moyens l’Agence valencienne de sécurité et d’intervention d’urgence (Avsre) mettait à disposition de ces techniciens.