Un juge fédéral a bloqué le déploiement de la Garde nationale à Portland, ordonné par l’administration Trump. La décision, saluée par les autorités locales, contredit la vision du président américain sur la situation dans la ville de l’Oregon.
La bataille juridique a tourné en faveur de l’État de l’Oregon. Un juge fédéral a prononcé une ordonnance restrictive, empêchant le gouvernement américain d’envoyer la Garde nationale à Portland. Cette décision intervient après que Donald Trump ait annoncé, le 27 septembre, vouloir déployer des troupes « avec toute la force nécessaire » dans la ville, malgré les protestations des responsables locaux et de la délégation congressionnelle de l’Oregon. Ces derniers estiment que le président a été mal informé, voire a menti, concernant l’ampleur réelle des manifestations devant un bureau fédéral de l’immigration.
Un déploiement jugé contre-productif
L’État de l’Oregon, par la voix de son procureur général Dan Rayfield, avait intenté une action en justice pour s’opposer à l’activation de 200 membres fédéralisés de la Garde nationale de l’Oregon. Dans son ordonnance, publiée samedi, la juge de district américaine Karin Immergut, nommée par Trump, a donné raison aux plaignants. Elle a estimé que le déploiement de troupes fédérales « embraserait probablement » les manifestations plutôt que de les calmer, un scénario déjà observé en 2020.
Les plaignants arguent que ce déploiement violerait la Constitution américaine ainsi qu’une loi fédérale qui limite généralement le recours à l’armée pour faire respecter les lois civiles.
Des visions diamétralement opposées
Les divergences entre les parties sur la situation sur le terrain à Portland étaient flagrantes lors d’une audience vendredi. L’avocat du ministère de la Justice, Eric Hamilton, a décrit le siège de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) comme étant « assiégé par des radicaux vicieux et cruels ». Il a défendu la décision d’envoyer 200 soldats, soulignant qu’il s’agissait de seulement 5% du nombre de troupes déployées récemment à Los Angeles pour des manifestations similaires.
En face, Caroline Turco, représentant la ville de Portland, a affirmé qu’il n’y avait eu aucune violence contre les agents de l’ICE depuis des mois et que les manifestations récentes étaient « paisibles », rassemblant parfois moins d’une douzaine de personnes. « La perception du président de ce qui se passe à Portland n’est pas la réalité sur le terrain », a-t-elle déclaré. « La perception du président est que c’est la Seconde Guerre mondiale ici. La réalité est qu’il s’agit d’une belle ville avec une force de police sophistiquée capable de gérer la situation. »
Un récit présidentiel contesté
Depuis des années, Donald Trump promeut une image de Portland comme d’une ville « en proie à la guerre », ravagée par des anarchistes semant le chaos. Fin septembre, le président avait désigné Antifa comme une « organisation terroriste majeure », alors qu’il s’agit plus d’une idéologie regroupant un réseau lâche d’activistes anti-fascistes plutôt que d’une organisation centralisée aux États-Unis.
La gouverneure de l’Oregon, Tina Kotek, s’est réjouie de la décision du juge : « La décision d’aujourd’hui valide ce que les habitants de l’Oregon savent déjà : la justice a été rendue et la vérité a prévalu », a-t-elle déclaré. « Il n’y a pas d’insurrection à Portland. Aucune menace pour la sécurité nationale. Pas d’incendie, pas de bombes, pas de morts dues aux troubles civils. La seule menace à laquelle nous sommes confrontés, c’est la démocratie – et elle est dirigée par le président Donald Trump. »
Cette décision représente un revers pour Donald Trump, qui a cherché à envoyer l’armée dans des villes qu’il qualifie de « sans loi », souvent dirigées par des maires démocrates. Il avait déjà déployé ou menacé de déployer des troupes dans plusieurs villes américaines, dont Los Angeles, Washington, Chicago et Memphis. Il avait d’ailleurs suggéré, le mardi précédent, utiliser ces villes comme terrains d’entraînement pour les forces armées.