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le marché continue de défier le Trésor américain

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Publié le 26 octobre 2025 10:01:00. L’Argentine aborde ses élections de mi-mandat dans un contexte économique tendu. Malgré une inflation maîtrisée et un budget assaini, le pays peine à relancer son activité, tandis que le marché anticipe une dévaluation du peso.

  • Le gouvernement de Javier Milei a réussi à dégager un excédent budgétaire et à maîtriser l’inflation, comme promis.
  • Cependant, cette stabilisation a eu un coût : une récession initiale et une économie qui peine à se redresser, suscitant une méfiance croissante du marché.
  • Les prochaines élections législatives sont perçues comme un test crucial pour la légitimité du gouvernement et sa capacité à poursuivre ses réformes structurelles.

Lors de sa campagne, Javier Milei martelait des concepts économiques qui semblaient ésotériques pour le grand public, tels que l’« équilibre budgétaire » et la « stagflation ». Pour atteindre le premier, il prônait une politique de « tronçonneuse » au sein de l’État. Le second terme faisait référence à une situation de stagnation économique conjuguée à une inflation persistante. Le président argentin avait prévenu : pour corriger la situation et unifier le taux de change, l’Argentine devrait nécessairement traverser une récession accompagnée d’inflation.

Plus d’un an après son arrivée au pouvoir, Javier Milei n’a pas dévié de sa trajectoire. Sa politique de réduction drastique des dépenses publiques a permis d’atteindre l’équilibre budgétaire, et la période de stagflation a été plus courte qu’anticipé. Néanmoins, le déficit quasi-budgétaire, bien que masqué, demeure une préoccupation.

Désormais, deux ans après son accession à la présidence, l’économie argentine, bien qu’en légère croissance cette année, semble avoir atteint ses limites. Lors du dernier colloque IDEA à Mar del Plata, des chefs d’entreprise ont rapporté que Javier Milei reconnaissait corriger les grands agrégats macroéconomiques, mais laissait aux acteurs privés la charge de résoudre les problèmes microéconomiques.

L’inflation a considérablement ralenti et l’équilibre budgétaire est une réalité, mais le tissu économique montre des signes de fragilité. Malgré une légère reprise récente, les indicateurs ne compensent pas encore la contraction observée en 2024.

Selon les analystes, le coût de la désinflation aurait été l’appréciation du peso. Cette situation est notamment due à l’inaction de la Banque Centrale d’Argentine (BCRA), qui n’a pas acquis de réserves. S’ajoutent à cela des scandales politiques qui ont engendré une méfiance accrue envers le gouvernement.

Dans ce contexte, le marché a réagi en pariant sur un dollar plus cher. Plusieurs hypothèses alimentent cette tendance, notamment la crainte que le gouvernement ne puisse honorer ses engagements en matière de dette pour l’année prochaine, ouvrant la voie à un nouveau défaut de paiement.

« Sans l’aide de Donald Trump, nous connaîtrions aujourd’hui une dévaluation désordonnée », confie un important homme d’affaires argentin qui préfère rester anonyme.

Analyse des experts

L’économie argentine aborde les élections de mi-mandat dans une phase récessive. Les pressions sur le taux de change sont pour l’heure contenues grâce à l’intervention du Trésor américain. Parallèlement, une couverture médiatique intense règne en attendant les résultats électoraux, tandis que les dépôts privés en dollars atteignent des niveaux proches de records historiques, selon le dernier rapport du cabinet de conseil Sudamericana, fondé par l’ancien ministre de l’Économie, Martín Guzmán.

Sur le plan des échanges extérieurs, le pays enregistre un niveau structurellement élevé d’importations. La moyenne mobile trimestrielle s’établit à 6,841 milliards de dollars, une valeur la plus élevée depuis six ans (hors périodes suivant le début de la guerre en Ukraine). Cette performance est atteinte malgré la baisse de l’activité économique.

Malgré ce volume d’importations historiquement élevé, l’Argentine dégage un excédent commercial annuel supérieur à 6 milliards de dollars américains. Cette balance excédentaire s’explique principalement par une amélioration structurelle du secteur énergétique, dont la contribution atteint près de 5,4 milliards de dollars américains.

« Sans cette performance, l’Argentine connaîtrait une chute séculaire au lieu d’une stagnation prolongée », souligne le rapport de Sudamericana.

Perspectives du taux de change

Le dollar officiel a connu une augmentation significative cette année. En dix mois, il est passé de 1 052,50 $ à 1 515 $. Entre janvier et octobre, il a ainsi pris 43 %, soit une dépréciation du peso de plus de 30 %.

Ce chiffre, déjà conséquent, soulève la question de sa suffisance. « L’Argentine coûte cher », répètent les économistes locaux et internationaux. Pour mémoire, en 2024, le dollar n’a progressé que de 27 %, soit plusieurs points de pourcentage de moins que cette année.

Le ministre de l’Économie, Luis Caputo, semble quant à lui satisfait du taux de change actuel, se déclarant à l’aise avec un dollar à 1 500 $. Le marché a pris acte de cette déclaration, mais reste sceptique quant à la capacité de ce niveau à constituer un nouveau plancher durable.

Impact électoral

En janvier dernier, Javier Milei se félicitait d’être le seul gouvernement à avoir procédé à des ajustements d’une telle ampleur tout en conservant une popularité élevée.

Cependant, les élections anticipées dans la province de Buenos Aires ont constitué un signal d’alerte. En septembre, La Libertad Avanza (LLA) a subi une défaite de 14 points face au candidat péroniste.

Lors des prochaines élections, le gouvernement espère non seulement obtenir un Congrès plus favorable, mais aussi renouveler sa légitimité par un résultat retentissant. L’objectif principal, et le minimum attendu par le marché pour considérer le scrutin comme un succès, est que le parti au pouvoir parvienne à réunir les 86 députés nécessaires pour disposer d’une capacité de blocage et ainsi défendre les vetos présidentiels, selon un rapport du cabinet de conseil IEB.

Le scénario de base projette que LLA obtienne 35 % des suffrages au niveau national et accède à une capacité de blocage à la Chambre des députés. Parallèlement, un rapprochement accru entre le parti au pouvoir et ses alliés est attendu pour améliorer la gouvernabilité et permettre la poursuite des réformes structurelles.

« Une bonne performance électorale et la continuité politique ne suffiront pas ; le marché attend des actions concrètes qui le convainquent d’un véritable tournant », conclut le rapport de l’IEB.

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