Publié le 18 février 2026 15:36:00. La mort d’un jeune militant d’extrême droite à Lyon, survenue après une violente agression, a déclenché une crise politique majeure en France, impliquant des accusations croisées entre l’extrême gauche et le gouvernement.
- Neuf personnes ont été interpellées dans le cadre de l’enquête, dont un collaborateur parlementaire du parti La France Insoumise (LFI).
- L’enquête a été requalifiée en « homicide volontaire » par le parquet de Lyon.
- L’affaire intervient à un moment sensible, à quelques semaines des élections municipales françaises.
Quentin Deranque, 23 ans, est décédé jeudi dernier des suites de graves blessures à la tête infligées lors d’une agression en marge d’une conférence à Lyon. L’événement, animé par Rima Hassan, une députée européenne de La France Insoumise, a été perturbé par des militants du groupe « Nemesis », se présentant comme des défenseurs de l’identité et du groupe « fémo-nationaliste ». Selon les premiers éléments de l’enquête, ils ont été pris à partie par un groupe d’individus masqués et cagoulés, au nombre de neuf.
Les secours, alertés jeudi soir, ont constaté que le jeune homme souffrait de « blessures à la tête » dont le caractère « mortel à court terme » rendait tout espoir illusoire, a précisé le procureur de Lyon, Thierry Dran, lors d’une conférence de presse. L’enquête a rapidement été requalifiée en « homicide volontaire » ce mardi.
La famille de Quentin Deranque a publié lundi un portrait du jeune homme, décrivant un individu sérieux, d’origine métissée par sa mère latino-américaine, et affichant une silhouette athlétique. Ancien joueur de tennis, il s’était récemment tourné vers la boxe. Il était étudiant en science des données à l’Université Lyon-II et ne comptait aucun antécédent judiciaire.
Au-delà de son parcours académique, Quentin Deranque était décrit par ses proches comme un fervent catholique, assidu à l’église traditionaliste Saint-Georges, où la messe est célébrée en latin dans le Vieux Lyon. Il s’était converti à cette pratique « il y a quelques années », selon un ami. Parallèlement, il était impliqué dans divers mouvements d’extrême droite, en quête d’identité et attiré par l’idée d’une « autodéfense ».
Les groupes d’extrême droite radicale ont tous été liés au parcours de Quentin Deranque. C’est en défendant l’identité et le groupe « Nemesis » qu’il s’est retrouvé confronté à des militants antifascistes le jour de sa mort. Il était également actif au sein du mouvement nationaliste-révolutionnaire (NR), aujourd’hui dominant dans l’extrême droite lyonnaise, qui compte entre 400 et 500 adhérents, contre 800 à l’extrême gauche, selon les sources policières.
Un spécialiste de l’extrême droite française explique que, contrairement aux identitaires qui se concentrent sur la défense de la « civilisation européenne » contre l’islam et le « grand remplacement », les NR se distinguent par leur engagement social, leur antisémitisme et leur soutien aux causes anti-impérialistes, comme la défense de la Palestine, sujet de la conférence de Rima Hassan que Nemesis souhaitait perturber.
Après des dizaines d’interrogatoires et l’examen minutieux des vidéos et autres preuves, les neuf principaux suspects identifiés par la police se sont avérés être d’anciens membres de la mouvance d’ultra-gauche de la Jeune Garde. Parmi eux figure Jacques-Elie Favrot, collaborateur parlementaire du député insoumis Raphaël Arnault, qui se trouvait effectivement devant Sciences Po Lyon le soir du meurtre de Quentin Deranque.
La Jeune Garde est une organisation militante française d’extrême gauche, fondée en 2018 par Raphaël Arnault, qui se revendique antifasciste et vise à lutter contre l’extrême droite et les idéologies fascistes. Les autorités françaises estiment qu’elle compte une centaine de membres actifs en 2025.
L’assassinat de Quentin Deranque, survenu à quatre semaines des élections municipales françaises (15 et 22 mars), a provoqué une vive réaction politique.
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a déclaré :
« La Jeune Garde tue, et la France insoumise doit la condamner. »
Gérald Darmanin, Ministre de la Justice
Il a reproché à LFI de considérer ce mouvement antifasciste comme une organisation alliée, dénonçant une « violence incontestable » qui touche le parti.
Il a également souligné la « brutalité » de la situation, notamment le fait que le chef de la Jeune Garde, déjà condamné pour violences physiques, soit candidat aux élections législatives.
Raphaël Arnault a quant à lui affirmé que
« Toutes les histoires qui se sont faites dans les heures qui ont suivi la mort de Quentin n’ont aucun rapport avec la réalité. C’est nous qui sommes attaqués, réunion après réunion. Nous n’avons rien à voir avec cette histoire. »
Raphaël Arnault, Député LFI
Il a dénoncé une manipulation visant à faire croire à une opération des forces de l’ordre de La France Insoumise pour persécuter le jeune homme.
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a insisté sur la nécessité que « la vérité judiciaire prévale » sans « aucune pression », tout en mettant en garde contre toute « rhétorique conflictuelle ». Il a appelé les dirigeants politiques à faire preuve de « responsabilité » et a demandé à LFI de « faire le ménage » dans ses « idées » et ses « disputes ».
La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a déclaré :
« Personne ne devrait mourir à 23 ans. Personne ne devrait mourir pour ses idées. Au nom de nous tous, j’adresse nos pensées à sa famille et à ses proches en deuil. »
Yaël Braun-Pivet, Présidente de l’Assemblée nationale
Elle a rappelé que l’Assemblée nationale condamne à l’unanimité tous les actes de violence et de haine, citant Robert Badinter : « Dans une démocratie sereine, ce n’est pas la confrontation qui doit régner, mais le droit. »
Une minute de silence a été observée à l’Assemblée nationale en hommage à Quentin Deranque, respectée par tous les députés.