Publié le 14 octobre 2025 19:30:00. L’Afrique du Sud s’apprête à accueillir le lénacapavir, une injection préventive contre le VIH administrée deux fois par an, qualifiée de « révolutionnaire » par son ministre de la Santé. Cependant, l’approvisionnement initial, issu de dons, sera limité, le pays faisant face à un taux de prévalence du VIH parmi les plus élevés au monde.
- Le lénacapavir, premier traitement préventif injectable du VIH administré semestriellement, est considéré comme une avancée majeure par le gouvernement sud-africain.
- Un don de 29,2 millions de dollars du Fonds mondial et 5 millions de dollars de NACOSA permettront de financer l’approvisionnement initial, prévu pour avril 2026.
- Malgré l’enthousiasme, la demande devrait dépasser l’offre au départ, obligeant à une priorisation des populations vulnérables dans les zones les plus touchées.
Cette annonce intervient alors que les États-Unis se sont engagés à acquérir 2 millions de doses pour les pays à faible revenu. L’Afrique du Sud devrait bénéficier d’environ 456 000 premières administrations sur deux ans, totalisant 912 000 doses. Le ministre de la Santé, Aaron Motsoaledi, a précisé que le déploiement débutera dans 23 districts particulièrement touchés, ciblant environ 360 cliniques publiques performantes.
Malgré la perspective prometteuse, le ministre a mis en garde contre toute complaisance, rappelant les difficultés rencontrées par le système de santé sud-africain suite à des réductions budgétaires significatives et soudaines début 2025, provenant notamment de l’USAID et d’autres sources gouvernementales américaines. Ces coupes ont eu des répercussions importantes sur les programmes de lutte contre le VIH/SIDA et la tuberculose.
Aaron Motsoaledi s’est félicité de la réduction du coût du lénacapavir par le laboratoire Gilead, passant de 28 000 dollars à 40 dollars par personne et par an. Néanmoins, l’Afrique du Sud ambitionne une autosuffisance à terme, envisageant l’intégration du traitement dans ses systèmes de santé nationaux et sa liste des médicaments essentiels.
Le lénacapavir, recommandé par l’Organisation Mondiale de la Santé en juillet et déjà approuvé aux États-Unis et en Europe, offre une nouvelle option de prévention combinée. Gilead travaille à accélérer son enregistrement dans 18 pays à forte incidence, dont l’Afrique du Sud, en attendant la disponibilité de versions génériques dès 2027. Pour cela, des accords de licence volontaire ont été signés avec six entreprises pharmaceutiques en Égypte, au Pakistan et en Inde. Cependant, l’exclusion des fabricants sud-africains de ces accords a suscité des critiques.
Sheila Mbele-Khama, du Conseil national sud-africain de lutte contre le sida (SANAC), a dénoncé cette exclusion, arguant qu’elle allait à l’encontre du principe d’Ubuntu. Elle a souligné qu’une nouvelle infection sur quatre avait lieu dans des pays non inclus dans les licences de Gilead. Wendy Cupido, responsable pays chez Gilead, a expliqué que cette décision était motivée par des critères techniques de production, mais a laissé la porte ouverte à de futures licences si des fabricants sud-africains développaient les capacités requises.
Eva Kiwango, directrice nationale de l’ONUSIDA en Afrique du Sud, a salué l’investissement, estimé à plus de 34 millions de dollars, dans un contexte où les réductions de financement de l’aide étrangère pourraient entraîner 6 millions d’infections supplémentaires d’ici 2029. Elle a qualifié les traitements injectables à action prolongée de « nouvelle option pour toutes les personnes à risque », tout en rappelant que le lénacapavir n’était ni un remède ni un vaccin. « Pour beaucoup, le lénacapavir élargit les choix, renforce la capacité d’agir et réduit les obstacles liés à la stigmatisation, à la divulgation ou à l’observance quotidienne », a-t-elle ajouté.
La table ronde sur les soins de santé se poursuivra jusqu’à mercredi.
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